Société

Faut-il repenser l'utilisation des kits du viol?

Temps de lecture : 2 min

Le corps d'une femme n'est pas une scène de crime.

Les victimes ne sont souvent pas crues. | Volkan Olmez via Unsplash
Les victimes ne sont souvent pas crues. | Volkan Olmez via Unsplash

Le kit de collecte de preuves Vitullo, appelé «kit du viol» ou «kit Vitullo», est apparu dans les années 1970 aux États-Unis. C'est un moyen de recueillir des preuves sur le corps d'une victime d'agression sexuelle, comme on le fait sur une scène de crime à l'aide de peignes et d'écouvillons. Ce trousseau d'urgence a été lancé par Marty Goddard, défenseuse des droits des victimes à Chicago et Cynthia Porter Erie, professeure adjointe à l'Université de l'Illinois. Elles pointaient du doigt l'incapacité des autorités à recueillir des preuves médico-légales sur des personnes violées ou agressées sexuellement. Avec l'aide de Louis Vitullo, un officier bien placé au sein de son département, Goddard et Erie ont mis en place un protocole normalisé de collecte de preuves, financé par la Fondation Playboy.

À l'époque de sa création, la conception du viol était différente que celle d'aujourd'hui: c'était forcément une pénétration violente, non consentie faite par un inconnu, dans un endroit public. Pour vous donner une idée, en 1970 aux États-Unis, le viol conjugal était encore légal dans certains États. Ce kit apportait une «légitimité scientifique» aux victimes, dans une société où les femmes n'étaient que rarement crues. L'idée était qu'un viol laissait des marques physiques, et qu'on pouvait recueillir de la salive, du sang ou du sperme de l'agresseur. Aujourd'hui, on sait que 33% de ce type d'agressions sont commises par un ex ou actuel partenaire, et que huit victimes sur dix connaissent leur agresseur.

En résumé, on utilise encore de nos jours aux États-Unis un kit servant à prélever des preuves physiques d'agression, alors que les statistiques montrent que la plupart du temps, il n'y a rien à recueillir. Les preuves scientifiques sont toujours favorables juridiquement parlant. Sauf que les examens médico-légaux constituent, pour les femmes violées, un traumatisme supplémentaire.

En ce qui concerne l'Europe, il existe, par exemple en Belgique, un set d'agression sexuelle (SAS), qui contient un test pour le VIH, un contraceptif, et de quoi récolter des indices.

Après les écouvillons, le spéculum

L'examen médico-légal qui a remplacé le protocole du kit du viol ne répond pas aux attentes des victimes non plus. Il existe du personnel médical spécialement formé pour les examens médicaux post-agressions mais la profession manque d'effectifs. L'expérience des victimes dépend de l'endroit où elles se trouvent et de l'hôpital dans lequel elles vont être envoyées. Pour les femmes, un examen pelvien est effectué à l'aide d'un spéculum, «un outil en métal ou en plastique constitué d'un manche et de tiges en forme de bec de canard qui aident à ouvrir le vagin».

«Le corps d'une victime d'un tel traumatisme se contracte souvent, ce qui inclut les muscles de la paroi vaginale. L'examen est donc incroyablement inconfortable», a déclaré à Broadly Erin Helfert Moësse, victime de viol en 2006, et aujourdhui militante de renommée internationale contre les violences sexistes faites aux femmes. «C'est très difficile quand on vous dit que vous devez vous détendre ou vous calmer, mais que vous ne pouvez pas vous calmer, parce que vous venez de vivre quelque chose d'extrêmement traumatisant.»

Le spéculum n'a pas réellement changé depuis sa création en 1840 par le Dr. J. Marion Sims, qui testait son fameux objet sur des esclaves non consentantes –souvent sans anesthésie. Yona, une équipe de femmes designers, a décidé de réinventer cet outil gynécologique et tente de concevoir un spéculum en silicone stérilisable et plus doux.

Renee Shelby, sociologue et autrice d'une analyse sur l'histoire du kit Vitullo, soutient qu'il faudrait changer l'idée selon laquelle le corps d'une victime de viol est une scène de crime et qu'une preuve médico-légale devrait toujours être nécessaire pour corroborer un témoignage.

«Il ne s'agit pas seulement de voir la personne comme un corps, appuie Helfert Moësse, mais aussi de voir le survivant comme un être humain qui a vécu un traumatisme psycho-émotionnel tout autant que physique. Je pense qu'il faut beaucoup plus de soutien psychosocial.»

Slate.fr

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