Société

Une jeune qui se suicide, c'est le monde entier qui se fissure

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Kelly Catlin avait 23 ans. Elle était vice-championne olympique de poursuite. Dimanche, elle s'est donné la mort. Je ne m'en remets pas.

Elle nourrissait des idées noires et penchait vers le nihilisme. | Counselling via Pixabay
Elle nourrissait des idées noires et penchait vers le nihilisme. | Counselling via Pixabay

Kelly Catlin avait 23 ans. De nationalité américaine, elle était vice-championne olympique en poursuite par équipe, titre obtenu à Rio en 2016. Diplômée en mathématiques et en chinois, elle étudiait à l’université de Stanford. C’était aussi une violoniste accomplie dotée d’un authentique tempérament artistique. Hier, dans sa chambre universitaire, elle s’est donné la mort.

Visiblement elle souffrait de dépression et bataillait avec les conséquences d’une commotion cérébrale intervenue il y a quelques mois. Elle se plaignait de maux de tête, était devenue sensible à la lumière du jour, nourrissait des idées noires, penchait vers le nihilisme. Le mois dernier, elle avait déjà essayé d’attenter à ses jours; la police était intervenue juste à temps.

Voilà, une vie s’en est allée. On ne saura jamais vraiment ce qui a conduit cette jeune fille brillante à précipiter sa mort. La pression de la vie d’une athlète de haut niveau, la difficulté à se remettre de sa chute, une altération de son état mental et de ses ressources psychiques, une dépréciation de son rapport à l’existence, l’appel d’un néant auquel elle n’aura su résister. Une accumulation telle de souffrances que vivre encore un jour, encore une heure, a dû lui apparaître comme une tâche insurmontable, sentiment teinté d’un désespoir si profond qu’il a tout emporté sur son passage.

Sa mort, comme le suicide de tant d’autres adolescentes et adolescents, de jeunes gens vaincus à l’aube de leur vie, dans la splendeur de leurs 20 ans, est un déchirement et un scandale. Un de plus. Un dont je ne me remets pas. Qui a les couleurs criardes et vulgaires de la mort quand elle ose s’en prendre à la jeunesse du monde, à sa mélancolie poignante, lorsqu’elle la séduit pour mieux l’étreindre, dans un face-à-face inégal d'où elle sort trop souvent vainqueure.

J'aurais voulu lui dire qu'un jour la vie reconquiert ses droits

J’aurais tant voulu lui dire à cette jeune fille que si la vie peut apparaître parfois sous un jour blafard où rien ne semble plus avoir de sens si ce n’est la certitude de la mort, elle ne reste jamais figée dans cette morbidité de la pensée. Tôt ou tard, l’esprit reprend toujours le dessus: il triomphe de toutes les malédictions, il possède en lui les forces de sa propre rédemption quand un beau matin, une fois les épreuves de la douleur passées, il renaît à la vie et renoue avec la lumière et la promesse de légèreté.

Les peines d’amour finissent toujours par s’effacer, les crises existentielles aussi. Le désespoir ne dure jamais, il finit par se lasser et s’en va, penaud, pris au piège de sa propre désolation. Un jour, la vie reconquiert ses droits, elle jaillit de nulle part et, irrésistible, invincible, elle se joue de toutes les vicissitudes. Ce qui aujourd’hui nous semble inéluctable, ce poison de la mort qui coule lentement entre nos veines, demain, après-demain, dans un an, dans cinq ans, c’est tout juste si nous croirons en son existence. Il nous aura quitté, emportant avec lui le poids de sa lourdeur et de sa tristesse.

On peut en finir avec la vie quand elle nous a suffisamment comblé pour qu’on juge ne plus rien avoir à attendre d’elle, lorsque vaincu par la fatigue et la maladie, le cœur plein de souvenirs, l’esprit en paix avec lui-même, dans cette confidence de la mort qui s’approche, on se donne à elle pour ne pas se voir dépérir. Nos plus belles années ne reviendront plus, nous avons accompli le tour du cadran, la fatigue de la vieillesse est là, la désespérance aussi et dans ce renoncement ultime, il y a la sagesse de la personne bien trop lucide pour se mentir à elle-même.

Mais pas à 23 ans quand de la vie, au fond, on ne sait rien encore. Lorsqu’on ignore peut-être la transcendance de l’amour, capable de toutes les renaissances. La beauté des aubes glacées, la splendeur des après-midis d’été, la tendresse des couchers de soleil. La vie dans tout ce qu’elle peut avoir de mesquine et de grandiose, de sublime et de misérable. La vie avec ses désillusions, ses renoncements, ses chausse-trappes; la vie avec ses prodiges, ses merveilles, ses ensorcellements, ses surprises et ses éblouissements.

La vie et la routine de l’ennui, la vie et ses déboires pécuniers, la vie et ses chagrins d’amours, les trahisons, les coups bas, les jalousies et les écœurements journaliers; la vie et le sourire d’un enfant, la complicité d’un ami, d’un animal, la fidélité d’un amour, la vie et ses éclats de rire, la vie passée et la vie à venir, la vie des autres et la vie à soi, la vie des livres et la vie ivre de ses bonheurs passagers qui nous étourdissent au firmament d’un soir qui ne veut pas finir.

La vie, la vie, la vie.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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