Santé

«Au fil des semaines, je crois que je suis peu à peu tombé amoureux d'elle»

Temps de lecture : 4 min

Cette semaine, Lucile conseille Paul, jeune expatrié qui a développé des sentiments pour sa colocataire et qui hésite à se jeter à l'eau.

«Abîmer cette relation serait forcément un coup dur pour tous les deux.» | Mark Sebastian via Flickr
«Abîmer cette relation serait forcément un coup dur pour tous les deux.» | Mark Sebastian via Flickr

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

Voici mon petit problème du moment. J'ai déménagé à l'étranger il y a quelques mois et je me suis installé en colocation avec une fille –nous avions pris contact via un groupe Facebook d'expats– qui arrivait dans la ville en même temps que moi.

Au fil des semaines, et à force de discussions intéressantes, sorties, découvertes, cela n'a pas manqué, je crois que je suis peu à peu tombé amoureux d'elle, mais je n'en ai rien laissé transparaître jusque-là, pour plusieurs raisons:

1) nous sommes dans une ville où il n'est pas évident de nouer des relations amicales fortes avec les autochtones, aussi le petit groupe d'expatriés constitue-t-il le noyau dur des relations. En cas de refus de sa part, cela pourrait instaurer une ambiance particulière dans le groupe.

2) nous habitons ensemble, et au-delà des sentiments que j'ai pour elle, nous nous entendons vraiment bien. Abîmer cette relation serait forcément un coup dur pour tous les deux –et d'autant plus ici, où nos proches sont éloignés.

Le temps passant et pour les raisons que je viens d'évoquer, il m'est de plus en plus difficile de trouver une manière de lui avouer mes sentiments: une discussion ferait trop sérieux, et l'approche physique serait un peu étrange, compte tenu de notre relation.

Je pourrais avancer que je décèle en elle quelque chose pour moi, et même que nous nous draguons régulièrement, mais elle est de nature séductrice avec tout le monde, et c'est donc compliqué à confirmer.

Nous avons prévu de partir ensemble en voyage cet été, à la découverte du pays. Ce pourrait être l'opportunité, mais je ne suis pas sûr de réussir à tenir jusque-là. Si vous avez une idée sur la manière de s'y prendre dans ces cas-là, je suis preneur!

Paul.

Cher Paul,

Je dois vous avouer que toute votre approche me paraît grossière. Très simplement: si tous ces éléments et ces réflexions sont entrées en ligne de compte, alors cette histoire n’a pas lieu d’être.

Si je comprends bien les caractéristiques d’une situation expatriée, je ne vois pas en quoi un refus de sa part serait plus problématique qu’une rupture, par exemple, qui pourrait tout aussi bien faire exploser votre petit groupe. Dans tous les cas, il est question de risque. Il me semble donc que cet argument n’est pas tellement recevable.

Le problème, c’est que vous envisagez qu’un refus de sa part entraînerait forcément un malaise. Mais ce n’est pas forcément le cas: si vous vous comportez comme un adulte responsable qui comprend et respecte le consentement de l’autre, je ne vois pas comment le malaise pourrait s’instiller. Tout peut être aussi simple que «Je crois que je commence à avoir des sentiments pour toi» / «Moi pas» / «Ok», fin de la discussion entre deux adultes qui acceptent les sentiments de l’autre.

Je ne vous conseille pas en effet d’avouer vos sentiments par «une approche physique», parce que ce serait une violence pour elle, et pour vous également, si vous vous retrouviez à essuyer un refus.

Par contre, je ne vois pas en quoi parler est «trop sérieux». Vous estimez vous-même que vos sentiments méritent de prendre le risque de bouleverser votre quotidien sur place. Si cette inclinaison est bien sérieuse, une discussion est la seule manière de découvrir quel est son sentiment à votre égard.

Je suis également gênée par la phrase «je ne suis pas sûr de réussir à tenir jusque-là». Être amoureux de quelqu’un, ce n’est pas lui imposer son amour, ni l’imposer à qui que ce soit d’autre. Si vous avez le besoin absolu de dévoiler vos sentiments à la face du monde quelle que soit la disponibilité de la personne convoitée, cela relève plus du problème narcissique que du questionnement relationnel. À vous d’accepter d’aimer dans une posture désintéressée.

Vous avez la chance de partager votre quotidien avec cette personne, de pouvoir vous repaître de sa présence et de son temps; vous pourriez très bien avoir une très belle relation, qui ne relèverait pas forcément de l’amour comme vous l’entendez. Que vous manque-t-il? Le sexe? J’imagine que vous savez très bien vous débrouiller tout seul quand le désir se fait sentir. Et même si vous étiez en couple, elle ne vous devrait rien de ce côté-là.

Ce qui me gêne, Paul, c’est que vous ne voyez pas en quoi votre problème relève du caprice. Vous voulez cette femme; vous la voulez pour vous, et vous voulez que vos efforts pour la conquérir soient forcément couronnés de succès.

D’abord, si l’on est tout à fait honnête et que l'on ne manipule pas l’autre, le succès n’est jamais garanti. Trop de facteurs entrent en ligne de compte dans le choix de l’autre pour être assuré à 100% de remporter la mise. J’utilise l’image du jeu, mais je n’y crois pas moi-même: je ne souhaite à aucun couple de se former sur des manigances et des coups de bluff, comme au poker.

Les femmes ne sont pas une espèce si différente des hommes, Paul. Si la relation que vous avez aujourd’hui est susceptible d’être abîmée, et si elle vous importe tant que ça, vous ne prendriez pas ce risque.

Si vous aimiez cette femme, vous ne voudriez pas la mettre dans une position difficile, vis-à-vis de vous ou de vos amis sur place. On n’impose pas ses sentiments à quelqu’un. C’est quelque chose que beaucoup d’hommes font, malheureusement, avec la certitude que les femmes leur doivent ensuite quelque chose.

Vous l’aimez peut-être, je veux bien le croire. Mais apprenez à la respecter avant de vous jeter dans le vide. C’est seulement par ce respect que vous aurez une chance qu’elle veuille construire quelque chose avec vous.

Lucile Bellan Journaliste

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