Égalités

Putain les meufs, on a fait un sacré bon boulot

Temps de lecture : 3 min

Les femmes ont mis les inégalités de genre au cœur de l'actualité. Satisfaisant mais loin d'être suffisant.

Pour une fois, on peut se reposer le 8 mars, mais le combat pour l'égalité des sexes ne fait que commencer. | Clker-Free-Vector-Images via Pixabay
Pour une fois, on peut se reposer le 8 mars, mais le combat pour l'égalité des sexes ne fait que commencer. | Clker-Free-Vector-Images via Pixabay

Et nous y voilà, le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Mais franchement pour quoi faire? Maintenant, c’est tous les jours le 8 mars. On ne lâche rien, on en parle tous les jours, quitte à en épuiser certains.

L’inégalité salariale, la précarisation des femmes, l’inégalité de retraites, les pensions impayées, les femmes dans les métiers du «care» qui rapportent le moins, l’inégalité de progression professionnelle, le harcèlement sexuel au travail, le harcèlement sexiste en ligne, le harcèlement dans l’espace public, le temps de parole inégal, l’invisibilisation des femmes dans de nombreux secteurs, l’invisibilisation des femmes à partir d’un certain âge, les violences obstétricales et gynécologiques, les viols, les agressions sexuelles, les féminicides, la masculinisation de la langue, l’inégalité de la répartition des tâches domestiques et parentales, la charge mentale, l’absence de vrai congé paternité, les discriminations particulières contre les femmes racisées, contre les femmes voilées, contre les lesbiennes, la sexualisation permanente du corps des femmes, les identités féminines qu’on essaie de nous foutre dans la tête dès la naissance, le domaine médical qui est pensé par et pour des hommes, les voitures qui sont pensées par et pour des hommes, l’inégalité d’accès aux toilettes, la taxe rose, le contrôle social sur le corps des femmes pour déterminer ce qu’il doit et ne doit pas être, le tabou des règles, la pression sur celles qui ne veulent pas d’enfant, la pression sur les mères qui seraient toujours imparfaites.

Tout ce qui, de la naissance à la mort, fait la vie d’une femme. Du jour de sa naissance à son trépas, une femme sera considérée avant tout comme une femme. Pas comme un individu libre. Une femme, c’est-à-dire un être sur lequel la société s’arroge un droit de regard permanent, un droit de jugement de ses choix et de sa vie, un droit de limitation à sa liberté et ses possibilités.

Et puis le sexisme par tranche professionnelle: dans le journalisme, dans les écoles de médecine, chez les politiques, les avocats, les entreprises de nettoyage, la police, l’armée, les jeux vidéos, le cinéma, les agence de com', les écoles d’ingénieur, dans l’industrie musicale, etc., etc., etc.

On a assuré. Maintenant, tout reste à faire

Évidemment qu’il ne suffit pas d’une journée pour aborder tous ces sujets. Même une année complète n'y suffirait pas. Les fronts sont tellement nombreux et, plus on avance, plus on en découvre de nouveaux. Le sexisme est partout, tout est à changer. Tout doit être repensé, envisagé sous un angle nouveau.
Il y a encore quelques années, le 8 mars, les féministes savaient que leurs téléphones allaient sonner –alors qu’ils restaient assez silencieux le reste du temps. Le 8 mars, c’était une seule journée et les journalistes devaient choisir un seul sujet à traiter. Le 8 mars, c’était l’occasion de mettre en avant un thème de société –les inégalités de salaire le plus souvent.

Cette année, je n’ai pas envie de choisir un sujet. J’ai envie de faire une pause et de dire: putain les meufs, on a fait un sacré bon boulot. Toutes. Toutes celles qui ont écrit, qui ont analysé, qui ont parlé, qui ont chanté, qui ont milité, qui ont défilé, qui ont mis en scène, celles qui ont simplement partagé un article, un livre, un podcast sur ces sujets, celles qui pour défendre l’égalité se sont engueulées avec une ou un ami, une ou un collègue, l'une ou l'autre membre de la famille.

On assure.

En réussissant à déborder de la case du 8 mars, à porter le sujet dans l’actualité, on a déjà fait un truc énorme. Il suffit de voir le nombre de personnes qu’on a exaspérées pour s’en rendre compte, de les voir se recroqueviller pour tenter de protéger leurs privilèges, pour nous dire qu’on va trop loin, trop vite, que ça suffit, qu’à cause de nous les hommes ont peur et qu’ils sont perdus, qu’on est folles, hystériques, dangereuses, qu’on fait sécession dans la société, qu’on fracture notre belle France gauloise et unie.

On a assuré. Maintenant, tout reste à faire.

On va gagner la bataille culturelle, comme on dit –mais il va falloir également des victoires concrètes. Quand on pense qu'on n'a même pas encore obtenu une réforme du congé paternité, on a conscience de l'étendue des progrès qu'il reste encore à faire.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq. Pour vous abonner c'est ici. Pour la lire en entier:

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