Santé

Comment faire pour parvenir à boire moins et mieux en France?

Temps de lecture : 14 min

La nouvelle campagne met les pendules à l'heure médicale et scientifique. Au risque de ne pas atteindre son objectif.

«Les risques pour la santé d'une consommation d'alcool existent dès le premier verre quotidien», assure Santé publique France. | Charles "Duck" Unitas via Unsplash
«Les risques pour la santé d'une consommation d'alcool existent dès le premier verre quotidien», assure Santé publique France. | Charles "Duck" Unitas via Unsplash

Il y a trente-cinq ans, la France découvrait que les dégâts commençaient à partir de trois verres. Aujourd'hui il s'agit de ne plus jamais dépasser deux verres par jour –et dix verres par semaine. Ce qui impose des jours sans une goutte. Une limite sanitaire dont on sait déjà qu'elle n'est pas respectée par Emmanuel Macron, le président de la République ayant publiquement fait savoir qu'appréciant le vin il en buvait chaque jour, midi et soir.

Le nouveau spot sanitaire contre les «ravages de l'alcool», d'une élégante sobriété, sera diffusé du 26 mars au 14 avril sur les chaînes nationales et d'Outre-mer, sur les plateformes de vidéo en ligne et sur les réseaux sociaux. Ce dispositif est complété par des «chroniques radio», des «publi-rédactionnels», une «campagne digitale» et la diffusion de vidéos dans les salles d'attente des hôpitaux ou maisons de santé.

Dans le même temps, un «alcoomètre» est mis à la disposition de chacun et chacune. Car il s'agit, nous explique-t-on, de «rappeler à chacun que toute consommation d'alcool comporte des risques» –et pour cela de «promouvoir les nouveaux repères». Or force est bien de constater, reconnaît-on dans les sphères sanitaires, que la France est en majorité loin, aujourd'hui, de «respecter ces repères». Un quart des Français et des Françaises de 18 à 75 ans est hors des clous, les hommes (33%) davantage que les femmes (14%), sans parler des jeunes qui consomment en moyenne plus «intensément» que les plus âgés, dont la consommation est «plus régulière».

Il s'agira aussi de ne pas nier le plaisir tout en faisant peur puisque «contrairement aux idées reçues, les risques pour la santé d'une consommation d'alcool existent dès le premier verre quotidien». La nouvelle campagne est ainsi construite autour des risques méconnus associés à la consommation d'alcool. Dr François Bourdillon, directeur général de Santé publique France l'explique ainsi:

«Notre objectif est de permettre aux Français de faire le choix éclairé d'une consommation à moindre risque pour leur santé. Sans nier la dimension “plaisir” qui peut être associée à la consommation d'alcool, cela nécessite de faire connaître les risques associés à l'alcool, de diffuser auprès de tous les nouveaux repères de consommation et d'inviter les Français à réfléchir sur leur consommation.»

Où l'on en revient à une question de fond: l'imprégnation alcoolique pathologique serait-elle, au même titre que le «repas gastronomique», une glorieuse fatalité française?

Un impact considérable

Dans un ouvrage original, Tournée générale, deux journalistes (Victor Le Grand et Thomas Pitrel) décrivent ce qu'il en est de ce marqueur social, des rapports de la France aux boissons alcoolisées nationales et étrangères. On y retrouve l'alcool dans ses rapports aux lobbies et aux politiques, le rituel écorné des vendanges, la désertification des cafés, l'abstinence, le sevrage et la réduction des risques. On y découvre aussi d'étonnants témoignages (Thierry Ardisson, Alexandre Lacroix, JoeyStarr, Philippe Jaenada, Pierre Salvadori…). On y comprend surtout que si la France a progressivement changé ses manières de produire et de consommer de l'alcool, la question politique de la prévention-réduction de la dépendance et du fléau de l'alcoolisme reste entière.

