Médias / Culture

Luke Perry est mort mais Dylan McKay est éternel

Temps de lecture : 7 min

Mort à 52 ans d'un AVC, l'acteur laisse derrière lui une génération de fans qu'il avait aidé à devenir adulte.

Luke Perry dans le rôle de Dylan McKay | Capture d'écran via vidéo YouTube «Brandon meets Dylan»
Luke Perry dans le rôle de Dylan McKay | Capture d'écran via vidéo YouTube «Brandon meets Dylan»

J’avais 14 ans quand Beverly Hills est apparu sur les écrans français le 10 février 1993 et 22 quand la série s’est arrêtée le 7 avril 2001. J’avais, en somme, passé mon adolescence entière, chaque semaine, parfois chaque jour, à regarder les aventures de Brandon et Brenda Walsh, les jumeaux fraîchement débarqués de leur Minnesota natal à Beverly Hills, et leur découverte des moeurs d’une bande de lycéens et lycéennes huppées, de la superficielle Kelly à l'exhubérant Steve en passant par la prude Donna, l’intello Andréa ou le petit nouveau David.

Tous étaient des clichés. Les scénaristes de Beverly Hills n’étaient pas connus pour leur subtilité. Mais un en particulier, Dylan McKay, attirait davantage l’attention. Peut-être était-ce pour son absence méticuleusement choisie –il n'apparaît que dans seize des vingt-deux épisodes de la première saison– qui ne faisait qu'augmenter le mystère et l'attraction? Peut-être était-ce également pour sa peu subtile façon d’agréger l’esprit tourmenté et violent de James Dean à l’angélisme de River Phoenix?

Loin d'être qu'un cliché

Dylan McKay avait une boucle d’oreille, aimait le surf et conduisait une Porsche vintage décapotable des années 1960. Aussi, il vivait seul, dans une chambre d’hôtel, délaissé par des parents abusifs ou pas intéressés. Évidemment, il avait également un passé d’alcoolique. À sa façon, il était aussi artificiel que le nouveau nez de la blonde Kelly. Des types comme ça, presque irréels, tout droit sortis d'un roman de Francesca Lia Block, n’existaient pas. Ils étaient des fantasmes créés par des scénaristes cyniques pour éveiller les sens de gamines à peine pubères et créer des émeutes dans les centres commerciaux de l'Amérique profonde.

Dylan McKay avait pourtant quelque chose en plus, un petit truc qui m'empêchait, aujourd'hui, de l'oublier comme j'ai oublié les autres. Eux étaient restés des clichés.

Lorsque je rencontrais Dylan McKay pour la première fois, dans le deuxième épisode de la série, il intervenait pour sauver un jeune fan d’informatique des griffes de deux musculeux joueurs de foot. «Vous savez, la tragédie de ce pays, c’est que deux sales types comme vous finiront par le diriger», leur disait-il, calme, posé avec une désinvolture qui aurait pu passer pour de l’inconscience ou du masochisme, voire les deux à la fois. «Laissez-moi vous dire un truc, juste pour que vous soyez au courant, je suis pas de bonne humeur aujourd’hui. En fait, je me sens un peu hostile», ajoutait-il avec une telle confiance en lui qu’elle fera déguerpir les deux «bullies».

Il fascinait les filles et les garçons

Il y avait quelque chose de magnétique chez Dylan McKay, tellement magnétique, en fait, qu’à la scène suivante, Brandon, sans le connaître mais fasciné par ce dont il venait d’être témoin, allait l’inviter à déjeuner.

Il le trouvera sur les marches du lycée en train de lire. «Un petit peu de lecture pour passer le temps», lui demandera Brandon avant de découvrir le livre, les oeuvres du poète romantique Lord Byron. «Fou, méchant et dangereux quand on le connaît, lui répondra Dylan. C’était lui et c’est moi.»

De ce moment, Dylan ne reviendra jamais, à jamais gravé dans la mémoire collective comme un éternel bad boy au coeur tendre. Il était ce type pour lequel les filles se réservaient, celui que les garçons enviaient et que les parents détestaient. «Comme beaucoup de filles tu rêves d’être Brenda, d’avoir ton Dylan et d’insulter ton papa», chantait Doc Gyneco. Il était ce type qui vous transportait le long des allées de palmiers et de néons pour vous emmener sur la plage au coucher du soleil et vous embrasser sur le siège avant de sa voiture en écoutant la chanson d’un amour obsessionnel. Tout cela pour vous briser le coeur.

Il s’avérera, en fait, que c’est lui qui aura le coeur brisé, quand Brenda, dans le premier épisode de la saison 2, lui avouera qu’elle veut rompre. «Quelque chose est arrivé… Je suis tombé amoureux de toi et j’ai arrêté d’être un solitaire», lui répondra-t-il plus tard au bord des larmes.

«Si tous les garçons du monde étaient comme lui, tout serait parfait.»

Aaron Spelling avait expliqué dans Rolling Stone en 1993 qu’ils avaient eu l’idée du personnage de Dylan «après le pilote» quand «on s’est dit qu’il devrait y avoir quelqu’un qui est un peu dangereux, un peu sur la brèche». Mais au fil des épisodes, Dylan s’était révélé être plus que ça. Il n'était pas seulement dangereux, violent et tourmenté. Il était également vulnérable et sensible.

