BHL victime de délit de faciès?
Dans le cas de Bernard-Henri Lévy, désormais, les meilleurs journalistes peuvent se perdre dans des eaux boueuses.
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Aïe, les imprudents! Pourquoi ne se sont-ils pas contentés de le lire? Quitte à le descendre en flammes, lecture faite? A la loyale? Avec plus de loyauté encore, pourquoi pas, qu'il n'en met lui-même à l'exercice? Au lieu de quoi, ils n'ont pas pu s'empêcher de lever les yeux sur Bernard-Henri Lévy au pire moment: quand celui-ci se croit obligé d'orchestrer sa gloire et d'instrumentaliser l'accueil d'un nouveau chapitre de son oeuvre. Ils l'ont regardé vanter la qualité du présentoir, déployer sa fameuse et fort hasardeuse stratégie de marketing médiatique, et évidemment, leur hostilité au personnage leur est remontée à la gorge. Forte poussée d'urticaire. Bernard-Henri Lévy se prend peut-être, comme parfois, son dispositif promotionnel dans la figure, mais eux, ses détracteurs empressés, les voilà, plus gravement, suspects d'un délit de faciès.
Et pourquoi? Parce que BHL a pris Jean-Baptiste Botul pour un authentique spécialiste de l'oeuvre de Kant, dans l'ouvrage qu'il publie, ces jours-ci, De la guerre en philosophie (130 pages, 12,50 €, Grasset), en même temps qu'une nouvelle livraison de ses Questions de principe (Pièces d'identité, tome XI, 1340 pages, 29 €, Grasset), alors qu'il s'agit du héros d'un canular déjà ancien, inventé par le philosophe Frédéric Pagès, collaborateur du Canard Enchaîné (La Vie sexuelle d'Emmanuel Kant, Mille et une nuits, 1999 et 2004).
Rire dévastateur
Bon, c'est drôle. BHL, qui n'est pas l'écrivain le plus simple, embarqué dans une plaisanterie qu'il s'est lui-même servie... Au pire, comme le note Frédéric Pagès, «cela pose une question sur sa façon de travailler». C'est drôle ou révélateur de son peu de souci de la vérification de certaines sources, mais ça ne va pas au-delà. C'est en tous cas terriblement en deçà de l'énorme rire dévastateur qui secoue la presse, l'édition, Internet, qui fait déraper les dîners en ville et s'oublier les commentaires du Web, depuis que la gaffe est connue.
Rire méchant. Dangereux. Encore un peu et il se trouvera un ami de Bernard-Henri Lévy, des plus sensibles sur le sujet, pour qualifier d'antisémites des moqueries aussi virulentes à propos de l'écrivain. Ou au contraire des lecteurs, des internautes, pour glisser très exactement sur cette pente-là, après avoir cru y être invités par une telle campagne d'hostilité. D'ailleurs, c'est fait. Florent Latrive, responsable de Libé Labo, a confirmé, jeudi 11 février, la fermeture du forum, sous un article relatant la méprise de BHL, en raison des «dizaines de commentaires souvent insultants (insultants, pas "critiques") et antisémites» que le site de Libération a reçus.
Vieille détestation
Deux exemples, simplement, pour tenter de montrer que, dans le cas BHL, désormais, les meilleurs journalistes peuvent se perdre dans des eaux boueuses. Pierre Assouline. Chroniqueur du blog littéraire du Monde.fr, toujours passionnant à lire. Mais là, sur le sujet, la vieille détestation qu'il éprouve pour Bernard-Henri Lévy lui colle une flemme carabinée. En même temps qu'une montée de fiel. D'entrée, le 4 février, il suggère à son lecteur de se rapporter aux «hagiographies» que la presse ne va pas manquer de brosser sur les deux livres du philosophe, «ses réseaux étant sa plus belle réussite». Lui-même n'a pas «le goût d'acheter ces œuvres et encore moins celui de les lire». Phrase assez étonnante sous la plume d'un spécialiste du genre, et ce, dans l'espace même de sa chronique. Pierre Assouline se contente donc d'évoquer l'interview donnée par BHL à la revue Transfuges.
Il s'attarde sur la photo de couverture, «certainement visée par l'intéressé, tant elle exprime le contentement d'être au monde, front métaphysique sur mine marrackchi». La référence à la cité marocaine s'explique par le fait que BHL y possède une maison. Puis le chroniqueur résume assez négligemment les points abordés par l'auteur, en insistant sur les plus ridicules -et l'interview doit sûrement en compter. Puis il plante-là son lecteur. Il n'a rien dit des deux livres, assez peu de choses sur l'interview sauf le plus agaçant, et puis plus rien. Jamais Pierre Assouline ne procède ainsi, aussi légèrement, sur les autres écrivains qu'il présente, recommande ou critique.