À échéance régulière, la France tente de chiffrer ces dégâts médicaux et sanitaires. La dernière actualisation vient d'être publiée par l'agence Santé publique France dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). Et rien ne pousse à l'optimisme. En 2015 (dernière année pour laquelle les données de mortalité sont disponibles en France métropolitaine), 41.000 décès prématurés sont «estimés être attribuables à l’alcool» –30.000 chez les hommes, 11.000 chez les femmes; «soit respectivement 11% et 4% de la mortalité des adultes de 15 ans et plus». Dans le détail: 16.000 morts par cancers, 9.900 par maladies cardiovasculaires, 6.800 par pathologies digestives, 5.400 par accident ou suicide et plus de 3.000 du fait des diverses affections (maladies mentales, troubles du comportement, etc.).

On peut le dire autrement: alors que depuis un demi-siècle la consommation de boissons alcoolisées a beaucoup diminué en France, 7% des décès prématurés chez les plus de 15 ans lui sont toujours attribuables. Et pour les responsables sanitaires, aucun doute n'est permis: l'impact de la consommation d'alcool en France reste bel et bien «considérable».

«Il faut “dénormaliser” l'ivresse et les consommations excessives et montrer que ce qui se cache derrière “le bon vivant” est en réalité, bien souvent, un gros buveur ou un “alcoolique”»

Pr Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions, sur The Conversation

En 2017, 87% des Français et Françaises majeures ont consommé de l'alcool «au moins une fois dans l'année»; 21% déclarent avoir connu une ivresse dans les douze derniers mois, 10% étaient des consommateurs quotidiens et 5% consommaient chaque semaine «six verres ou plus en une même occasion».

«La consommation d'alcool apparaît de plus en plus masculine à mesure que la fréquence de consommation augmente. Elle évolue avec l'avancée en âge, avec une diminution du nombre de verres consommés associée à une augmentation du nombre de jours de consommations. L'hétérogénéité existe également en ce qui concerne la quantité d'alcool bue: à eux seuls 10% des 18-75 ans consommaient 58% de la quantité d'alcool consommée déclarée.»

Ce sont des proportions dérangeantes et trop peu connues: en France, la moitié de la population ne boit que 3% du volume total consommé dans l'année tandis que les 10% des plus gros buveurs consomment 58% du volume total. «Ces chiffres mettent en lumière la structure du marché de l'alcool dans notre pays, a aussitôt commenté le Pr Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions, sur le site The Conversation. Ils montrent en effet que les ventes de l'industrie alcoolique se concentrent à 80% sur les populations ayant des consommations d'alcool excessives susceptibles d'engendrer un problème (soit 20% des consommateurs), dont 58% sur des individus ayant un problème avéré (soit 10% des consommateurs).

En l'absence de données venant directement des producteurs ou de l'État, des éléments de confirmation peuvent être tirés des chiffres de la filière Vin et société: ceux-ci sont cohérents avec les chiffres de Santé publique France, puisqu'ils indiquent que seuls 16% des Français seraient des consommateurs réguliers.

Les alcooliers prétendent prôner une consommation modérée, mais si 80% des Français sont au-dessous du seuil problématique de trois verres par jour, il faut savoir que ce sont les 20% restant (les consommateurs excessifs et les dépendants) qui consomment plus des trois quarts des alcools vendus. Le modèle économique des alcooliers est donc bâti sur les consommations excessives.»

Dans ce contexte, pour le Fonds Actions Addictions, l'objectif politique de santé publique est limpide. «Il faut, prêche le président, “dénormaliser” l'ivresse et les consommations excessives et montrer que ce qui se cache derrière “le bon vivant” est en réalité, bien souvent, un gros buveur ou un “alcoolique”.» Pour dénormaliser, il propose de nous appuyer sur cinq mesures claires, reconnues comme efficaces par tous les spécialistes de santé, pour promouvoir une consommation responsable: la mise en place d'un prix minimal de l'alcool; un fonds de 100 millions d'euros pour la prévention alcool; la taxation des prémix; la mise en place d'un «Mois de janvier sobre»; la taxation et le contrôle de la publicité et l'interdiction pour les mineurs.

