Société / Monde

Panorama du nombre et de la part des immigrés dans les différents pays du monde

Temps de lecture : 6 min

La Suisse –avec 29% d’immigrés– se situe devant les États-Unis ou la France.

Des travailleurs immigrés au à Doha, au Qatar, le 1er février 2014. | Alex Sergeev via Wikimedia
Des travailleurs immigrés au à Doha, au Qatar, le 1er février 2014. | Alex Sergeev via Wikimedia

La proportion d’immigrées et d'immigrés varie beaucoup d’un pays à l’autre, dépassant la moitié de la population dans certains pays, alors qu’elle est inférieure à 0,1% dans d’autres. Dans quels pays les population immigrées sont-elles les plus nombreuses? De quels pays sont-elles issues? De façon plus générale, comment se répartissent-elles à l’échelle de la planète? Nous dressons ici un panorama du nombre et de la part des immigrés dans les différents pays du monde.

Les États-Unis sont le pays du monde comptant sur son sol le plus grand nombre d’immigrés (personnes nées à l’étranger): 48 millions en 2015, d’après les Nations unies. C’est près de cinq fois plus que l’Arabie saoudite (11 millions) et six fois plus que le Canada (7,6 millions) (figure en dessous). Mais proportionnellement à leur taille, ces deux derniers pays ont nettement plus d’immigrés: respectivement 34% et 21%, contre 15% aux États-Unis.

Gilles Pison (à partir des données des Nations Unies).

Cinq types de pays avec un fort pourcentage de personnes immigrées

Si l’on rapporte de façon systématique le nombre d’immigrées et d'immigrés à l’effectif de la population (figure en dessous), cinq types de pays à fort pourcentage d’immigrés apparaissent:

  • Un premier groupe de pays, peu peuplés mais richement dotés en ressources pétrolières, où les immigrés sont parfois majoritaires. C’est dans ce groupe que l’on observe en 2015 les proportions les plus élevées sur le plan mondial: Émirats arabes unis (87%), Koweït (73%), Qatar (68%), Arabie saoudite, Bahreïn et Oman avec des taux compris entre 34% et 51%.
  • Un deuxième groupe est formé de très petits territoires, des micro-États souvent dotés d’un statut particulier, notamment sur le plan fiscal: Macao (57%), Monaco (55 %), Singapour (46%).
  • Le troisième groupe correspond aux pays qualifiés autrefois de «pays neufs», dotés d’immenses espaces mais encore faiblement peuplés: Australie (28%) et Canada (21%).
  • Le quatrième groupe, proche du précédent pour le mode de développement, est celui des démocraties industrielles occidentales où la proportion d’immigrées et immigrés est généralement comprise entre 9% et 17%: Autriche (17%), Suède (16%), États-Unis (15%), Royaume-Uni (13%), Espagne (13%), Allemagne (12%), France (12%), Pays-Bas (12%), Belgique (11%), Italie (10%).
  • Un cinquième et dernier groupe est celui des pays dits de «premier asile», qui reçoivent des flux massifs de réfugiées et réfugiés du fait de conflits dans un pays voisin. Le Liban hébergeait ainsi plus d’un million de réfugiés syriens ou irakiens fin 2015, soit l’équivalent de 20% de sa population, et le Tchad 400.000 réfugiées et réfugiés (3% de sa population) originaires du Soudan.

Gilles Pison (à partir des données des Nations Unies).

Les pays de petite taille accueillent proportionnellement plus d’immigrés

La Suisse –avec 29% d’immigrés– se situe devant les États-Unis ou la France, et le Luxembourg a une proportion encore plus élevée (46%). Si l’attractivité du pays joue, sa taille aussi. Plus le pays est petit, plus la part de la population née à l’étranger risque d’être élevée.

En sens inverse, plus le pays est grand, plus cette part risque d’être faible. L’Inde ne compte ainsi que 0,4% d’immigrées et immigrés en 2015, et la Chine, encore moins (0,07%). Mais si chaque province chinoise était un pays indépendant –une dizaine de provinces ont plus de 50 millions d’habitantes et d'habitants; les trois plus peuplées (le Guangdong, le Shandong et le Hénan) en ont autour de 100 millions–, le taux d’immigrées et immigrés serait beaucoup plus élevé. Les migrations de province à province, qui ont pris beaucoup d’importance ces dernières années, seraient en effet alors comptées comme des migrations internationales et non plus comme des migrations internes.

En sens inverse, si l’Union européenne formait un seul pays, la part des immigrés diminuerait sensiblement, puisque les ressortissants d’un autre pays de l’Union n’en feraient plus partie. L’importance relative des deux types de migration –interne et internationale– est donc fortement liée au découpage du territoire en nations.

Le nombre des émigrées et émigrés difficile à mesurer

Tout immigré est aussi une ou un émigré pour le pays qui l’a vu naître. Même s’il s’agit des mêmes personnes à l’échelle mondiale, quand on s’intéresse à un pays particulier et que l’on souhaite en connaître la population des émigrées et émigrés, les informations disponibles sont souvent moins bonnes que pour les immigrées et immigrés. Les pays sont sans doute moins soucieux de dénombrer leurs émigrés que leurs immigrées et immigrés, les premiers n’étant plus résidents, et n’occasionnant plus de dépenses publiques sous forme d’équipements et d’infrastructures, contrairement aux seconds. Mais les émigrées et émigrés contribuent souvent de façon importante à l’économie de leur pays de départ par l’envoi d’argent et, dans certains cas, ils peuvent toujours voter, ce qui justifie de mieux connaître leur population.

