Culture

On ne parle pas assez de la première réalisatrice nommée aux Oscars

Temps de lecture : 3 min

Âgée de 90 ans, Lina Wertmüller est hélas tombée dans l'oubli, alors qu'elle restera à jamais dans l'histoire.

Lina Wertmüller | Augusto de Luca via Flickr CC License by
Lina Wertmüller | Augusto de Luca via Flickr CC License by

Le chiffre est effarant: sur l'ensemble des 91 cérémonies des Oscars, seules cinq femmes ont été nommées à l'Oscar de la meilleur réalisation. La seule à l'avoir emporté se nomme Kathryn Bigelow, récompensée en 2010 pour Démineurs. Les autres réalisatrices citées sont Greta Gerwig (pour Lady Bird en 2018), Sofia Coppola (pour Lost in translation en 2004), Jane Campion (pour La Leçon de piano en 1994)... et l'Italienne Lina Wertmüller, nommée en 1977 pour le film Pasqualino.

À l'occasion d'une retrospective proposée par le centre culturel Barbican de Londres, la journaliste du Guardian Claire Armitstead est allée rencontrer la cinéaste italienne, aujourd'hui âgée de 90 ans, pour l'interroger sur sa carrière en général et cet incroyable moment en particulier.

C'est en 1963, sur le de Federico Fellini, que Lina Wertmüller a débuté sa carrière, en tant qu'assistante réalisatrice. Celle fut également chargée d'une partie du casting reconnaît humblement son peu de goût et de compétences pour ce double poste: «J'étais la pire assistante qui soit, mais personne n'y prêtait attention parce que j'étais toujours sympathique».

Très vite, Wertmüller a eu envie de se consacrer à ses projets personnels. Et c'est la même année qu'elle se lance dans la réalisation de I Basilischi, son premier long-métrage, qu'elle a également écrit: l'histoire d'un trio de jeunes gens désoeuvrés dans une petite ville du sud de l'Italie.

Films d'amour et d'anarchie

C'est dans les années 70 que la cinéaste vit l'apogée de sa carrière, ses films les plus connus (mais très peu vus par chez nous) ayant été réalisés au cours de cette décennie. Film d'amour et d'anarchie (quel beau titre) est sélectionné au festival de Cannes 1973, et permet à l'acteur Giancarlo Giannini de remporter le prix d'interprétation masculine. Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l'été sort l'année suivante, avec toujours Giannini dans le rôle principal. Mais c'est leur troisième collaboration, Pasqualino, qui fera entrer Lina Wertmüller dans l'histoire.

Traduit par Seven beauties pour son exploitation américaine, le film raconte l'histoire d'un petit mafieux minable et lâche, qui déserte l'armée italienne pendant la Seconde guerre mondiale et finit capturé par l'armée allemande. Envoyé dans un camp de concentration, il tente de pactiser avec l'ennemi pour sauver sa peau. Le tout forme le portrait d'un petit homme médiocre et prêt à tout, qui séduit l'académie des Oscars.

Pasqualino récolte quatre nominations, dont deux pour Wertmüller, en course pour les prix de la meilleure mise en scène et du meilleur scénario. Giancarlo Giannini est également nommé pour l'Oscar du meilleur acteur, et le film concourt également au titre de meilleur long-métrage non anglophone.

Finalement, Pasqualino repartira bredouille: John G. Avildsen est désigné meilleur réalisateur pour Rocky, le Network de Sidney Lumet rafle le prix du meilleur acteur (pour Peter Finch) et du meilleur scénario (pour Paddy Chayefsky), et c'est Jean-Jacques Annaud qui gagne l'Oscar du film étranger pour Noirs et blancs en couleur (également titré La Victoire en chantant).

«Avec leur dimension polémique, leur façon de caricaturer à l'outrance (surtout les femmes) et leurs fréquentes explosions de violences sexuelles, on imagine mal que de tels films puissent encore être faits de nos jours», écrit Claire Armitstead, qui recommande néanmoins de voir ces films en les replaçant dans leur époque.

Lina Wertmüller parle assez peu d'elle, répondant à certaines questions par une autre question n'ayant rien à voir. Mais ce qu'elle raconte est passionnant, que ce soit sur son envie de déformer les corps ou sur le fait que les titres si longs et si jolis de certains de ses films n'étaient faits que pour emmerder les producteurs, qui devaient ensuite se débrouiller pour faire entrer un nombre inattendu de mots sur les affiches et les devantures des cinémas.

Pente descendante

L'article raconte aussi la rapide déchéance de la réalisatrice, qui n'a jamais réellement confirmé après ces seventies au cours desquelles son travail fut si apprécié, si questionné. Après les Oscars 1977, Lina Wertmïuller signa un contrat avec Warner Bros pour quatre films en langue anglaise. Un seul vit finalement le jour, et son échec mit fin au deal. «Elle semble avoir implosé», raconte le critique Derek Malcolm. «Après cette nomination à l'Oscar, elle n'a plus pu connu de réelle réussite».

Aujourd'hui, ses films sont relativement difficiles à voir, même si Univers Ciné en propose deux d'entre eux et que SND a récemment réédité quelques titres en DVD. Pasqualino n'en fait pas partie: le film semble avoir quasiment disparu des écrans-radars.

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