Sciences / Société

Pourquoi tout le monde veut viser la Lune?

Temps de lecture : 7 min

Les planètes sont alignées pour un retour en force de notre satellite.

Éclipse lunaire du 21 janvier 2019 dans le ciel de Rennes | Damien Meyer / AFP
Éclipse lunaire du 21 janvier 2019 dans le ciel de Rennes | Damien Meyer / AFP

Cet article est publié en partenariat avec l'hebdomadaire Stylist, distribué gratuitement à Paris et dans une dizaine de grandes villes de France. Pour accéder à l'intégralité du numéro en ligne, c'est par ici.

Vous faisiez quoi le 21 janvier de 3h30 à 6h? Pas la peine de checker votre Google Agenda. On sait très bien où vous étiez. En pyjama, les yeux collés entre eux et à la fenêtre de votre chambre, en train d’essayer d’apercevoir l’éclipse totale de Lune.

À Paris, pas de bol, non seulement vous n’aviez alors eu droit qu’à quelque trente minutes de soleil depuis le début de l’année, mais en plus, le brouillard vous a fait confondre l’éclipse avec le lampadaire du bout de la rue.

En quelques années, la Lune est passée d’un astre un peu poussiéreux sur lequel nos grands-parents s’extasiaient –ils venaient d’avoir la télé quand on lui a marché dessus– à une icône qu’il faut suivre de près. On vous explique pourquoi tout le monde s’est mis à faire comme Amel Bent: viser la Lune sans avoir peur.

Course à l’espace

On a longtemps eu l’impression qu’on avait tout vu d’elle. Qu’après le passage de ceux qui l’avaient foulée entre 1969 et 1972, laissant derrière eux un bordel sans nom (des sondes, une photo de famille, une plaque commémorative, mais aussi deux balles de golf, un javelot, une paire de tongs et des sacs à vomi), elle n’avait plus grand-chose à nous apprendre.

Buzz Aldrin et le drapeau américain sur la surface de la Lune pendant la mission Apollo 11, le 20 juillet 1969 | NASA / AFP

Clairement, depuis la fin du programme Apollo, la Lune a connu une chute de hype aussi bien auprès du grand public que des grandes puissances. «Dans les années 1960, la Lune était l’objectif numéro 1 de la course à l’espace, explique Olivier Sanguy, médiateur de la Cité de l’espace. Après le succès des missions Apollo, une fois que les États-Unis avaient gagné par K.O., les budgets se sont effondrés. La course à l’espace est tributaire du bon vouloir des dirigeants. Or ils ne voient pas toujours l’intérêt de financer des missions qui, potentiellement, ne seront pas réalisables durant leur mandat.»

Alors que l’on fête cette année les cinquante ans de la mission Apollo 11 et que Buzz Aldrin a pris un sacré coup de vieux, la Lune semble pourtant en train de redevenir un objet de convoitise.

Début 2019, la Chine a réalisé un alunissage réussi sur sa face cachée. Israël, avec l’organisation SpaceIL, a envoyé en février son engin spatial Beresheet, pour mesurer le champ magnétique lunaire en emportant une petite capsule temporelle. L’Inde s’apprête à lancer Chandrayaan-2, sa sonde spatiale lunaire.

Trump est lui tout à fait décidé à «Make the Moon Great Again» avec sa «Space Force», ordonnant par décret à la Nasa de relancer les vols habités vers la Lune, afin d’en faire une base arrière de Mars (Sky is the limit). Quant au Japon, il prévoit d’y envoyer un engin en 2021 pour étudier un sol volcanique.

«De nos jours, l’hypothèse la plus communément admise est qu’un astéroïde de la taille de Mars a percuté la Terre il y a des milliards d’années, avance Olivier Sanguy. Un morceau de celle-ci se serait décroché et il aurait formé la Lune, qui est alors comme un échantillon de la Terre que l’on aurait mis au frigo. La Lune a donc un véritable intérêt scientifique: plus on l’étudie, plus on comprend notre planète et notre système solaire.»

«La Lune est le 8e continent de la Terre à explorer et à utiliser, poursuit Bernard Foing, directeur du groupe international d’exploration lunaire au Centre de recherche et technologie (Estec) de l’Agence spatiale européenne. D’ici à 2030, on peut s’attendre à la création d’une véritable base lunaire durable. D’ici à 2039, on peut espérer cent habitants sur la Lune, et peut-être y voir naître le premier bébé.»

Moonwalk of fame

D’ici à ce que l’on soit en mesure d’aller coloniser une autre dimension, le premier touriste lunaire qui ira faire un selfie sur un cratère sombre s’appelle Yusaku Maezawa. Ce milliardaire japonais devrait survoler la Lune dans la Big Falcon Rocket de SpaceX, d’ici 2023.

Yusaku Maezawa au siège de SpaceX à Hawthorne, en Californie, le 17 septembre 2018 | David McNew / AFP

Alors que l’horizon d’une balade sur la Lune se rapproche de plus en plus, des sociétés privées veulent leur part de l’exploration lunaire, comme Blue Origin de Jeff Bezos, SpaceX ou Astrobotic. Ici, pas question de planter son drapeau, mais bien un véritable marché, rendant l’espoir d’un tourisme lunaire de plus en plus plausible.

