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Le football, de passion des beaufs à sujet de recherche universitaire

Temps de lecture : 13 min

Portrait du fan de foot dans toute sa diversité, au-delà des idées reçues, celui dont on parle trop peu.

Le lien entre violence et supportérisme est vivace au point que même des supporters de football craignent les tribunes populaires. | Robert Bye via Unsplash
Le lien entre violence et supportérisme est vivace au point que même des supporters de football craignent les tribunes populaires. | Robert Bye via Unsplash

Qu'est-ce qu'être supporter aujourd'hui? Qui sont les ultras? Comment a évolué le mouvement depuis sa naissance dans les années 1980? Les tribunes sont-elles gangrenées par la violence? Les réseaux sociaux ont-ils changé la façon de supporter? Ces questions, Frédéric Scarbonchi et Christophe-Cécil Garnier, journalistes indépendants et collaborateurs de Slate.fr, se les posent dans Supporter, un an d'immersion dans les stades de football français, aux Éditions Amphora. Ils ont parcouru les routes de France, gagné la confiance des supporters et partagé des moments uniques afin d'en délivrer un portrait inédit au-delà des idées reçues. En voici un extrait.

Si l’image du supporter a évolué positivement depuis 1998, les ultras comme les autres fans de football continuent de bénéficier d’un déficit d’image. Égoïstes, chauvins, susceptibles, violents, bêtes... Les qualificatifs qui leur sont parfois collés à la peau démontrent le peu d’empathie qu’inspire le fan de football, et pas seulement celle des élites.

Si cela est souvent corrélé au traitement médiatique de la question du supportérisme, il serait réducteur de résumer le supporter uniquement à ses cris dans un stade de football. Celui-ci est capable de donner de son temps pour des œuvres caritatives, mais surtout, il n’est pas un niais déconnecté de toutes les réalités sociales et économiques de son époque.

Bienvenue chez les beaufs

12 juillet 1998, la France soulève la Coupe du monde au nez et à la barbe de l’historique Brésil. Cette compétition a évidemment levé un voile sur le football français. La condescendance a laissé place à une forme de curiosité et une mince tolérance: on pouvait désormais être un homme politique, un intellectuel, et se revendiquer de la famille du football.

Bien sûr, ce n’est pas une révolution, mais une légère évolution dans les mentalités. Le football continue d’être un sport dénigré par les élites, et ceux qui le regardent avec attention –hors des phases de grandes compétitions internationales– restent des beaufs. Certains médias ne paient pas les auteurs de la partie Sports de leur site internet, montrant à quel point celui-ci est un sujet bien plus léger que les autres. À Libération, Grégory Schneider est bien seul dans sa rédaction.

Si le traitement du football est parfois marginalisé, le traitement du supporter n’en sort pas grandi. Le footix a offert au grand public une autre image du supporter depuis 1998. Les Cahiers du football ont tenté, après avoir expliqué la difficulté de donner une définition à un terme aussi «fumeux», de dire ce qu’il se cachait derrière ce mot: «Tour à tour supporter à distance, amateur d'équipes “à la mode” ou de plusieurs équipes à la fois, ignorant des règles et du jeu. Un mauvais connaisseur de football aux humeurs changeantes, s'emballant inutilement à l'occasion de olas embarrassantes ou conspuant bêtement un joueur en méforme».

Cette vision du footix est celle que peut avoir un fan de football d’un autre qu’il n’estime pas être son égal. Mais dans l’opinion publique, le fan de sport dit «footix» peut aussi être résumé à un inconditionnel du football, grimé du matin au soir aux couleurs de son équipe, et tant pis si l’association des couleurs va à l’encontre des règles de la mode, ou de la bienséance. «Cette image est apparue lors de la Coupe du monde 1998: le supporter bariolé, costumé... Et donc facilement ridiculisable, puisque représenté comme un peu stupide», explique le rédacteur en chef et fondateur des Cahiers du football, Jérôme Latta.

C’est ce qui nous a frappés lorsque, invités par une chaîne de télévision pour parler du coût d’être supporter, nous nous sommes retrouvés à côté d’un homme qui devait parler de sa passion pour les Bleus. Celle-ci était poussée à l’extrême, puisqu’il était habillé en bleu, blanc, rouge des pieds à la tête, et avait même un coq empaillé qu’il appelait «Didier». Le problème, ici, n’est pas que la personne n’a pas le droit de se déguiser et de montrer tout son amour pour l’équipe s’il le souhaite –d’autant que les coûts qu’il engageait pour le Mondial en Russie étaient très élevés–, mais la panoplie répond à un cliché.