Un pouvoir politique démissionnaire

Interdire l'alcool aux moins de 18 ans? Voilà, précisément un exemple remarquable de la démission du pouvoir exécutif face à l'hydre de l'alcoolisme. Dans son éditorial du BEH, François Bourdillon avoue ainsi, euphémisme diplomatique, que «l'interdiction de vente aux mineurs peut être considérée comme non respectée». Il se fonde ici sur les résultats d'une enquête officielle (Escapad – OFDT) démontrant qu'en France les ados de 17 ans et moins «n'éprouvent aucune difficulté à s'approvisionner en alcool». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques «les ont achetées en magasin pour 91% d'entre eux». Mieux: «Ils sont 77,5% à en avoir consommé dans un débit de boisson» précise François Bourdillon.

«En 2017, 85,7% des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l'alcool au cours de leur vie. L'usage régulier d'alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4%) et 44% des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. Par ailleurs, malgré l'interdiction de vente aux mineurs, les adolescents qui ont déclaré avoir bu des boissons alcoolisées dans le mois étaient 91,0% à en avoir acheté en magasin et 77,5% à en avoir consommé dans un débit de boissons. La majorité d'entre eux (52,7%) a déclaré en outre n'avoir jamais eu à présenter de carte d'identité pour justifier de son âge lors d'un achat en bar ou en restaurant.»

L'interdit quotidiennement bafoué est le suivant, d'après le Code de la santé publique:

«Il est interdit de vendre de l'alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut exiger du client une preuve de sa majorité, notamment par la production d'une pièce d'identité. Il est interdit d'offrir de l'alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l'un de leurs parents ou d'un majeur responsable. [...] Le non-respect de ces interdictions est passible de poursuites judiciaires.»

On peut ici observer qu'il en va de même pour les ventes de tabac chez les buralistes, alors que la vente de tabac est interdite aux mineurs. Deux enquêtes menées pour le Comité national de lutte contre le tabagisme ont conclu que 62% des buralistes étaient en infraction en vendant sans difficulté aucune du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans. Et 60% des jeunes fumeurs indiquent qu'ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants.

En d'autres termes, loin d'une politique de réduction des risques nous sommes, compte tenu de ce que l'on sait des addictions, avec un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d'amplification des risques. Et comment parvenir à «dénormaliser» l'ivresse quand le pouvoir exécutif laisse ainsi grandes ouvertes des portes qui devraient ne s'ouvrir qu'à la majorité?

Des alcools «forts» et d'autres «doux»

C'est dans ce contexte que le gouvernement vient, lors d'un Comité interministériel pour la santé (sur le thème «Rester en bonne santé tout au long de sa vie #JagispourmaSanté») d'annoncer qu'il entendait «faire respecter l'interdiction de vente de tabac et d'alcool aux mineurs. Des mesures de formation des débitants de boissons et buralistes sont prévues, tout comme des contrôles».

Les associations en charge de ce combat ne sont guère tendres avec les responsables politiques. Ainsi l'Association nationale française de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa):

«Le gouvernement et l'ensemble des responsables publics doivent cesser de fermer les yeux face à une réalité à l'origine de 41 000 morts et un coût social de 120 milliards d'euros par an, explique-t-elle à la presse. Aujourd'hui, c'est l'intérêt général qui doit l'emporter sur les intérêts économiques des producteurs et cela doit se traduire par la mise en œuvre d'une politique volontariste de réduction des risques qui, sans nier le plaisir de consommer de l'alcool, doit être lucide sur les risques sanitaires et les dommages sociaux.»

Pour l'Anpaa, la priorité devrait être une affirmation claire d'une «politique de réduction des risques». Ce qui impose: des campagnes de prévention nationales claires et vigoureuses menées par Santé publique France, notamment pour promouvoir ses nouveaux repères de consommation; un meilleur encadrement de la publicité (directe ou indirecte) sur internet et les réseaux sociaux, et l'interdiction de la publicité autour des écoles; une forte taxation des produits d'incitation à la consommation d'alcool par les jeunes (prémix notamment); une politique de santé et de prévention indépendante des producteurs d'alcool et de leurs représentants.

