Politique

Raphaël Glucksmann parviendra-t-il à sauver le PS?

Temps de lecture : 7 min

En confiant la tête de la liste PS aux européennes au cofondateur de Place publique, le Premier secrétaire Olivier Faure semble jouer la survie du parti à quitte ou double.

Sur proposition d'Olivier Faure, Glucksmann a été adoubé, le 16 mars, par le Conseil national du parti. Les deux hommes défilent côte à côte à La Marche du siècle le 16 mars 2019 à Paris. | Thomas Samson / AFP
Sur proposition d'Olivier Faure, Glucksmann a été adoubé, le 16 mars, par le Conseil national du parti. Les deux hommes défilent côte à côte à La Marche du siècle le 16 mars 2019 à Paris. | Thomas Samson / AFP

Pour la première fois en quarante ans la liste du Parti socialiste (PS) aux élections européennes ne sera pas conduite par un... socialiste! Au sens de militant socialiste encarté. De 1979, année des premières européennes, à 1999, date de la dernière consultation avec une seule liste nationale avant la reprise de ce mode de scrutin en 2019 –de 2004 à 2014, la liste nationale unique a été éclatée en huit listes régionales– le chef de file du PS dans la conquête européenne a été, successivement, François Mitterrand (1979), Lionel Jospin (1984), Laurent Fabius (1989), Michel Rocard (1994) et François Hollande (1999). Excusez du peu: deux sont devenus président de la République et les trois autres ont occupé l'hôtel Matignon à une étape de leur parcours politique.

Cela aurait pu donner de l'espoir à Raphaël Glucksmann, la tête de liste dont il est question, si le Parti socialiste n'était pas, électoralement, au plus bas.

Mais l'essayiste co-fondateur du mouvement Place publique déclaré en août 2018 et créé fin octobre de la même année, c'est-à-dire il y a moins de cinq mois, ne se voit probablement pas en futur chef de l'État ni en hypothétique Premier ministre. À la tête d'un jeune et petit parti «100% société civile» qui rêve de rassembler la gauche pro-européenne allant des partisans d'Europe Écologie-Les Verts (EELV) à ceux de Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon, en passant justement par les socialistes encartés en déshérence, il cherche surtout à s'installer dans le paysage.

La gauche dans son ensemble ne fait pas 30% des intentions de vote

Sur proposition du Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, Glucksmann a donc été adoubé, le 16 mars, par le conseil national (le parlement du parti). Cent-vingt-huit de ses membres se sont prononcés en sa faveur, cinq ont voté contre sa désignation, trois se sont abstenus et trente-cinq n'ont pas pris part au vote. Ces derniers sont des proches de l'ancien ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll (qui a décidé de quitter le bureau national du PS) et du député Luc Carvounas, qui tous deux avaient disputé le poste de Premier secrétaire à Faure avant le dernier congrès. Comme le conseil national compte 306 titulaires (204 membres élus par le congrès et les 102 premiers secrétaires fédéraux), le résultat du scrutin souligne le malaise qui traverse ce parti.

Olivier Faure, Premier secrétaire du PS, était l'invité du Grand Rendez-Vous, dimanche 17 mars sur Europe 1.

Le malaise, du reste, n'est pas l'apanage du seul PS puisque l'un des trois cofondateurs de Place publique, l'économiste hétérodoxe Thomas Porcher, a décidé de se séparer du néo-mouvement. «Je n'ai pas envie de servir de caution de gauche au PS», a-t-il indiqué dans un entretien au Journal du dimanche, le 17 mars, en concrétisant ainsi sa divergence avec la stratégie adoptée par Glucksmann et l'écologiste Claire Nouvian, la troisième cofondatrice. Il est vrai que même s'il a fourni des notes à Hamon pendant la dernière campagne présidentielle, Porcher préfère naviguer entre les écologistes –il a fourni aussi des notes à Cécile Duflot pendant la primaire présidentielle d'Europe Écologie-Les Verts– et la gauche de la gauche –il a voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour des présidentielles de 2012 et 2017– que dans les eaux du PS.

Comme c'était prévisible la gauche va donc partir en ordre dispersé aux européennes. Elle va donc arriver éparpillée, façon puzzle, en petits morceaux. Jamais sous la Ve République, son niveau global dans les intentions de vote n'a été aussi faible. En incluant l'extrême gauche et les écologistes, la gauche n'atteint même pas 30% des intentions de vote, selon les dernières enquêtes de l'Ifop. À dix semaines du scrutin, un tel pourcentage laisse présager un véritable massacre. Le pari commun de Faure et de Glucksmann d'un regroupement de la gauche était impossible à réaliser. D'emblée, La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon était exclue de cet hypothétique rassemblement car elle s'en était écartée d'elle-même.

Olivier Faure avait une palette de choix peu étendue

Depuis la campagne présidentielle de 2017, l'objectif du chef de file des insoumis est de devenir une force populiste dominatrice, en se passant des alliances entre appareils de partis de gauche au profit d'une aléatoire «union du peuple» qui tarde à venir. Mélenchon faisant cavalier seul sur des bases politiques opposées à celles des autres acteurs de la gauche, il n'y avait pas de rapprochement sérieux à espérer de ce côté-là. En allait-il vraiment différemment du côté des écologistes? Douché par son effacement devant Hamon, candidat socialiste lors de la présidentielle, Yannick Jadot, eurodéputé depuis 2009, ne voulait pas recommencer l'expérience d'un rapprochement avec le PS aux européennes. Il ne voulait de rapprochement avec personne puisque, finalement, la liste qu'il conduira le 26 mai est 100% écolo.

