Parents & enfants / Tech & internet

Choisir sur internet avec qui faire un enfant, une méthode risquée

Temps de lecture : 6 min

Rencontrer un papa ou une maman idéale pour concevoir un enfant, c’est ce que proposent les sites français de coparentalité: au prix de quelques entraves juridiques ou, parfois, au détriment de l’enfant. 

Faire un enfant avec un coparent rencontré sur un site peut déboucher sur des conflits juridiques. | Freestock.org via Unsplash
Faire un enfant avec un coparent rencontré sur un site peut déboucher sur des conflits juridiques. | Freestock.org via Unsplash

Paul* 47 ans, en avait 35 à l’époque où il a créé son premier compte: «Je voulais être père mais la vie a fait que je n’avais pas rencontré la bonne personne.» Il a donc décidé de s’inscrire sur un site pour rencontrer une partenaire avec qui avoir un enfant. Après les espoirs des premières discussions, le trentenaire a rapidement déchanté. «La plupart des femmes avec qui j’ai discuté ne recherchaient pas un coparent mais un donneur de sperme –ce qui est illégal en France. On était très loin de l’idéal de faire un enfant ensemble pourtant mise en avant sur le site. C’était très cru.»

Ce professeur d’université a tout de même rencontré une ou deux femmes. Là encore, pas à la hauteur de ses espérances. Il se souvient d’un rendez-vous particulièrement désagréable: «On n’avait rien à se dire, en fait elle cherchait juste un homme riche avec qui élever un enfant. Je m’étais garé dans un parking assez luxueux et à la fin du verre elle m’a suivi jusqu’au parking pour voir si j’avais une Porsche!» Paul n’est pas le seul à ne pas avoir rencontré la ou le partenaire idéal avec qui fonder une famille. Seulement voilà, quand la vie ne vous sourit pas, vous pouvez désormais vous tourner vers la technologie. Ou au moins vers les sites de coparentalité.

Les célibataires et les homos d'abord

«Couple homosexuel cherche femme pour une coparentalité», «À la recherche d’un homme hétéro et du bonheur» ou encore «Recherche renseignement car envie d’un bébé mais célibataire». Voilà le type d’annonces postées quotidiennement sur ces sites de coparentalité. Avec respectivement 100.000 et 11.000 inscrits, Co-parents.fr et Coparentalys.com sont les deux principaux acteurs de ce nouveau marché.

Frédéric Bianco, fondateur de Coparentalys, a lancé son site en 2014 pour tenter d’apporter une solution à la crise de la parentalité: «En France, il est très difficile pour les célibataires ou les homosexuels d’accéder à la parentalité. Je voulais aider ces personnes là.» Cet entrepreneur de 32 ans distingue plusieurs profils d’utilisateurs: «Il y a les célibataires que le temps commence à presser, c’est surtout vrai pour les femmes qui approchent la quarantaine, les couples homosexuels et, profil un peu plus rare, ceux qui veulent rester seuls tout en devenant parents.»

«Il vaut mieux une coparentalité choisie que subie»

C’était le cas de Yann, 39 ans. Ce dessinateur paysagiste a été pendant dix ans en couple avec un homme qui ne voulait pas d’enfant. «J’ai fini par partir et m’inscrire sur un site pour essayer d’avoir un enfant seul.» Inscrit sur Coparentalys, il s’est rendu à plusieurs «dates» (rendez-vous) avant de comprendre qu’il n’opterait pas pour cette méthode. «Le problème, c’est que comme il n’y a pas d’amour on cherche des personnes qui objectivement seraient les meilleures pour avoir un enfant. Donc on établit des grilles et des critères et les personnes en face font la même chose. Moi le premier, j’avais des exigences physiques, génétiques, culturelles… mais au bout du compte, il n’y a pas d’affinité.»

Un problème qui n’a pas échappé au psychologue Samuel Dock auteur du livre Le nouveau choc des générations, dans lequel il évoque la crise de la parentalité en France. Sceptique à l’égard de ces sites, il pointe avant tout les motivations pour lesquelles les utilisateurs et utilisatrices veulent des enfants. «Aujourd’hui on veut un enfant pour ne pas être seul, pour continuer sa filiation ou pour faire un “mini moi”, mais la plupart du temps sans être prêt à en assumer les contraintes. On veut un bébé qui porte notre nom mais seulement quelques semaines par an. C’est très narcissique, égoïste, et surtout c’est l’enfant qui va en pâtir par la suite.»

«C’est une bonne idée, mais qui manque pour l’instant d’encadrement et d’accompagnement.»