«Je n'ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu'il a bu du Côtes-du-Rhône, du Crozes-Hermitage, du Bordeaux»

Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, sur BFMTV-RMC

Or tous les symptômes convergent aujourd'hui dans un sens exactement contraire. On ne compte plus depuis plusieurs mois les déclarations publiques et politiques (d'Emmanuel Macron et de membres du gouvernement) vantant les mérites de la consommation régulière de vin. La dernière en date revient à Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Mi-janvier, il affirmait sur BFMTV-RMC:

«Le vin n'est pas un alcool comme un autre. […] L'addiction à l'alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n'ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu'il a bu du Côtes-du-Rhône, du Crozes-Hermitage, du Bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l'alcool fort.»

Où l'on retrouvait, une nouvelle fois, les clichés récurrents opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient «forts» quand d'autres seraient «doux». Une semaine plus tard, le ministre récidivait. Invité de la matinale d'Europe 1, mercredi 23 janvier, il a déclaré: «Une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d'alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres». Et surtout ne pas parler de «se saouler».

Les premiers propos du ministre lui avaient valu une sèche réplique de sa collègue Agnès Buzyn (Solidarités et Santé). «Le vin fait partie de notre patrimoine», avait-elle concédé sur France info, avant de souligner le caractère identique des molécules d'alcool éthylique présentes dans le Côtes-du-Rhône, dans les apéritifs anisés et toutes les autres boissons alcoolisées. Pour autant, Didier Guillaume assurait être sur la même ligne que le reste du gouvernement. «Je ne suis pas recadrable, moi, s'est-il agacé à l'adresse de la ministre. Il n'y a pas de débat, la position du gouvernement est de lutter contre l'alcoolisme. Il y a une grand plan de lutte contre l'alcoolisme qui a lieu. La filière viticole en fait partie, travaille avec le ministère de l'Agriculture et de la Santé.»

Et le ministre de l'Agriculture de commettre un formidable lapsus ministériel (réitéré): «Je veux lutter contre l'alcoolisme et lutter contre l'addictologie».

La responsabilité ­repose sur les victimes

Un «grand plan de lutte contre l'alcoolisme»? Le 19 janvier dernier, dans Le Monde, un groupe de onze spécialistes de santé publique signaient une violente tribune dénonçant la «scandaleuse démission du gouvernement face à l'alcool» et une politique qui «conforte les pires craintes concernant la complaisance» –si ce n'est la complicité– «des pouvoirs publics envers le lobby des alcooliers». Cette initiative faisait suite à la publication, en catimini et avec un an de retard, du «Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022».

«Au terme d'une analyse brillante et incontestable, [ce plan] s'arrête brutalement au seuil de l'action, perdant toute ambition de réussir. [...] Le plan est plein de contradictions. Après avoir reconnu, comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS), que la fiscalité est un des moyens les plus efficaces pour freiner la consommation, il ne propose aucune mesure en ce sens. Malgré les engagements de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn lors des débats au Parlement, les “prémix” à base de vin échappent même à toute mesure. […]

Le plan s'alarme du marketing pour piéger les jeunes dans la consommation d'alcool mais se contente de cette inquiétude. S'il constate la pression publicitaire pour l'alcool sur tous les médias, il ne propose aucune ­mesure d'encadrement, même pas la limitation de l'affichage autour des écoles. Aucun calendrier, aucun objectif chiffré n'est fixé.»

En pratique, les signataires rappelaient l'engagement solennel pris en septembre 2017 par Agnès Buzyn et Nicolas Prisse, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), de rendre «plus visible» le pictogramme d'avertissement «femme enceinte» sur les bouteilles de boissons alcooliques. Or, début 2019, «la taille du pictogramme n'est toujours pas arbitrée», preuve s'il en était besoin de l'efficacité des groupes de pression pro-alcool auprès du pouvoir exécutif.

«La demande du lobby alcoolier a été entendue puisqu’aucune contrainte ne ­pèsera sur le secteur de l’alcool»

Des spécialistes de la santé dans une tribune sur Le Monde

«Il est vrai que le lobby de l'alcool ­considère qu'informer les femmes serait “anxiogène”, sinon “mortifère”. Quel aveu et quel cynisme! Ce mépris pour la prévention de la première cause évitable de handicap mental chez l'enfant est honteux et impardonnable, qu'il ait pu influencer les choix gouvernementaux est absolument scandaleux.»

