Parents & enfants / Tech & internet

Chez les jeunes, le cyber-harcèlement passe par les Google Docs

Temps de lecture : 3 min

Travail collaboratif? Mon œil.

Méfiez-vous des pages blanches | r. nial bradshaw via Flickr CC License by
Méfiez-vous des pages blanches | r. nial bradshaw via Flickr CC License by

C'est fou comme l'être humain peut faire preuve d'intelligence, ou en tout cas de roublardise, dès qu''il s'agit de braver des interdits ou de donner libre cours à sa part sombre. Nul besoin d'attendre l'âge adulte pour cela, comme le prouve l'exemple qui va suivre. On pourrait saluer l'inventivité des jeunes gens qui ont eu cette idée en premier, si leurs motivations n'étaient pas aussi condamnables.

Alors voilà: puisqu'une partie des parents flique leurs allées et venues sur Internet et bloque leur accès à certains sites dits sensibles (ce qui peut inclure les réseaux sociaux et les forums), les ados d'aujourd'hui ont trouvé une nouvelle idée brillante pour se retrouver et se raconter des trucs sans laisser de trace. Il leur suffit de créer un Google Doc, d'inviter leurs connaissances en leur permettant de l'éditer, et le tour est joué.

La feuille blanche obtenue permet de se dire absolument tout, sans qu'une équipe de modération puisse venir mettre son grain de sel, et sans qu'aucun parent ait la possibilité de lire ce qui s'écrit en ces lieux. Après la discussion, il suffit en effet de glisser le document dans la corbeille, puis de s'assurer qu'il disparaisse définitivement. Et voilà le travail: il n'en reste apparemment aucune trace.

Certains parents semblent se réjouir de cette débrouillardise à toute épreuve, comme en témoigne ce tweet sélectionné par le site Lifehacker:

«Mon fils de 10 ans a créé un Google Doc pour discuter avec ses potes, et c'est la réponse la plus adorablement nerd à la problématique "ma mère ne veut pas que je sois sur les réseaux sociaux" que j'aie vue depuis longtemps»

Seulement voilà: offrez une liberté totale à un groupe de personnes, et il y a de fortes chances pour qu'elles finissent par en faire n'importe quoi. Qui dit impression de liberté dit sentiment d'impunité. Alors pourquoi ne pas profiter de cet espace sans limite pour se mettre à faire des trucs rigolos.

«Un groupe d'ados que je ne connais pas m'a invitée par erreur sur son Google Doc, qui sert à classer leurs camarades»

Terrain vague

Jusque là, rien de trop grave. Seulement voilà: d'après une étude réalisée par l'appli de contrôle parental Bark, plus de 60.000 cas de harcèlement groupé via ce genre de document auraient déjà été repérés. Les jeunes gens les plus mal intentionnés utilisent en effet les Google Docs pour se retrouver, programmer leurs attaques, et se liguer efficacement contre d'autres enfants ou ados. D'autres s'en servent comme de gigantesques défouloirs sur lesquels il est aussi aisé que jouissif de tirer à vue sur une cible qu'on aura désignée au préalable. Et comme partager ce genre de documents avec d'autres est d'une simplicité absolue, il n'est pas compliqué de former des ligues gigantesques qui pourront souder leurs liens dans la haine et l'humiliation de l'autre.

Lorsqu'on est parent, que faire pour éviter que ses enfants participent à ce genre d'action? Les priver de tout accès à Internet? Quasiment inimaginable à notre époque. Que conseiller d'autre si ce n'est de privilégier un dialogue quasi permanent avec sa progéniture. On peut expliquer qu'il faut réfléchir avant de poster quoi que ce soit (parce que ça peut faire du mal, mais aussi parce que les captures d'écran peuvent se retourner contre vous), conseiller de contacter des adultes si on pense être en train d'assister à une situation de harcèlement, recommander de ne pas accepter d'invitations à partager un document si elles proviennent de personnes inconnues...

Il semble également assez sage d'essayer de limiter le temps passé par les ados sur les écrans, et de définir ensemble des horaires d'utilisation. Il ne faudrait pas empêcher vos ados d'utiliser les Google Docs alors que leur seul objectif est peut-être la co-réalisation d'un exposé sur la conférence de Yalta ou l'acide ribonucléique.

Slate.fr

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