Marrakech, Marrakech, Marrakech
Comme il s'est fait «engueuler», selon ses termes, par certains de ses lecteurs, qui lui reprochent justement d'ironiser sans avoir lu les deux livres, il y retourne, toutefois, le 9 février. Il se colle au plus petit des deux, De la guerre en philosophie. «Barbant au possible. Aussi suffisant qu'insuffisant. A moins que je ne sois pas au niveau. Heureusement c'est court.» Du coup, il s'arrête là. Court aussi. Il préfère s'amuser du piège dans lequel est tombé BHL, le canular de Frédéric Pagès, qu'une consoeur, Aude Lancelin, vient de débusquer et qu'elle relate dans Le NouvelObs.com. Pierre Assouline résume l'histoire du faux Botul en concluant: «Manifestement, la nouvelle n'est pas parvenue jusqu'à Marrakech.» Insistance.
Aude Lancelin, la consoeur de l'Obs, et son billet sur Bibliobs. Pas certain non plus qu'elle se soit livrée à une lecture attentive du plus petit des deux livres. Elle cite surtout le texte de la quatrième de couverture. Evoque la manière béhachélienne, «chemise au vent et sans crampons» de malmener quelques concepts, dans l'ouvrage. Son but n'est pas là. Son but, c'est le canular Botul et la faute de BHL, propre à elle seule à jeter, croit-elle, le discrédit sur l'ensemble du texte, et au-delà sur la légitimité philosophique de l'écrivain. Ce billet vachard a dû inquiéter Jean Daniel car le co-fondateur de l'Obs, dans un texte de soutien à BHL, publié sur le site de La Règle du jeu, revue dont celui-ci est le directeur, croit important de préciser que «les journalistes des pages culturelles du Nouvel Observateur ont toujours exercé librement leur droit de critique des ouvrages dont ils rendent compte comme l'a fait cette semaine Aude Lancelin». «Mais si l'on peut faire le procès de l'œuvre de Bernard-Henri Lévy, je ne crois pas, pour ma part, et Aude non plus, d'ailleurs, qu'il soit honnête de le fonder sur cette mystification», poursuit Jean Daniel.
Bref, on n'en sort pas. Il y a fort à parier qu'on ne saura pas ce que contiennent vraiment les deux livres. Encore une fois, il s'est trouvé un grain de sable pour escamoter une oeuvre de BHL au profit d'un jeu ambigu avec l'homme derrière l'œuvre. Cela fait à peu près 35 ans que ça dure. Sauf que ça se durcit avec les années. Ce n'est plus du jeu. Plus du jeu littéraire, plus même de ces rudes «batailles d'Hernani» censées gifler mais non tuer, qu'appréciait le balcon.
A chaque nouveau livre, à chaque film aussi, les détracteurs de Bernard-Henri Lévy réagissent, semble-t-il au même stimuli. L'indécente promo dont il bénéficie, et que, grâce à ses «réseaux» d'influence, il organise lui-même. Pierre Assouline et Aude Lancelin y font référence, avant de planter leurs crocs. Dans sa chronique de Libération, Daniel Schneidermann déroule le chapelet des publications flatteuses, la même semaine. L'Express, Le Point, Paris-Match, Transfuges, donc, pour une première salve. Ou plus rugueuses pour l'auteur, comme un entretien non amical, non complaisant, dans Marianne. Avant les radios, les télés, la presse quotidienne, etc. «L'auteur croit à la stratégie du tapis de bombes, note le chroniqueur de Libération. Il adore l'agenda pour l'agenda. L'important n'est pas l'acte, la louange, le dithyrambe, la parole. C'est le moment. L'important, c'est d'occuper le terrain, de ne laisser aucune réplique possible à l'adversaire.» Daniel Schneidermann a largement raison. Ainsi procède BHL. La littérature est une guerre, il l'a assez dit. Personne ne lit personne. Tout est donc affaire de commerce littéraire. Il faut tétaniser l'adversaire, d'un coup, sous une avalanche brutale, et à spectre large.
Les erreurs de BHL
Mais pourquoi ne reprocher qu'à lui «le tapis de bombes»? Outre le fait que n'importe quel écrivain rêverait de se voir ainsi attendu, la même semaine, par la presse de son pays, c'est oublier, par exemple, l'impressionnant dispositif déployé, il y a quelques semaines, pour l'écrivain américain James Ellroy et son roman Underworld USA.
