Société / Monde

Tués, capturés ou revenants, où en sont les djihadistes français partis en Syrie?

Temps de lecture : 9 min

Alors que le groupe État islamique est sur le point d'être rayé de la carte en Syrie, le sort des djihadistes français ayant rallié le «califat» concentre les attentions.

Fabien Clain | Off / AFP, Adrien Guihal après son arrestation en Syrie, en mai 2018 | Syrian Democratic Forces / AFP, Sabri Essid sur une vidéo du groupe État islamique, en mars 2015 | Al-Furqan Media / AFP
Fabien Clain | Off / AFP, Adrien Guihal après son arrestation en Syrie, en mai 2018 | Syrian Democratic Forces / AFP, Sabri Essid sur une vidéo du groupe État islamique, en mars 2015 | Al-Furqan Media / AFP

À l’heure où les forces kurdes mènent leur ultime offensive contre la dernière poche djihadiste de l'organisation État islamique (EI), de nombreux Français ayant rejoint l'organisation ultraradicale dans le sillage de son ascension fulgurante il y a cinq ans ont été tués sur le champ de bataille, capturés par les forces kurdes, rapatriés en France ou sont portés disparus.

Selon le gouvernement français, environ 1.700 Français et Françaises, dont environ 700 djihadistes, ont rejoint le «califat» sur le théâtre syro-irakien à partir de 2014.

Quelque 300 djihadistes ont déjà été tués, tandis qu’un petit nombre a rejoint d'autres pays (Afghanistan, Maghreb, Libye). Plus de 330 personnes, dont environ quatre-vingts mineurs, sont en outre revenues en France.

Parmi les djihadistes et leurs proches en détention, on compterait environ 40 Français sur les 900 djihadistes étrangers aujourd'hui aux mains des Unités de protection du peuple (YPG), principale milice kurde de Syrie, tandis qu'une quarantaine de familles françaises, mères et enfants, sont prisonnières des YPG.

Mais qui sont les «têtes pensantes» et les figures les plus connues du djihad français en Syrie ayant été tuées, capturées ou déjà rentrées en France?

Les frères Clain, «voix» des attentats de 2015 (tués)

Fabien et Jean-Michel Clain faisaient partie des principaux djihadistes français de l'organisation État islamique en Syrie.

Agé de 41 ans, Fabien a été tué le 20 février 2019 dans une frappe de la coalition internationale anti-EI, dirigée par Washington et qui intervient en soutien aux forces kurdes contre la dernière poche djihadiste dans le village de Baghouz, dans la province syrienne de Deir Ezzor.

Son frère Jean-Michel, 38 ans, a été grièvement blessé par ce raid mais y a survécu, avant d'être visé par un obus de mortier deux jours plus tard. Sa mort a été annoncée début mars 2019 par sa femme, après sa fuite de l'ultime réduit djihadiste.

Membres de la filière dite d'Artigat, un village de l'Ariège où résidait l'«émir blanc» Olivier Correl, imam salafiste considéré comme le mentor de Mohammed Merah, les frère Clain s'étaient convertis à l'islam dans les années 1990, avant de se radicaliser au début des années 2000.

Fabien s'est notamment rendu «célèbre» en prêtant sa voix au message audio revendiquant les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, tandis que Jean-Michel a été identifié comme le psalmodieur des anashid (chants religieux) entendus dans ce même enregistrement.

Baptisé «frère Omar», Fabien Clain avait été condamné en 2009 à cinq ans de prison en France, aux côtés de Thomas Barnouin (lire plus bas), avant de s'envoler en 2014 pour la Syrie.

Maxime Hauchard, le bourreau (tué)

Déclaré mort en mars 2018, la date et les circonstances de sa mort restent floues.

Né en 1992, «Abou Abdallah al-Faransi» avait été mis en scène fin 2014 par l'EI, alors qu'il était âgé à peine de 22 ans, dans une vidéo montrant la décapitation de l'otage américain Peter Kassig, un travailleur humanitaire âgé à l'époque de 26 ans et enlevé en octobre 2013 en Syrie.

Rien ne laissait pourtant présager le parcours djihadiste de ce jeune homme ayant grandi à Bosc-Roger-en-Roumois, une petite commune de Normandie, dans une famille catholique.

Maxime Hauchard (droite) sur une vidéo de propagande du groupe État islamique, en novembre 2014 | Al-Furqan Media / AFP

Converti à l'islam en 2009, Maxime Hauchard avait effectué deux voyages en Mauritanie entre 2012 et 2013 dans des centres d'études salafistes, avant de se rendre en août 2013 en Syrie via la Turquie.

Sabri Essid, l'agent de renseignement (exécuté)

Également membre de la nébuleuse djihadiste du Sud-Ouest (filière d'Artigat) et fils d'un compagnon de la mère de Mohammed Merah, Sabri Essid, 33 ans, aurait été exécuté à l'automne 2017 par une «branche dure» de l'EI en Syrie pour cause de rivalités internes, selon les services de renseignement français.

Fin février 2018, un magazine proche de l'EI avait annoncé que le «demi-frère» Merah avait été tué par une mine.

