Monde / Culture

«Le Parrain» et l’Amérique de Trump

Temps de lecture : 3 min

Le président et son entourage usent et abusent de méthodes et d'un vocabulaire mafieux.

Le président américain Donald Trump à Washington (États-Unis) le 23 mars 2019. | Alex Wong / Getty Images North America / AFP - Extrait du «Parrain II» de Francis Ford Coppola via YouTube - L'ancien conseiller de Donald Trump, Roger Stone à Washington (États-Unis) le 14 mars 2019. | Andrew Caballero-Reynolds/ AFP
Le président américain Donald Trump à Washington (États-Unis) le 23 mars 2019. | Alex Wong / Getty Images North America / AFP - Extrait du «Parrain II» de Francis Ford Coppola via YouTube - L'ancien conseiller de Donald Trump, Roger Stone à Washington (États-Unis) le 14 mars 2019. | Andrew Caballero-Reynolds/ AFP

Cette année, le roman de Mario Puzo fête ses cinquante ans, et Le Parrain II, le meilleur film de la trilogie de Coppola qui s’en inspire, ses quarante-cinq ans. Ces anniversaires passeraient inaperçus si la présidence Trump et les affaires judiciaires qui l’entourent n’offraient pas une occasion de constater l’impact des «Parrain» sur la société.

Le procureur Robert Mueller a conclu (selon le résumé fourni au Congrès et au Sénat par le ministre de la justice William Barr) qu’il n’y avait pas eu de concertation entre la campagne de Donald Trump et la Russie. Mais avant de clore son investigation, il a inculpé trente-quatre personnes, dont plusieurs personnages-clés de la campagne présidentielle.

Parmi eux, Roger Stone, un consultant républicain si épris de Richard Nixon (pour lequel il travailla jadis) qu’il arbore un tatouage à son effigie sur son dos. Officiellement ce flamboyant sexagénaire (voir le sujet du documentaire Netflix Get me Roger Stone) n’a été conseiller de la campagne Trump que jusqu’à début août 2015 mais il est établi que, grâce à un improbable intermédiaire, le comique et présentateur radio Ryan Credico, il a été en contact avec WikiLeaks et Julian Assange en 2016 –au moment du piratage du serveur du Parti démocrate–, dans l’espoir d’obtenir des informations gênantes pour la candidate Hillary Clinton.

Les sous-entendus de Roger «Corleone» Stone

Interrogé par l’équipe Mueller en 2017, Roger Stone assure aux enquêteurs qu’il n’a pas eu de contact avec Ryan Credico en 2016.

Parallèlement, il envoie au même Credico un texto où il l’implore de «faire [son] Frank Pentangeli». Que veut-il dire? Pentangeli (interprété par Michael V. Gazzo) est un personnage-clé du Parrain II, le chef des opérations new-yorkaises de la famille dirigée par Michael (Al Pacino). Il devient témoin protégé contre les Corleone et est, à ce titre, cité à comparaître devant un comité de la Chambre des Représentants. Mais, lors de son audition, coup de théâtre: «Je ne connais pas de parrain, je ne sais pas de quoi vous parlez», proclame-t-il, refusant tout simplement de témoigner. La raison en est simple: Frank a vu apparaître dans l’auditoire son frère Vincenzo, importé de Sicile par les Corleone. Il comprend le message: s’il parle, c’est son frère qui paiera. Plus tard dans le film, après y avoir été incité par Tom Hagen (Robert Duvall), Frank se tranche les veines dans sa baignoire.

Voici donc le modèle qu’a en tête Roger Stone lorsqu’il enjoint Credico d’agir comme Pentangeli. S’agit-il d’une référence sur le mode de la plaisanterie ou d’une menace voilée? Le débat reste ouvert. Quoique d’autres textos –annonçant que quelque chose pourrait arriver à Bianca, le chien de Ryan Credico– fassent pencher la balance plutôt d’un côté… De quoi rappeler une scène fameuse du premier Parrain –quand un producteur hollywoodien qui résiste à un ordre mafieux se réveille un matin et découvre sous les draps la tête ensanglantée de son précieux cheval de course.

Le vocabulaire mafieux de Trump

Contrairement à Barack Obama qui avait révélé être particulièrement sensible au sort tragique de Fredo Corleone (John Cazale), Donald Trump lui-même n’a jamais cité l’un des Parrain comme son film préféré. Cet honneur revient à Citizen Kane (Orson Welles, 1941) —logique puisque c’est l’histoire d’un chef d’entreprise aux ambitions politiques. Mais Trump utilise volontiers dans ses tweets et ses interviews un champ lexical associé à la mafia, ou plus exactement aux films de mafia.

Il a ainsi traité plusieurs fois son ex-avocat Michael Cohen de «rat», autrement dit de balance.

Michael Cohen a contre-attaqué lors de son audition devant le Sénat en expliquant que Trump parle «de façon codée»… comme un vrai Parrain. Une comparaison validée par l’un des avocats du président, Rudy Giuliani, ex-procureur spécialisé dans la lutte contre la mafia qui a comparé les enregistrements clandestins de Trump réalisés par Cohen aux «4.000 heures d’enregistrements de mafieux» qu’il avait écoutés dans sa carrière: «J’ai déjà entendu des enregistrements bien pires.»

Nicholas Pileggi, le scénariste des Affranchis et de Casino entend dans le parler trumpien l’écho des mafieux qu’il a écrit pour Martin Scorsese: «Quand j’ai entendu que Trump avait dit (au patron du FBI James Comey): “Laissez tomber” (à propos des poursuites contre Michael Flynn), ça m’a paru familier.» La même petite musique, comme un air de Nino Rota, que l’on entend résonner dans les déclarations de Roger Stone. «Je ne témoignerai jamais contre Donald Trump», a affirmé le consultant fidèle, donc, à son cher Frank Pentangeli.

Lisa Frémont Journaliste

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