Dès lors que l'actualité est arrosée d'autant d'objets promotionnels made in BHL, les réfractaires s'estiment en droit de lancer leur contre-offensive. Comme ils ont perdu depuis longtemps l'envie de lire Bernard-Henri Lévy, il leur faut des prétextes à la circonférence de l'oeuvre. Une erreur de l'auteur, comme ici. Coquilles et négligences de relecture. Souvent, ils se muent en flics investigateurs pour vérifier l'exactitude des affirmations de BHL dans ses reportages pour Le Monde -qui ne sont pas exempts d'approximations, parfois, comme tous les autres reportages. Ainsi l'enquête, en 2008, sur les traces de BHL, en Géorgie, pendant l'offensive russe. Ainsi la polémique sur Daniel Pearl. Sur l'entrée de BHL dans Sarajevo assiégée, et le nombre d'heures qu'il a «réellement» passées sur place. Sur la «véritable date à laquelle il a rencontré le commandant Massoud», au tout début des années 1980. Etc.
Mais pour qui d'autre procède-t-on donc ainsi? Quel autre philosophe? Quel autre reporter? Qui affronte ainsi des comités de vigilance, tout à fait staliniens dans leur essence, à chacune de ses sorties sur la planète? A côté de son billet dans Bibliobs, Aude Lancelin a fait reproduire le fac-similé d'une lettre adressée à son journal par l'historien Pierre Vidal-Naquet dénonçant des erreurs de date, de faits ou d'interprétation dans Le Testament de Dieu, autre ouvrage du philosophe. La lettre comme le livre datent... de 1979. Pas de cessez-le-feu? Jamais? Poursuit-on encore Régis Debray pour ses myopies de Pristina, pendant la guerre du Kosovo? Alain Finkielkraut, pour la critique d'un film, autrefois, qu'il allait reconnaître n'avoir pas vu? Non, comme la vie, la littérature doit connaître l'oubli, voire le pardon. Sinon, l'atmosphère est étouffante. Et directement fascisante.
Chimères persistantes
Pourquoi pas pour lui? Qu'est-ce qu'il a, de plus ou de moins, qui pourrait bien lui valoir, à vie, un soupçon d'infamie? Ah, il est riche! De nombreux articles insistent sur le fait qu'il se rend parfois en reportage en avion privé, et qu'il règle lui-même ses frais. C'est connu, les enquêtes fauchées, ou sur invitation de l'ennemi, sont plus vertueuses. Il est riche, ça l'exclut a priori? La philo et la littérature se doivent vouées à la misère sociale? Parce que dans un tel cas, Gide, cet horrible nanti, aurait dû faire autre chose. Quant à BHL, son père, plus qu'aisé, aurait dû naturellement l'orienter vers des études économiques, et non vers Normale Sup. Nous aurions sur le dos un trader ou un banquier de plus, aujourd'hui, scandaleusement bien rémunéré, mais au moins la littérature serait-elle sauve.
Il y a, c'est vrai, une contradiction que Bernard-Henri Lévy n'a jamais réglée: la proximité entre les images de sa vie mondaine, le luxe de ses décors, ou ceux de sa femme, l'actrice Arielle Dombasle, et celles de sa passion, d'analyse et de témoignage, pour les causes humaines du bout du monde. Télescopages, en effet. Mais pourquoi lui faire payer les unes par la seule détestation des autres? Le fric par la philo, accusée d'être falsifiée? Cet homme est étrange, au moins pourrait-on le lui reconnaître: en vieillissant, les personnalités contradictoires, au moins complexes, finissent toujours par opter pour le bonheur matériel, et le renoncement. Il est l'un des rares cas de personnages puissants à ne pas se résigner à l'abandon de ses chimères adolescentes. Pire: à les renforcer avec l'âge et les moyens venus. Il n'est que de lire, pour s'en convaincre, même de picorer, les 1.340 pages de ce dernier tome des Questions de principe. Retranchons les fatuités, les postures trop avantageuses. Restent tout de même, allez, 1.200 pages, de fureur et d'indignation, de plaintes et d'appels, que la grande bourgeoisie n'a pas, généralement, le goût de revendiquer; même si certains viennent droit d'un joli palais, dans la médina de Marrakech.