Son frère Walid Essid, qui avait également rejoint la Syrie, est également donné mort, mais dans des circonstances différentes.

Thomas Barnouin, le théologien (capturé)

Âgé de 37 ans, Thomas Barnouin est l'une des figures les plus connues des djihadistes français aujourd’hui détenus par les forces kurdes.

Originaire de Toulouse et membre de la filière d’Artigat, converti à l'islam en 1999, il a été condamné en 2009 à cinq ans de prison, dont un an avec sursis, pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme.

En février 2014, il rejoint la Syrie via la Turquie avec sa femme et ses deux enfants.

Membre de la branche la plus radicale de l'organisation djihadiste, il était notamment impliqué dans l'enseignement de la charia et de la théologie islamique.

Il a été arrêté en décembre 2017 par les YPG, alors que l'EI était en pleine déroute après la perte de Raqa, l'ex-capitale de facto du «califat» auto-proclamé. Cinq autres djihadistes français ont été capturés avec lui: Kevin Gonot, 32 ans, Mohamed Megherbi, 36 ans, Najib Megherbi, 35 ans, Romain Garnier, 31 ans, et Thomas Collange, 30 ans.

Après son arrestation, Thomas Barnouin s'est livré à une forme de mea culpa laissant dubitatif plus d'un observateur. «Ce que je pense honnêtement, c'est que Daech a été créé par certains services de renseignements [...] et d'anciens baassistes pour servir leurs intérêts au Moyen-Orient [...]», avait-il indiqué dans une vidéo enregistrée par le bureau des médias des YPG après son placement en détention, en allusion au parti Baas de l'ancien dictateur Saddam Hussein, déchu lors de l'invasion américaine de 2003.

Thomas Barnouin en détention en Syrie, en janvier 2018 | YPG Press Office / AFP

«Ce n'est pas une organisation islamique authentique, avait-il ajouté, laissant entendre avoir été manipulé par l'EI. Maintenant, je les vois comme étant malhonnêtes. Ce sont des criminels. Ils veulent juste que les combattants meurent pour eux et leur combat pour leur pétrole.»

Adrien Guihal, le propagandiste (capturé)

Âgé de 33 ans, Adrien Guihal a longtemps été l'un des principaux propagandistes de Daech. Connu sous le nom d'«Abou Oussama al-Faransi», il a prêté sa voix aux revendications de plusieurs attaques perpétrées par l'EI en France, dont l'attentat de Nice en 2016, et travaillé au sein d’organismes médiatiques fondés par l'organisation: l'agence de propagande Amaq, Al-Hayat Media et la radio Al-Bayan.

Capturé avec sa femme et ses six enfants en mai 2018 par les forces kurdes à Raqa, il avait rejoint la Syrie trois ans plus tôt.

Né dans le XIIe arrondissement de Paris, il s'est converti à l'islam en 2002, avant d'effectuer plusieurs voyages entre 2004 et 2007 en Égypte et en Arabie Saoudite et de devenir l'administrateur d'Ansar al-Haqq, un site faisant l'apologie de l'islam et incitant à des actes terroristes.

Son rôle au sein de cette structure de propagande consistait, entre autres, à traduire en français la revue de propagande anglophone Inspire, fondée par Al-Qaïda dans la péninsule arabique.

Interpellé une première fois en France en 2008 pour un projet d'attentat contre les renseignements généraux à Paris, il est à nouveau arrêté et condamné en 2012 à quatre ans de prison. Mais il purge une peine de six mois seulement, est libéré et placé sous contrôle judiciaire. Il co-dirige alors avec Macreme Abrougui un garage automobile dans le Val-d'Oise, devenu un repaire de djihadistes.

Trois ans plus tard, c'est avec un groupe de garagistes, dont Macreme Abrougui et Thomas Mayet, mais aussi en compagnie de Fabien Clain, dont il est proche, qu'il rejoint le «califat» en Syrie.

Emilie König, la recruteuse (capturée)

Emilie König, 34 ans, est l'une des djihadistes françaises les plus connues. Retenue au camp de Roj dans le nord de la Syrie depuis décembre 2017, cette Bretonne a joué un rôle de propagandiste et de recruteuse sur les réseaux sociaux pour l'EI.

Une des premières Française à avoir rejoint Daech –avant même son émergence territoriale en juin 2014–, elle est arrivée en Syrie en 2012, laissant derrière elle deux enfants d'une première union en France. Elle aura trois autres enfants d'une deuxième union avec un djihadiste en Syrie.

Emilie König dans le camp de Roj, en janvier 2018 | YPG Press Office / AFP

Première femme inscrite par les États-Unis sur la liste noire des terroristes internationaux, Emilie König est née à Lorient, en Bretagne, d'un père gendarme et a grandi au sein d'une fratrie de quatre enfants. Élevée seule par sa mère, elle s'est convertie à l'islam vers 16 ans.