Le Premier secrétaire du PS n'avait plus qu'une alternative: y aller lui-même ou faire endosser le capitanat par une force extérieure.

Devancé par EELV et LFI dans les intentions de vote –les deux formations sont créditées actuellement de moins de 10%–, le PS se donne dix semaines pour sauver sa peau et montrer qu'il existe encore, en sachant pertinemment que sa survie se jouera surtout un an plus tard aux élections municipales de 2020. A-t-il réellement une chance d'y parvenir? À vrai dire, Faure n'avait pas une palette de choix très étendue pour la gestion des européennes. Après le refus de s'y coller de quelques figures internes signifiantes pour conduire la liste socialiste, soit par manque de conviction, soit par lassitude, soit par souci de ménager le futur, soit par «rejet maison» à prévoir, le Premier secrétaire du PS n'avait plus qu'une alternative: y aller lui-même ou faire endosser le capitanat par une force extérieure.

Le défi social-démocrate de Raphaël Glucksmann

S'autodésigner faisait courir plusieurs risques. Celui d'aller à l'encontre du souhait d'ouverture et de renouvellement qu'il prône depuis son intronisation ainsi que celui d'être abîmé par un score encore plus médiocre que celui obtenu par Hamon en 2017, le candidat officiel du PS à la présidentielle (6,36%). Cette perspective n'était pas très mobilisatrice alors même que Faure souffre d'un déficit de notoriété qu'il ne parvient pas à combler depuis son arrivée aux manettes du Parti. Il a donc opté pour l'autre terme de l'alternative: passer la main à un allié en espérant élargir le champ des possibles pour la gauche. Le problème était qu'il n'y avait pas beaucoup d'offres sur le marché en dehors de celle de Place publique qui, sans être désobligeant, n'ouvre pas un espace politique considérable.

Provoquer des départs au moment où on veut faire le rassemblement n'est pas, à proprement parler, un gage de réussite future.

Mis à part que Glucksmann, qui est une personnalité reconnue dans le monde intellectuel, est largement inconnu de l'opinion publique, on ne distingue pas très précisément les contours de son projet et, surtout, on ne voit pas bien la plus-value politique que lui et son mouvement tout neuf et tout petit apportent au PS. On note, en revanche, que cette «joint venture politique» provoque une double cassure: une supplémentaire au sein du Parti socialiste dont une partie des dirigeantes et dirigeants, certes minoritaire, est en désaccord avec cette désignation, une au sommet de Place publique avec la démission de Porcher en désaccord avec le choix de son compère. Provoquer des départs au moment où on veut faire le rassemblement n'est pas, à proprement parler, un gage de réussite future.

Le bilan de l'opération apparaîtra dans les prochains jours et dans les prochaines semaines, d'une part dans les intentions de vote mesurées par les instituts de sondage, d'autre part dans les prochains débats télévisées qui opposeront les têtes de liste. Glucksmann aura alors l'opportunité médiatique de montrer sa capacité –ou son incapacité– à participer à la régénération de la gauche sociale-démocrate pro-européenne afin de lui permettre de trouver un chemin entre le parti du chef de l'État, La République en marche (LREM), et celui de l'ancien candidat du PS à la présidentielle, Génération.s. Les insoumis croient-ils à cette hypothèse? En tout état de cause, certaines et certains dirigeants de ce mouvement se sont félicités du choix de Porcher de rompre avec Place publique... en lui suggérant de revenir à ses anciennes amours électorales insoumises.

Benoît Hamon grand perdant de l'opération

À défaut de dresser un bilan prématuré, un constat s'impose: Hamon est le grand perdant de l'opération. Contrairement à La France insoumise qui a confié sa tête de liste à Manon Aubry (après la défection de Charlotte Girard) qui n'est pas membre de ce parti, et, maintenant, le Parti socialiste qui se trouve dans la même configuration avec Glucksmann, le mouvement Gérération.s se retrouve privé d'allié, enfermé dans un entre-soi qui restreint son champ de vision politique. C'est peut-être de ce côté-là que le coup de poker politique de Faure a le plus de chances de porter ses fruits. Même si c'est assez mince en points d'intentions de vote, cela pourrait lui permettre de quitter la barrière des 5% que tutoie la PS depuis des mois, celle qui permet ou interdit d'avoir des eurodéputés, selon qu'on est au-dessus ou en dessous d'elle.

Si les lignes bougeaient dans ce sens, l'écart se réduirait pour la première fois entre les socialistes et les insoumis dont les intentions de vote oscillent entre 7% et 8%. Cette nouvelle donne serait incontestablement une victoire pour Faure dans ce qui, somme toute aujourd'hui, reste une guerre picrocholine. Mais en période de vaches maigres, il faut se contenter de trophées faméliques.

Olivier Biffaud Journaliste

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