Une nouvelle tribune avec cette révélation de taille: «Nous connaissons les raisons de cette ambiguïté et de cette inaction. Le plan de la Mildeca a été caviardé après avoir été pris en otage par le lobby alcoolier qui a imposé une “contribution” uniquement destinée à préserver ses intérêts économiques au détriment de l’intérêt général. Sa demande a été entendue puisqu’aucune contrainte ne ­pèsera sur le secteur de l’alcool». Aucun nom n'est toutefois donné pour nous dire qui anime ce «lobby alcoolier».

On peut le dire autrement: pour le gouvernement d'Emmanuel Macron, la responsabilité ne ­repose que sur les victimes et non sur l'industrie (producteurs, distributeurs, annonceurs) –industrie qui via la publicité n'a d'autres objectifs que de les pousser à consommer plus.

Vers une véritable politique de réduction des risques?

«Beaucoup a été fait, en France, pour réunir des instances de vigilance, d'épidémiologie, de veille sanitaire et de prévention, observe le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Malheureusement, cette dynamique n'a toujours pas son équivalent dans le champ de la santé et des addictions. L'urgence aujourd'hui est de réunir les différents services et institutions concernées au sein d'un National Institute on Drug Abuse à la française. Mais en dépit des économies, de la cohérence et de l'efficacité que cela permettrait d'apporter, personne ou presque n'est intéressé chez les responsables politiques.»

«Attention! prévient le président de l'association, le mot “addiction” comme jadis celui d'“alcoolisme” est en train de tout noyer!»

William Lowenstein, président de SOS Addictions

Dans le grand ensemble des substances psychoactives, les boissons alcoolisées et notamment les vins soulèvent une question plus spécifique, résume le Dr Lowenstein. Il s'agira de parvenir à résoudre collectivement l'équation de la conciliation du plaisir, de la convivialité et de la réduction de la morbidité. Il faudra ici savoir individualiser les risques qu'il s'agisse de l'âge (les mineurs), des vulnérabilités, de l'environnement, du niveau des consommations, etc. –tout en tenant compte de l'adhésion de celles et ceux que l'on dit vouloir protéger.

«Attention! prévient le président de l'association, le mot “addiction” comme jadis celui d'“alcoolisme” est en train de tout noyer! Comment peut-on mettre dans un même panier à peurs un excès adolescent à risque de coma éthylique (une “overdose éthylique”) et un malade alcoolodépendant métastasé depuis dix ans? L'absence de différenciation d'approche clinique et thérapeutique ferait hurler de rire les spécialistes dans tout autre domaine médical. Aussi l'amalgame actuel, tristement promu par le fourre-tout que permet à certains le mot addiction, est à torpiller d'urgence! Et il n'est pas non plus sans risque, dans la période actuelle, de proposer pour améliorer les choses de “tout taxer”.

Écrire que “derrière tout bon vivant se cache un alcoolique” me paraît grossier, culpabilisant et hautement contre-productif. Je préfère de loin ma formule: “Pour être un bon vivant, mieux vaut être vivant!”. Rien n'est à attendre d'un retour rétrograde à une vision hygiéniste –elle nous reconduirait à l'immorale abstinence et à l'échec auquel les alcoologues des premiers temps ont largement participé à l'insu de leur plein gré indigné.»

Où l'on voit se dessiner, au-delà des campagnes publicitaires d'un instant, une possibilité de dépasser les stériles affrontements du passé. L'espérance de voir un jour émerger une véritable politique de «réduction des risques alcooliques»: contenir au plus près les appétits capitalistes des alcooliers industriels, adapter l'offre trop standardisée de l'«abstinence», renforcer les modes d'accompagnement des personnes aujourd'hui sur le chemin de la dépendance. Où l'on parviendrait à démontrer que l'imprégnation alcoolique pathologique n'est en rien une fatalité française.

Jean-Yves Nau Journaliste

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