«C'est une jeune fille triste [...], son père est absent, elle vit des déceptions amoureuses répétées. Elle aurait lu la Torah, la Bible avant d'avoir une révélation avec le Coran», écrit le journaliste Olivier Barruel dans son livre La bombe humaine, itinéraire d'une djihadiste.

Régulièrement apparue dans des vidéos de propagande, elle avait été placée par l'Onu sur sa liste noire des combattants les plus dangereux.

Quentin Le Brun (capturé)

Quentin Lebrun, ou «Abou Ossama Al-Faransi», 30 ans, est originaire de Toulouse. Il a rallié l'EI depuis 2014 avec son épouse. Le couple, qui s'est récemment rendu aux forces kurdes, a quatre enfants dont trois nés en Syrie, que leurs grands-parents espèrent depuis pouvoir prendre en charge.

Jacques Le Brun, père de Quentin, avec le numéro de Paris Match où figure le témoignage de son fils, en février 2019 | Éric Cabanis / AFP

Sorti du dernier réduit djihadiste à Baghouz, en cours de désagrégation, Quentin Le Brun est considéré comme un propagandiste de l'organisation État islamique, selon les enquêteurs. Pour la justice française, il était proche de la nébuleuse djihadiste toulousaine.

Il s'est rendu tristement célèbre fin 2014 dans une vidéo où il brûlait son passeport aux côtés de deux compagnons d'armes, dont Maxime Hauchard.

Les proches d'Amedy Coulibaly (sort inconnu)

Trois proches d'Amedy Coulibaly, l'auteur des attentats de Montrouge et de l'Hyper Cacher en janvier 2015, auraient été tués en Syrie, mais leur mort n’est toujours pas confirmée officiellement. Il s’agit de la compagne de Coulibaly, Hayat Boumeddiene, et des frères Belhoucine.

Hayat Boumeddiene à l'aéroport d'Istanbul, en janvier 2015 | STR / Ihlas News Agency / AFP

Selon la femme de Jean-Michel Clain, Hayat Boumeddiene, 30 ans, serait morte récemment sous les bombardements de la coalition internationale anti-EI, dans le cadre de l'ultime offensive baptisée Roundup III menée par les forces kurdes contre la dernière poche djihadiste.

Mohamed et Mehdi Belhoucine, qui ont rejoint la Syrie il y a plus de trois, auraient également été tués. En France, Mohamed, ancien étudiant en ingénierie, est accusé d'avoir été un mentor de Coulibaly, côtoyé en prison.

Omar Diaby, l’électron libre (capturé)

Arrêté en Syrie en août 2018 par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, ce djihadiste français d’origine sénégalaise âgé de 42 ans, arrivé à l’âge de 7 ans à Nice, est également connu sous le nom d’«Omar Omsen».

Il était à la tête d’une katiba (groupe de combattants) baptisée Firqat al-Ghuraba et formée d’une trentaine de jeunes Français, majoritairement originaires de Nice, qu’il avait recrutés et formés.

Un temps proche du Parti islamique du Turkestan, un groupe djihadiste engagé en Syrie, Omar Diaby avait pour objectif, selon ses dires, de combattre l’armée de Bachar el-Assad à l’écart de l’EI.

Mais son indépendance aurait dérangé HTS, qui règne aujourd’hui sur la province d’Idleb, dans le nord de la Syrie. Il serait accusé par un tribunal islamique relevant du groupe djihadiste d’avoir tenté de recruter des combattants dans les rangs de HTS pour le compte de sa katiba.

Jonathan Geffroy, le «repenti» (revenant)

Remis à la France en septembre 2017 via la Turquie, ce français de 36 ans originaire de Toulouse et père de de quatre enfants était parti faire le djihad en Syrie en février 2015, avant de tenter de fuir le territoire avec sa famille début 2017 et de se faire arrêter par l'Armée syrienne libre (ASL).

Cet auto-proclamé repenti était proche des frères Clain et a révélé aux autorités judiciaires françaises plusieurs détails sur des plans de l'EI, dont celui d'envoyer des adolescents-soldats en France pour commettre des attentats-suicides, ainsi que sur la cellule djihadiste toulousaine.

Djebali, El-Baghdadi et Maurize, les déçus (revenants)

Autres revenants mais volontaires, Imad Djebali, Abdelouahed El-Baghdadi et Gaël Maurize nient avoir combattu pour le compte de l'EI. Ils ont été incuplés, ainsi que trois autres djihadistes du même groupe, tous rentrés en France en 2017 et jugés par les autorités compétentes.

Partis pour la Syrie en 2014, ces proches de la nébuleuse Merah expliquent être rentrés car la réalité sur place ne correspondait pas à leurs aspirations.

Époux de la sœur de Mohamed Merah, El-Baghdadi a été condamné à neuf ans de prison, tandis qu'Imad Djebali, en récidive, sera incarcéré durant quinze ans. Gaël Maurize, un converti albigeois, a écopé d'une peine de de huit ans.

Les trois autres membres de ce groupe originaire de Toulouse et d'Albi ont eux été condamnés à une période allant de cinq à neuf ans de prison.

Saleh Ben Odran Saleh Ben Odran est journaliste.

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