Égalités / Tech & internet

Absher, l'appli qui régit les déplacements des femmes

Temps de lecture : 2 min

Cette appli pour smartphone proposée par le gouvernement saoudien permet de faciliter les démarches en ligne. Mais pas seulement...

Un employé du Ministère saoudien de l'Industrie face à des machines proposant l'appli Absher, 19 février 2019 | Fayez Nureldine / AFP
Un employé du Ministère saoudien de l'Industrie face à des machines proposant l'appli Absher, 19 février 2019 | Fayez Nureldine / AFP

C'est une appli gouvernementale a priori bien intentionnée. Absher permet à la population saoudienne de payer ses contraventions et de s'acquitter de diverses formalités administratives. Hélas, les fonctionnalités de l'application ne s'arrêtent pas là, ce qui n'a pas manqué de faire réagir les spécialistes du droit civil.

On rappelle que les citoyennes saoudiennes ont besoin de l'accord d'un parent masculin pour obtenir des papiers d'identités, voyager ou se marier. Encore récemment, cela se faisait par document papier, mais Absher intègre également la possibilité pour les utilisateurs masculins de valider ce genre d'autorisation via l'application.

Absher permet donc aux Saoudiens de choisir d'autoriser ou non leurs fils mineurs, leurs épouses ou encore leurs filles à voyager à l'étranger. Les services d'immigration des aéroports n'ont alors qu'à scanner le passeport de la personne concernée afin de vérifier si elle bénéficie ou non du laisser-passer nécessaire.

En outre, jusqu'en 2014, chaque fois qu'une personne sous leur responsabilité passait la frontière, les hommes saoudiens étaient avertis par un SMS leur permettant de suivre son passage d'un pays à un autre. L'appli ne permet pas de géolocaliser précisément les femmes et enfants, précise l'article publié sur Associated Press.

Techniquement, Absher ne fait rien d'autre que rendre plus modernes (en termes de technologie) des procédures qui étaient auparavant plus fastidieuses. Mais le fait que des smartphones ou des systèmes d'exploitation de marque américaine puissent permettre aux hommes saoudiens de décider des déplacements de leurs femmes ou de leurs filles a fait réagir l'élue américaine Jackie Speier, qui appartient au camp démocrate.

Google ferme les yeux, Apple réfléchit

Dans une lettre adressée à Apple et Google, Jackie Speier écrit : «l'ingéniosité de la technologie américaine ne devrait pas être pervertie par la violation des droits des femmes saoudiennes». D'après le bureau de la politicienne, Google considère que Absher n'est pas en infraction par rapport à ses conditions d'utilisation, et ne supprimera donc pas l'appli.

Du côté d'Apple, l'enquête est en cours. Interrogé par NPR le mois dernier, le PDG Tim Cook a indiqué que sa société allait «y jeter un oeil». De toute façon, comme l'indique Associated Press, même une suppression totale de l'appli n'empêcherait pas les hommes saoudiens d'utiliser Absher, puisque la version web serait toujours accessible.

Absher cumule 13 milliards de visites pour 11 millions d'utilisateurs et utilisatrices. Le ministre saoudien de l'Intérieur a récemment réagi en défendant ce service considéré comme d'utilité publique, condamnant «la campagne systématique de questionnement des véritables intentions d'Absher».

On rapporte le cas de femmes ayant réussi à voyager à l'étranger après avoir accédé au smartphone de leur mari ou de leur père, validant elles-mêmes leur autorisation de voyager. En attendant le jour rêvé où les femmes saoudiennes pourront aller et venir comme elles le souhaitent, ce passage au tout numérique peut quasiment être considéré comme une aubaine pour elles: il semble plus simple de pénétrer dans le portable d'un proche que de falsifier une autorisation sur papier.

Slate.fr

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