Ces deux livres-ci, le petit et le gros, et la manière véhémente qui les salue sont, il faut le savoir, la dernière étape avant l'ignominie. Compte tenu de l'état de la société, de ses besoins de lynchage, de sa passion pour les oukases médiatiques, la prochaine fois, au prochain livre, internautes, lecteurs ou critiques, quelques-uns ne se retiendront plus. Bernard-Henri Lévy, ce juif...
Philippe Boggio
Image de une: BHL en juin 2009. REUTERS/Gonzalo Fuentes
Philippe Boggio est l'auteur d'une biographie de BHL, Bernard-Henri Lévy, une vie, parue en 2005 chez La Table Ronde.
SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS APPRÉCIEREZ PEUT-ÊTRE: BHL, pape du conformisme ou «philosophe-voyou»?
Mis à jour le 17/02/2010 à 13h34





















































Je fais partie de ces gens que vous critiquez et qui n'ont pas lu ces deux livres de BHL.
Il faut dire que je comptais un peu sur votre analyse pour le savoir de quoi il s'agissait : j'en ai été pour mes frais : ou bien vous ne les avez pas lus non plus, ou bien vous préférez le garder pour vous.
Pour le reste, tout va très-très bien pour BHL : il est riche-riche, ses chemises sont blanches-blanches, sa femme est belle-belle, il a des articles élogieux-élogieux dans tous les magazines branchés-branchés.
Bon, certains ont profité de sa bévue Botul pour rigoler un peu aux dépens d'un philosophe, par ailleurs, insubmersible, car qui aurait pu se permettre d'écrire, ainsi que nous le rappelle Iconoclaste : "Je préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Aron" ?
Alors pourquoi ce dernier paragraphe ?
Est-ce que BHL aurait absolument besoin de paraître en victime de l'antisémitisme pour parfaire son oeuvre ?
Nous le saurons peur-être dans le prochain opus qu'il ne manquera pas de publier bientôt.
Pourquoi est-ce qu'on saute sur BHL dès qu'il en offre l'occasion ?
A cause de sa suffisance, de son "décolleté'', de son plan média extraordinaire, où se côtoient les émissions pipole, aussi bien que France Culture.
Quand on aime à ce point se montrer, quand on est aussi content de soi, quand on manque autant d'humour, il ne faut pas s'étonner de focaliser les commentaires ironiques dés que les circonstances s'y prêtent.
il n'y a là aucun antisémitisme, ni même de jugement sur son oeuvre ...
D'accord avec chaque ligne de cet article. La majorité des gens ne pense pas, n'aime pas penser, et quand elle le fait, manque beaucoup de rigueur.
Par contre, pour critiquer BHL, les mêmes deviennent très rigoureux et vérifient leurs sources. C'est peut-être le seul moment de leur vie où la conscience intellectuelle s'éveille en eux. Ils devraient donc en remercier BHL.
Pour les raisons citées dans un autre commentaire et d'autres que j'essaierai de développer BHL ne m'enthousiasme pas. Mais je hais les remarques sur son épouse prise à parti dans des querelles qui ne la concerne pas. Je n'aime pas les critiques sur son train de vie. Par contre on est obligé de mentionner sa fortune pour expliquer en partie ses entrées dans les médias.
Quant à sa judaïté, elle est revendiquée. Il ne veut pas apparaître comme un juif rasant les murs. Il a raison. Mais, dans le soutien qui lui apporte, Jean Daniel dit s'être éloigné de lui pour la " mystique judéo-israélienne " qui l'habite. Il ne saurait être critiqué pour son identité juive mais cela ne l'exonère pas d'être attaqué pour son soutien aveugle d'Israel.
Salutations.
"D'accord avec chaque ligne de cet article. La majorité des gens ne pense pas, n'aime pas penser, et quand elle le fait, manque beaucoup de rigueur."
Vous plaisantez? La polémique est justement venue de la légereté de BHL. Ne pas reconnaitre la farce dans le livre de Botul peut vraiment questionner sur sa compréhension de la pensée Kantienne , quant à sa compréhension des derniers travaux universitaires, je n'en parle même pas, de toute façon il les méprise.
Alors, franchement, laissez nous avoir le même mépris que cet homme a pour tant de personnes.
Concernant SLATE, j'avoue que j'étais assez épaté depuis quelques mois de la pertinence de la quasi totalité des articles.