Des projets qui n’ont fait qu’attiser un peu plus l’intérêt du grand public, pour qui la Lune n’est plus la frontière ultime et inatteignable. «Il y a dix ans à peine, on disait dans les médias qu’un sujet sur la conquête spatiale était le meilleur moyen de planter un audimat, ironise Olivier Sanguy. Mais les choses ont changé. D’une part, parce que les enfants qui ont rêvé devant les images des missions Apollo sont les adultes d’aujourd’hui. Jeff Bezos, par exemple, est avant tout un ingénieur marqué par les premiers pas de l’homme sur la Lune et qui investit aujourd’hui ses propres fonds dans Blue Origin. D’autre part, parce que la communication de la Nasa ou d’un Thomas Pesquet a rendu ces sujets plus accessibles, plus concernants.»

Résultat, en janvier dernier, Arte consacre à la Lune une série thématique, Winter of Moon. Au même moment, le centre Pompidou ouvre sa programmation 2019 avec Hors Pistes, un festival sur la Lune, sujet scientifique et imaginaire. Et à partir du 3 avril prochain, le Grand Palais proposera une exposition intitulée «La Lune, du voyage réel aux voyages imaginaires», rappelant le pouvoir de fascination de cet astre sur les êtres humains.

Un pouvoir de fascination qui en fait un véritable objet de self care, dans une époque que le site américain Well+Good qualifie «d’ère du tout lunaire», inspirant notamment l’industrie cosmétique. Organic Pharmacy lançait l’an dernier son programme de soin detox Lunar Cleanse, Fig+Yarrow propose un Moon mist à vaporiser sur son oreiller. Et des firmes comme Weleda se réfèrent même au Calendrier des semis biodynamiques de Maria Thun, première chercheuse à avoir publié un calendrier précisant les jours favorables aux cultures en fonction des cycles de lune.

Par cycles, comme à l’époque du New Age mais aussi cinquante ans plus tard, la Lune devient la nouvelle star du développement personnel. Un peu partout dans le monde, vous trouverez des centres où réénergiser votre corps lors d’un bain sonore de la nouvelle lune (notamment au centre Élément, à Paris), des cérémonies de nouvelle lune pendant lesquelles poser vos intentions, des séances d’astro-yoga comme au centre de yoga Le Tigre, dans le Marais.

Des pratiques parfois ancestrales qui retrouvent un véritable succès aujourd’hui, comme en témoigne notamment celui du dernier livre de Ruby Warrington, Material Girl, Mystical World, adapté en français à l’automne dernier chez Marabout. Aux États-Unis, l’auteure a même lancé son Moon Club, un groupe de coaching aligné sur les cycles lunaires.

Femmes qui courent avec les loups

Ce grand retour en force de la Lune serait-il un simple hasard astrologique? Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas que dans la conquête spatiale qu’elle redevient un enjeu de pouvoir. C’est le cas aussi chez les femmes qui, grâce à la Lune, se réapproprient leur nature cyclique.

Pour les masculinistes du fond de la salle, non, ce n'est pas pour se dédouaner de faire chier à intervalles réguliers, mais surtout pour respecter un calendrier qui leur est propre –pas celui de l’urgence et du patriarcat.

«Dans la mythologie, la Lune et la femme ont toujours été intimement liées, explique Camille Sfez, psychologue et autrice de La puissance du féminin. Dans les civilisations très anciennes, par exemple les Sumériens, les déesses étaient avant tout solaires. Mais avec l’arrivée du monothéisme, le Soleil a été paré de valeurs masculines, comme la puissance, la fougue, et la Lune assimilée à une symbolique féminine. Une distinction que l’on retrouve notamment dans la pensée de Jung, et donc dans toute la psychologie moderne.»

Quatre phases de lune, comme les quatre phases du cycle féminin (et les quatre couleurs primaires, hurlerait sûrement Bruno Vandelli): la corrélation entre révolutions lunaires et physiologie féminine existe depuis la nuit des temps, et en l’occurrence la préhistoire. «Au début du XXe siècle, on a retrouvé une Vénus datant de 30.000 ans. Dans sa main, elle tient une corne avec treize encoches pour les treize mers lunaires. Son autre main est posée sur son bas-ventre, laissant l’hypothèse d’un lien déjà très fort entre cycles féminins et cycles de lune», raconte Camille Sfez.

Pour faire revivre l’époque où les femmes avaient toutes leurs règles en même temps –une sombre histoire d’ovulation synchronisée, déclenchée par la lumière très forte des pleines lunes– et se retrouvaient dans des huttes de menstruations, notamment tout autour du bassin méditerranéen, on assiste aujourd’hui au renouveau des tentes rouges.

Inspirées du best-seller La Tente rouge d’Anita Diamant, paru en 1997 et en bonne place dans les clubs de lecture des Américaines, les Red Tents, ces cercles de femme qui se réunissent à chaque nouvelle lune, réapparaissent aujourd’hui –Camille Sfez a lancé la version française en 2010.

Réunion de tente rouge initiée par Camille Sfez | DR

Un mysticisme moderne, que l’on retrouve dans la figure de la sorcière, attentive aux cycles lunaires. Comme celles qui, depuis la prise de fonction de Trump en janvier 2017, se réunissent à la lune décroissante pour jeter un sort au président. Ça ne coûte rien d’essayer.

Raphaëlle Elkrief Journaliste chez Stylist.

Stylist Mode, culture, beauté, société.

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