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Dans la vraie vie des enfants stars d'Instagram

Temps de lecture : 2 min

En coulisses, les parents sont très actifs.

Certains enfants gagnent jusqu'à mille dollars par photo. | Tim Gouw via Unspalsh
Certains enfants gagnent jusqu'à mille dollars par photo. | Tim Gouw via Unspalsh

Collette Wixom a ouvert en 2014 le compte Instagram @ministylehacker, sur lequel elle a commencé à poster des photos de son fils Ryker. Aujourd’hui âgé de 8 ans, le garçon pose aux côtés de ses deux petits frères, Gray, 6 ans, et Wyatt, 2 ans. Avec près de 300.000 abonnés, Collette publie régulièrement des contenus sponsorisés en se servant de ses enfants comme modèles. Elle qui travaillait auparavant dans la vente d’annuaires gagne aujourd'hui sa vie en négociant des partenariats pour ses publications à l’aide d’un agent, transformant toute sa vie pour le monde d’Instagram.

La création de contenus basés sur la parentalité n'est pas une nouveauté sur internet, il n'y a qu'à se souvenir des blogs pour mamans. Mais les questions de notoriété et surtout d'argent sont plus récentes et ont fait basculer les choses. «Lorsque l'argent est entré en jeu, l'esthétique visuelle, le vocabulaire et les processus de capture de la parentalité sur les médias sociaux ont considérablement changé», explique Crystal Abidin, anthropologue numérique à l’Université de Deakin en Australie.

Instagram et son milliard d'utilisateurs et d'utilisatrices sont un terrain très fertile pour les marques qui cherchent à promouvoir leurs produits et le font par le biais d'influenceurs et d'influenceuses. Quand les produits en question sont à destination des enfants, comme des jouets et des vêtements, ou destinés à séduire leurs parents, comme des appareils de cuisine, quoi de mieux pour les promouvoir que des bambins eux-mêmes? Les voilà «réduits à l'état d'accessoires», selon Crystal Abidin.

Un véritable business

Les influenceurs dit «familiaux» partagent des moments qui donnent l’impression d’être authentiques et informels. En réalité, les parents opèrent un gros travail en coulisses: certains embauchent des photographes professionnels, réfléchissent aux activités à mettre en scène, aux gammes de couleurs, veillent à ce que les enfants restent enthousiastes.

Ils organisent et habillent leurs enfants de manière naturelle, pour montrer qu’ils sont décontractés, contrairement aux influenceurs adultes davantage axés sur le luxe. D’après Crystal Abidin, c’est la stratégie la plus efficace pour ancrer la «marque» de ces enfants sur Instagram. L’anthropologue appelle cela des «amateurs calibrés». Ce mode de publication permet de mieux rendre hommage aux enfants et attire bien évidemment plus de followers.

Vada, 5 ans, a un compte Instagram à son nom alimenté par sa mère Mia Foos et suivi par près de 42.000 personnes. En 2017, Mia Foos poste une photo de sa fille âgée de 2 ans habillée d’un t-shirt avec l’inscription «Future is female». Gros succès. Aujourd’hui, Vada est payée pour choisir ses propres robes, vestes et accessoires. Ses photos lui rapportent entre 100 et 5.000 dollars (88 et 4.390 euros environ). La fillette a même sa propre signature: tête inclinée et regard droit. «C’est ce qu’on appelle son visage de compétition», déclare sa mère à The Atlantic.

Que faire de ces rentrées d’argent? Aux États-Unis, la loi Coogan protège les enfants acteurs en interdisant à leurs parents de dépenser l'argent qu'ils gagnent, mais il n'existe pas d'équivalent pour les enfants stars du net. Chaque parent de baby influenceur décide donc de faire comme il veut.

Autre question de taille: comment les enfants percevront les choses quand ils grandiront et se rendront compte que toutes ces photos d'eux sont disponibles sur internet?

Slate.fr

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