La moins bonne connaissance des émigrées et émigrés tient également aux sources statistiques. Les arrivées de migrantes et migrants sont mieux enregistrées que les départs. Et le nombre d’émigrées et émigrés est souvent estimé à partir des statistiques sur les immigrées et immigrés ans les différents pays d’accueil.

Le nombre d’émigrées et émigrés varie beaucoup d’un pays à l’autre. L’Inde se trouve en tête en l’an 2015, avec près de 16 millions de personnes nées dans ce pays et vivant dans un autre pays (figure en dessous). Le Mexique occupe la seconde place avec plus de 12 millions de personnes émigrées, vivant principalement aux États-Unis.

Gilles Pison (à partir des données des Nations Unies).

En termes de proportion, la Bosnie-Herzégovine détient un record: on compte un Bosnien vivant à l’étranger pour deux vivant au pays, ce qui signifie que le tiers des personnes nées en Bosnie-Herzégovine ont émigré (figure en dessous). L’Albanie est dans une situation proche, ainsi que le Cap-Vert, pays insulaire dénué de ressources.

Gilles Pison (à partir des données des Nations Unies).

Le Japon, fermé aux migrations dans les deux sens

Certains pays sont à la fois des terres d’immigration et d’émigration. C’est le cas, par exemple, du Royaume-Uni, qui compte 8,4 millions d’immigrées et immigrés et 4,7 millions d’émigrées et émigrés en 2015.

Les États-Unis comptent un nombre appréciable d’expatriés (2,9 millions en 2015), mais comparativement aux immigrés (48 millions à la même date), c’est dix-sept fois moins.

La France est dans une situation intermédiaire: d’après les décomptes dans les recensements du monde entier, elle compterait 2,9 millions d’expatriées et expatriés en 2015, soit autant que les États-Unis, mais 40% de moins que le Royaume-Uni; ses émigrées et émigrés seraient quatre fois moins nombreux que ses immigrées et immigrés.

Enfin, certains pays paraissent relativement fermés jusqu’ici aux migrations, et dans les deux sens. C’est le cas par exemple du Japon, qui compte à la fois peu de personnes immigrées (seulement 1,7% de la population en 2015) et peu d’émigrées et émigrés (0,6%).

Les immigrés, moins de 4 % de la population mondiale

Les immigrées et immigrés seraient, au total, 258 millions en 2017, d’après les Nations Unies. Elles et ils ne représentent qu’une faible minorité de la population mondiale (3,4%), la plupart des humains vivant dans leur pays de naissance.

La proportion d’immigrées et d'immigrés n’a que très légèrement augmenté au cours des dernières décennies: elle était de 2,9% il y a trente ans (en 1990), et de 2,3% il y a 55 ans (en 1965). Elle a sans doute également peu changé en cent ans.

En revanche, la répartition des immigrées et immigrés n’est pas la même qu’il y a un siècle. L’un des changements survenus depuis est le «renversement des flux migratoires», entre le Nord et le Sud, selon l’expression d’Alfred Sauvy, les pays du Sud fournissant désormais une part importante des migrantes et migrants internationaux.

Gilles Pison (à partir des données des Nations Unies).

Ceux-ci se répartissent aujourd’hui en trois groupes d’importance numérique à peu près égale (figure au-dessus):

  • Les migrantes et migrants nés au Sud et vivant au Nord (89 millions en 2017 d’après les Nations Unies);
  • Les migrantes et migrants Sud-Sud (97 millions), qui ont migré d’un pays du Sud vers un autre pays du Sud;
  • Les migrantes et migrants Nord-Nord (57 millions).

Le quatrième groupe des personnes nées au Nord et ayant migré au Sud, qui dominait il y a un siècle, est nettement moins important numériquement (14 millions).

Les flux de migrants générés depuis 2015 par les conflits au Moyen-Orient, malgré leur importance notamment en Europe, n’auront pas sensiblement modifié le tableau mondial des migrations internationales.

Cet article s’appuie sur L’Atlas de la population mondiale, Gilles Pison, 2019, Autrement.

The ConversationCet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Gilles Pison Professeur au Muséum national d'histoire naturelle et chercheur associé à l'INED

Newsletters

Vouloir stopper vos règles ne fera pas de vous une anti-féministe notoire

Vouloir stopper vos règles ne fera pas de vous une anti-féministe notoire

Vous pouvez prendre la pilule en continu, sang peur et sang reproche.

Derrière la porte d'un club libertin

Derrière la porte d'un club libertin

On en parle souvent mais on n'y va jamais. Cet été, Lucile Bellan vous emmène dans les cinémas porno, les hôtels, les recoins d'internet et autres lieux du sexe. Dans ce premier épisode, elle se rend dans plusieurs clubs libertins. Secs...

Plus la législation sur les armes est stricte, moins les enfants risquent de mourir

Plus la législation sur les armes est stricte, moins les enfants risquent de mourir

Selon une étude, 21.241 enfants et jeunes adultes ont péri sous les balles aux États-Unis pour la période allant de 2011 à 2015.

Newsletters