Médias / Sciences

Le monde nous paraît plus dangereux après avoir regardé Netflix

Temps de lecture : 2 min

Le binge-watching de séries affecte notre perception de la réalité.

En visionnant des séries violentes et pessimistes, nous pouvons développer le «syndrome du monde méchant». | Freestocks via
En visionnant des séries violentes et pessimistes, nous pouvons développer le «syndrome du monde méchant». | Freestocks via

«Début du prochain épisode dans 10 secondes.» Quiconque a un compte Netflix, Hulu ou Amazon Video –ou parasite celui d'un proche– sait à quel point il est facile d'enchaîner les épisodes de séries de plus en plus addictives. Mais en s'adonnant au binge-watching, ce visionnement boulimique, en plus d'impacter notre sommeil, notre mémoire ou notre libido, nous menacerions également notre santé mentale, révèlent des chercheurs américains. À force de regarder des séries souvent très violentes et très pessimistes, nous pouvons développer ce qui se nomme le «syndrome du monde méchant». Ce biais psychologique est un dérivé de la théorie de la «cultivation», qui présuppose qu'en regardant la télévision, nous assimilons le monde vu à l'écran au monde réel.

Pour étudier ce phénomène, Mina Tsay-Vogel, professeure de communication à l'université de Boston, et son équipe ont enrôlé 366 étudiantes et étudiants adeptes du binge-watching et leur ont imposé le visionnage des cinq séries les plus binge-watchées à l'automne 2015, date de l'étude: House of Cards, Unbreakable Kimmy Schmidt, Marco Polo, Bloodline et Daredevil.

L'équipe de recherche a ensuite interrogé les élèves en leur demandant sur une échelle de 1 à 7, à quel point elles et ils adhéraient à certains postulats tels que: «La plupart des gens abuseraient de moi s'ils en avaient l'occasion», «La plupart du temps, les gens ne pensent qu'à eux», «La plupart des gens sont honnêtes», «La plupart des gens ont bon cœur», etc. Plus les sujets binge-watchaient ces séries, plus ils voyaient le monde comme un endroit effrayant et dangereux.

Stress, anxiété et dépression

Rien d'étonnant à cette vision pessimiste, selon les scientifiques qui révèlent que le petit écran reflète les inégalités bien réelles qui gangrènent nos sociétés. Après avoir recensé les différentes scènes de violences, physiques ou verbales, souvent intentionnelles et très graphiques, ils se sont en effet aperçus que les criminels ou les personnages violents de série faisaient écho aux stéréotypes de genre et de race. «Les coupables blancs bénéficiaient souvent de justifications morales, au contraire des coupables racisés», souligne par exemple Sarah Krongard, une des autrices de l'étude.

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Des résultats anxiogènes auxquels s'ajoute la propension du binge-watching à engendrer chez ses adeptes crises d'angoisse, stress et dépression. Pas étonnant alors que Netflix, soucieux de préserver son image, ne souhaite désormais plus être associé à cette pratique et aille jusqu'à interdire à ses acteurs et actrices en promo d'évoquer cette pratique en interview.

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