Il pouvait être celui qui échangeait des regards délicieusement salaces avec Kelly sur une plage, un été de 1992 au son du «Damn I Wish I Was Your Lover» de Sophie B. Hawkins, et repousser les avances de cette même Kelly à sécher les cours et rester au lit en mangeant des fraises et en écoutant Dinosaur Jr... «parce que j’ai un cours de littérature anglaise». Il pouvait être celui qui pouvait repousser deux gros bras et pleurer après avoir eu le coeur brisé.

Comme le disait une adolescente de 17 ans interrogée en 1991 par un journal local d’Orlando, «c’est juste un gentil garçon qui est agréable à regarder et qui n’a pas peur de montrer ses sentiments. Si tous les garçons du monde étaient comme lui, tout serait parfait».

Une seule et même personne

Mais Dylan McKay n’existait pas sans Luke Perry. «Quand Luke est arrivé à l’audition, on s’est dit immédiatement que c’était la bonne personne. Selon moi, il ressemblait exactement à James Dean mais sans l’imiter. Il était juste lui-même», expliquait Darren Starr, le créateur de Beverly Hills, à Rolling Stone.

Comme Brad Pitt à la même époque, lui aussi un enfant du très ouvrier Midwest, Luke Perry incarnait cette nouvelle forme d’idole adolescente, celle qui inspire tant aujourd’hui des jeunes acteurs comme Timothée Chalamet ou Noah Centineo. Il était vrai. Il était authentique et apportait au personnage sa bonté naturelle, celle qui est aujourd'hui tant vantée par ses amis et collègues suite à l'AVC qui lui a été fatal ce lundi 4 mars. «Jamais la mort d'une célébrité ne m'avait autant attristée», m’a écrit Camille sur Twitter en ajoutant qu'elle avait porté, ce mardi 5 mars, un tee-shirt vintage Beverly Hills en hommage.

Dylan McKay et Luke Perry avaient fini par ne former qu’une seule et même personne. Lorsque la nouvelle est tombée, moi, Camille et tous les garçons et les filles de notre âge étions ainsi probablement un peu persuadés, quelque part au fond de nous, que Dylan était encore là, dans son jean et son T-shirt, en train d'embrasser Kelly sous les néons du Peach Pit au son d'un tube grunge. «Je vais être lié à lui jusqu’à ma mort mais ça me va car j’ai créé Dylan McKay. Il est à moi», expliquait-il en 2008.

Du bad boy à la figure paternelle

Et parce Luke était Dylan et Dylan était Luke, nous n'avions pas perdu, en Luke Perry, qu'une ex-idole des jeunes. Nous avions perdu une figure qui, parce que Luke, à 24 ans, était déjà un adulte quand la série a débuté, nous avait tous appris à grandir. À l'écran, il n'était qu'un adolescent mais, dans la réalité, dans nos vies, il était plus que ça: il était un grand frère, un oncle, un mentor, un père peut-être. Il était, en quelque sorte, une partie de nous-mêmes.

C'est la raison pour laquelle Dylan McKay s’était agrippé, plus qu'un autre, à nos cerveaux adolescents. Lui qui avait été privé de figure parentale très tôt, avait fini par représenter la figure de l’adulte pour nous tous, adolescents et adolescentes ignorantes du monde scotchées chaque semaine à notre téléviseur. Il avait fini par incarner cet adulte qu’on voulait devenir, celui qu’on voulait connaître et rencontrer, celui dont on voulait tomber amoureux ou amoureuse, plus tard, quand on serait grand, celui qui protège, rassure et encourage, celui qui ne hausse jamais la voix pour se faire entendre, celui qui est capable de pleurer et d’exprimer ses sentiments.

Ce sont d’ailleurs les mots que Camille m’a cité quand je lui ai demandé pourquoi elle était tombée amoureuse de lui «à 6 ans» en le découvrant, comme moi, dans sa télévision, un mercredi après-midi de l’hiver 1993: «beau» bien sûr mais aussi «rassurant et protecteur».

Pas étonnant, peut-être, que Luke Perry ait trouvé récemment un deuxième souffle dans sa carrière en incarnant la très sympathique figure paternelle dans la série adolescente Riverdale. Pas étonnante, non plus, l’anecdote racontée sur Instagram par l’acteur Colin Hanks qui l’a rencontré à bord d’un avion où deux jeunes enfants se battaient violemment et bruyamment sans que les parents n’arrivent à les calmer.

«De nulle part, un homme sort de la première classe. Un chapeau, une barbe et des lunettes de soleil, soufflant dans un ballon. Il y fait un noeud et leur tend comme une épée à un roi. En s'agenouillant, la tête baissée et les bras en l’air. Les gamins se sont calmés dans la seconde», racontait Hanks à propos de cette scène surréaliste qui en rappelait étrangement une autre du deuxième épisode de Beverly Hills.

Luke Perry n'était désormais plus parmi nous mais Dylan McKay était finalement bien éternel.

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