Ryo Ishikawa, golfeur au soleil levant

Le jeune Japonais, 18 ans, est le nouvel espoir des greens mondiaux. Il est déjà une star dans son île.

Cette semaine, le parcours de Marana, en Arizona, accueille l'une des épreuves les plus importantes du PGA Tour, le circuit professionnel de golf aux Etats-Unis. A l'exception de Tiger Woods et de Phil Mickelson, tous les meilleurs mondiaux seront de la partie lors de cette épreuve limitée à 64 compétiteurs.

Malgré ses tendres 18 ans (il est né le 17 septembre 1991), le Japonais Ryo Ishikawa, 33e de la hiérarchie internationale, en est l'une des figures marquantes. Le golf mondial est en train de découvrir le visage juvénile et le style endiablé de ce jeune joueur annoncé comme l'un des grands de demain. Certains estiment qu'il a plus de potentiel que le prometteur Nord-Irlandais Rory McIlroy, 20 ans, sur qui l'Europe compte notamment beaucoup dans la perspective de la Ryder Cup au Pays de Galles en septembre prochain.

D'autres se risquent même à dire qu'il y a du Tiger Woods dans les coups et dans l'audace de ce prodige.

Célébrité

Malgré la minceur de son palmarès, Ryo Ishikawa est déjà l'un des sportifs les plus connus au Japon où le golf est au cœur de bien des passions. Le nombre de joueurs est estimé, en effet, à quelque 12 millions, soit environ 10% de la population. A titre de comparaison, la France évalue son bataillon de pratiquants aux alentours de 700.000 personnes.

En octobre dernier, à l'Open du Japon, l'adolescent a ainsi attiré des milliers de spectateurs aussi enthousiastes qu'indisciplinés. Surnommé «le prince timide» en raison de sa discrétion et de sa modestie, Ishikawa a dû faire face presque avec effroi à son exceptionnelle popularité lorsqu'il vit une admiratrice récupérer et subtiliser sa balle sur le 6e trou. «Je suis une fan de Ryo et c'est la première fois que j'assiste à tournoi de golf, a-t-elle expliqué. Je ne connais pas vraiment les règles et j'ai juste essayé de rapporter la balle comme souvenir.»

Les résultats de Ryo Ishikawa suscitent le plus vif intérêt dans son royaume depuis mai 2007 et son succès à Okayama, lors d'un tournoi professionnel sur le circuit japonais, à l'occasion de ses grands débuts au plus haut niveau. A 15 ans et 8 mois, il avait effacé des tablettes - rien de moins - le légendaire Severiano Ballesteros, le plus jeune vainqueur jusque-là d'une épreuve du circuit japonais (l'Espagnol avait remporté l'Open du Japon en 1977 à 20 ans et 7 mois). La manière avec laquelle Ryo avait raflé la mise avait été époustouflante et révélatrice. Après des scores de 72, 69 et 69 les trois premiers jours, il avait terminé tel un bolide en rendant, le dimanche,  une carte de 66 devant 11.000 spectateurs en délire.

Sponsors

A l'époque, Ishikawa n'était qu'un étudiant au statut d'amateur et avait donc dû renoncer à son chèque de vainqueur d'une valeur de 100.000 euros. Depuis son passage chez les professionnels à l'âge de 16 ans et 3 mois, les choses ont évidemment changé pour cette nouvelle icône pourchassée par les sponsors - une vingtaine parmi lesquels des marques comme Yonex, Panasonic et Toyota. Il est vrai qu'à chaque fois que Ryo apparaît sur les écrans de la télévision japonaise, les audiences bondissent dans des proportions considérables, à l'image de celles suscitées par Tiger Woods aux Etats-Unis.

Comme pour beaucoup, Tiger Woods est le modèle de Ryo Ishikawa qui a débuté le golf à l'âge de 6 ans auprès de son père, un fondu de la petite balle blanche. A 9 ans, sa vie a basculé en quelque sorte devant son écran de télévision lorsqu'il se passionna pour l'édition 2001 du Masters au cours de laquelle un Japonais, Toshi Izawa, termina à la 4e place, la meilleure jamais décrochée par un Nippon lors du premier tournoi du Grand Chelem de la saison.

Cette année-là, le Masters fut remporté par Tiger Woods, devenu, depuis ce jour-là, la «cible» à abattre pour Ryo Ishikawa. «Je l'admire tellement, a-t-il déclaré. Mais je veux battre ses records et devenir notamment le plus jeune vainqueur de l'histoire du Masters.» Vainqueur à Augusta en 1997 à l'âge de 21 ans et 3 mois, Woods reste le détenteur de cette «marque». Ishikawa peut encore se l'approprier en 2010, 2011 et 2012.

PGA Tour

L'an dernier, à l'occasion de sa première participation au Masters dont il devint, à 17 ans et 6 mois, le deuxième plus jeune engagé de l'histoire derrière les 17 ans et 1 mois de Tommy Jacobs en 1952, Ryo n'avait pas réussi à franchir le cut. Quelques semaines plus tôt, lors de ses grands débuts sur le PGA Tour, à Los Angeles, les Américains avaient découvert avec stupéfaction l'engouement suscité par cette star naissante. A la hâte, les organisateurs avaient dû agrandir, en effet, la salle de presse pour accueillir les dizaines de journalistes japonais accourus pour l'événement. Ils étaient encore nombreux, il y a quelques jours, au même tournoi de Los Angeles, disputé à nouveau par Ishikawa, 32e et assez loin du vainqueur Steve Stricker, mais de plus en plus proche d'un résultat probant sur le seul circuit qui compte, le PGA Tour.

Sur le circuit japonais, Ishikawa, poids léger de 68kg pour 1,73m, n'a, effectivement, plus rien à prouver. En 2009, il en a été le meilleur joueur, s'imposant à quatre reprises et amassant le plus gros total de gains, soit 183 millions de yens (1,5 million d'euros). Cornaqué par IMG, la puissante agence de marketing sportif, le voilà résolument lancé sur le marché américain et Marana est une belle occasion pour lui de se faire connaître d'un public local qu'il ne manquera pas de séduire en raison de sa personnalité attrayante.

Car si Ryo Ishikawa vénère Tiger Woods, il ne cache pas non plus son admiration pour le fantasque Britannique Ian Poulter, golfeur de classe internationale, mais plus connu pour son tempérament de feu et, surtout, ses pantalons bariolés. Parfois, Ishikawa n'hésite donc pas à se risquer à des couleurs pour le moins vives au cœur de bien des débats chez les jeunes Japonaises. Il est aussi, dit-on, très sensible au look métrosexuel de David Beckham.

De part et d'autre du Pacifique, il est donc permis de rêver, un jour, à un duel entre le prince timide opposé au tigre actuellement endormi pour les raisons que l'on sait. Et s'il avait lieu, un dimanche, à la nuit tombante sur les fairways d'Augusta, nul doute qu'une onde de choc traverserait le Japon, dans l'attente du premier vainqueur du Grand Chelem de son histoire et donc prêt à couronner un nouveau roi.

Yannick Cochennec

Image de une: REUTERS/Mike Blake

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