Là, mon avis vire à 180 degrés. J'espère qu'à l'avenir vous choisirez vos plumes pour autre chose que sur les buzz qu'elles peuvent amener. Evidemment défendre BHL quand c'est inexcusable intellectuellement, on a envi de lire...
Le Titanic aussi était un remarquable navire sauf qu'il n'a pas supporté les épreuves. BHL est démasqué car on pourrait attendre un plus grande rigueur de sa part !
La philosophie n'est-elle pas la recherche de la vérité ? N'ETES VOUS PAS INDIGNE de son attitude ? Faudrait-il accepter parce que globalement, BHL est un homme bien ou un ami ?
Il n'y a de vérité que dans les actes et l'acte en question n'était pas signé comme un pamphlet, il y a duperie et confusion des ordres.
Libre à vous d'adopter une argumentation de sophiste pour le défendre sur ce POINT, au moins les sophistes le faisaient-ils pour de l'argent !! Sauf à comprendre que votre biographie de BHL n'avait pas été conduite avec la rigueur à une investigation digne d'un journaliste. On doit avoir du mal à dormir, non ?
Décrire l'un des plus somptueux palais de Marrakech comme une "maison", ce n'est pas faire preuve d'un souci très prononcé de la précision.
Soupçonner P. Assouline d'antisémitisme, ça vaut son pesant de cacahouètes ! Accuser P. Vidal-Naquet de la même tare, c'est carrément hallucinant.
Un certain ministre avait aussi essayé cette ligne de défense ridicule quand il avait été placé sans ménagement devant ses petits arrangements politico-financiers, ça n'avait pas trop marché...
La véritable raison de ce déferlement de critiques ricanantes se trouve plutôt dans la propension atavique de B.-H. Lévy à ne prêter aucune attention (ou si peu) aux détails, et surtout à prendre ses lecteurs pour des incultes lobotomisés qui ne connaissent pas la Grèce antique, ni la Géorgie actuelle, ni le droit international, ni... ni... ni... A ce point-là, je ne crois pas que Finkielkraut p. ex. laisse passer autant d'erreurs factuelles dans ses ouvrages - sans parler de J. Ellroy. Surtout que la légèreté méthodologique de BHL est associée à une tendance au manichéisme un peu trop poussée parfois - mais là, il n'est de loin pas le seul.
C'est tellement dommage car ça affaiblit complètement ses combats qui sont souvent justes sur le fond. Les combats qu'il mène auraient plus de réussite s'il avait écouté les conseils que P. Vidal-Naquet et d'autres historiens ou scientifiques s'époumonent à lui donner depuis 30 ou 40 ans. (Au fait, la lettre de PVN n'a pas été "exhumée" par une journaliste du NouvelObs, elle figure depuis des lustres sur le site consacré au grand historien.)
Ce n'est pas parce que certains internautes ne savent pas se tenir sur le site de Libération que tous ceux qui osent mettre en lumière les manquements de B.-H. Lévy sont des suppôts d'Alfred Rosenberg.
Mais qui est aussi une façon de remettre une pièce
dans le grand flipper médiatique où la quantité de bruit
importe au fond plus que la qualité de la musique :
"- A défaut de faire lire B.-H. L., la polémique fait-elle lire
les livres sur lui ?" ;> )
Oh, pas très méchant dans un monde où les paratonnerres
jouent après tout leur rôle d'attirer la foudre.
Tartemollement.
(Alors que Shakespeare en ferait une comédie de cour
désopilante).
MESSAGE DE SERVICE :
Le fonctionnement de la connexion (identification) au site
est très pénible en ce moment !
Une fois de plus, BHL ne déçoit pas, ni ses lecteurs, ni ses détracteurs. La philosophie dans la soie, ça perd un peu de sa force. J'ai aussi remarqué le "tapis de bombes médiatiques" ces derniers jours, impressionnant. Donc le texte du Renaclerican me convient parfaitement. Je l'adopte.
La polémique a cessé. BHL a signifié la fin de la récré. Cela ne le fait plus ‘marrer’. Pour en finir, on a fait passer le message que toute nouvelle critique aurait une odeur pestilentielle et friserait l’antisémitisme. Cela s’est arrêté ‘ net ‘.
Jean Daniel glisse un petit conseil à ses jeunes confrères : « Mais personne n’a le monopole de l’indignation. ! Simplement, le rôle d’un éditorialiste n’est pas celui d’un leader politique et celui d’un journaliste n’est pas celui d’un militant. Tous deux ont l’impérieux de comprendre, ensuite de faire comprendre, éventuellement de condamner. »
Tout est dit.