Yann, 39 ans, dessinateur paysagiste

Pourtant Paul et Yann croient réellement à la coparentalité. «Je suis un enfant de parents divorcés, j’ai vu les dégâts que cela pouvait causer sur un enfant, notamment quand il est pris en tenaille entre les conflits de ses parents. Si les coparents sont fusionnels et qu’ils agissent dans l’intérêt de l’enfant, je suis convaincu qu’il vaut mieux une coparentalité choisie que subie», s’épanche Yann. C’est plutôt les sites qu’il questionne. «C’est une bonne idée, mais qui manque pour l’instant d’encadrement et d’accompagnement.» Il cite volontiers l’exemple d’un de ses amis, qui a eu un enfant avec un couple de femmes rencontrées sur un site. À partir du moment où la coparente a été enceinte, il a eu de moins en moins de nouvelles. Il n’a pas eu le droit d’assister à l’accouchement et cela fait un an et demi qu’il se bat pour pouvoir obtenir la garde de son fils. Un cas qui ne semble pas isolé, comme l’avait rapporté un article du Monde.

Une conception de l'enfant qui ne va pas sans risques

Les sites recommandent d’ailleurs à leurs utilisateurs et utilisatrices d’établir des contrats entre coparents afin d’anticiper les problèmes liés à la garde de l’enfant. Mais, selon Noémie Khenkine-Sonigo, ancienne avocate en droit de la famille et fondatrice du programme Team’Parents –qui accompagne les adultes dans leur quotidien de coparents–, «ces chartes n’ont pas réellement de valeur juridique et peuvent être remises en cause facilement devant la justice. Il n’y a aucune sécurité juridique. Par exemple, si un homme qui s’était mis d’accord avec un couple de femmes pour rester à l’écart de l’éducation de l’enfant décide un jour de le reconnaître et de prendre part à son éducation, il en aura le droit. À l’inverse les parents sociaux, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas de lien biologique avec l’enfant, sont très peu reconnus par le droit».

Il y a aussi un risque en ce qui concerne la conception de l’enfant. Là non plus il n’y a pas de recommandation sur le site, mais la procréation peut se faire de manière naturelle ou artificielle grâce à une insémination artificielle. La plupart du temps, les coparents ne souhaitent pas avoir de rapports sexuels et la procréation médicalement assistée reste un processus très long. Ils optent donc souvent pour l’insémination artisanale. «C’est totalement illégal. En France, il est interdit de manipuler du sperme en dehors des Centres d'études et de conservation des œufs et du Sperme (CECOS) et en plus il peut y avoir un risque d’infection pour la femme si c’est mal fait.» Selon le code de la santé publique, cette pratique est passible de 30.000 euros d’amende et deux ans de prison.

«Des familles qui ne rentrent pas dans les grilles du code civil»

Mais le plus gros problème reste avant tout celui de la garde et de l’éducation de l’enfant. En droit français, les deux parents sont investis de l’autorité parentale. Ils peuvent l’exercer ensemble ou de manière séparée mais sur chaque question il faut le consentement des deux parents.

Autrement dit, si les coparents ne sont pas d’accord sur les décisions à prendre concernant l’éducation de l’enfant, cela peut devenir très compliqué. «La loi n’encadre pas du tout ces situations-là, chacun se fait ses propres règles donc quand tout le monde est d’accord, il n’y a pas de problème, mais quand il y a un désaccord ça peut devenir très compliqué car ce sont des familles qui ne rentrent pas dans les grilles du code civil. Le manque d’encadrement légal de ces familles pèse sur les enfants. Et il existe peu d’accompagnement pour ces familles.» Pour l’instant, aucun suivi ou accompagnement n’est prévu par les sites une fois que l’enfant est né.

«L’élargissement de la PMA à toutes les femmes permettrait dans un premier temps de donner plus de choix aux familles qui choisissent la coparentalité par défaut.»

Noémie Khenkine-Sonigo, ancienne avocate en droit de la famille et fondatrice du programme Team’Parents

Ces sites prospèrent sur un vide juridique concernant la coparentalité. «Certains parents ont recours à la coparentalité à défaut de pouvoir faire de la procréation médicalement assistée (PMA) en France, ou à défaut de pouvoir financer une gestation pour autrui (GPA) à l’étranger. L’élargissement de la PMA à toutes les femmes permettrait dans un premier temps de donner plus de choix aux familles qui choisissent la coparentalité par défaut.»

En France, un projet de loi pour ouvrir la PMA aux femmes célibataires et aux couples homosexuels, sera présenté au conseil des ministres au mois de juin.

Laure Giuily

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