Encore une fois, le supporter de football n’était que ce sympathique être, au style folklorique, qui ne s’exprimait pas bien (malheureusement, la personne en question avait des problèmes d’élocution). En conséquence, l’attitude du public autour de lui pouvait se résumer à un sourire, une tape sur l’épaule, avant d’aller écouter des sujets plus sérieux. Et c’est là le problème de ce genre de situation: en se disant que les supporters ne sont que des personnages truculents –au mieux– ou des gentils beaufs, cela nuit aux discours qu’ils peuvent avoir, sur les interdictions de déplacement ou la dénonciation d’un sport devenu trop cher.

Invités de nombreux médias, René Malleville répond aussi aux attentes que se fait l’opinion du cliché du supporter marseillais. Plusieurs personnes nous ont d’ailleurs dit, lors de notre tour, que ce serait bien de le rencontrer lors de notre passage dans la cité phocéenne. Si la gentillesse de l’homme et son amour sincère de «l’Ohème» ne sont pas remis en cause, l’homme participe malgré lui aux stéréotypes qui peuvent toucher les supporters. Il y a là d’ailleurs un paradoxe: les supporters eux-mêmes adorent ce type de personnages, hauts en couleurs. Sur Twitter, par exemple, 81.000 followers pour Malleville.

Mohammed Henni est, lui, l’un des supporters marseillais les plus suivis, selon des chiffres relevés à l’été 2018, avec 192.000 abonnés Twitter, 650.000 abonnés sur YouTube. Pourtant, l’homme passionné est aussi adepte des coups de sang, des jeux de mots foireux et représente les clichés dont les supporters peuvent vouloir se débarrasser. Le phénomène n’existe pas qu’à Marseille, évidemment. Dès qu’il y a une grosse communauté de fans, certains peuvent en devenir emblématiques, quitte à être stéréotypés. À l’image de Sabri-Parisien ou rien. S’il n’a que 12.000 followers Twitter, il en compte environ 190.000 sur Facebook. Certains les louent pour leurs talents d’ambianceurs, d’autres trouvent que ce sont «des guignols». Le débat est ouvert.

Malgré notre pessimisme de façade, le «beauf» supporter a réussi à améliorer son image. Il est loin le temps, en 1986, où Pierre Desproges publie le texte «À mort le foot». L’humoriste écrit alors ceci: «Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester publiquement sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grands coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois?». Heysel est le point Godwin des supporters.

«La consommation du spectacle sportif en France est peu légitime. Le spectacle sportif est dévalorisé par opposition à la pratique.»

Nicolas Hourcade

En tant que journalistes, nous avons un échange social particulier avec ceux qui ne sont pas de notre métier. Journaliste, le paradoxe du prestige et de la détestation. Nous sommes riches, cultivés, hautains, nous faisons partie d’une caste. Notre image est exécrable mais elle incite souvent au dialogue, parfois à l’affrontement. Sauf que pour nous, auteurs de ce livre, nous sommes journalistes spécialisés dans le football. Alors, au lieu de débat, nous avons souvent droit à provoquer un profond soupir ou des sourires narquois chez notre interlocuteur: que ce soit la belle-sœur, le directeur de formation en journalisme ou l’expert en assurances. «Ça va, c’est pas trop dur de rencontrer des gros beaufs tous les week-ends?» nous avait décoché ce dernier lorsqu’on lui avait confié notre projet de sillonner la France à la rencontre des supporters de Ligue 1.

Traiter du football, mais surtout traiter des supporters, renvoient chez beaucoup de gens à une image de vide. «La consommation du spectacle sportif en France est peu légitime, constate Nicolas Hourcade. Le spectacle sportif est dévalorisé par opposition à la pratique. Enfin, le foot est dénigré par rapport à d'autres sports. Ces différentes perceptions, souvent élitistes, jouent négativement sur l'image des supporters de football», indique-t-il.

Le fan de foot est alors vu comme un abruti qui n’aurait pour seule occupation que de regarder des matchs de foot, ce sport simple pour des gens simples. Pour Nicolas Hourcade, le supporter a même l’image «du beauf de Cabu: bourrin, bébête, bas du front, machiste, raciste, chauvin...».

Qu’importe, le supporter ne prend généralement pas ombrage des remarques. «Être supporter, c’est faire fi de l’image péjorative, nous dit un fan nordiste. Moi, je n’ai aucun compte à rendre. Je chante pour mon club, j’en suis fier et les jugements, je m’en cogne. C’est ma passion.»

Le supporter, ce hooligan

Un autre stéréotype vient frapper de plein fouet le supporter, jusqu’à ce qu’il renverse sa bière sur sa bedaine grasse: il est violent, c’est un hooligan. Cette idée, ancienne et ancrée, propage que le supporter est un être qui s’épanche et manifeste férocement ses sentiments. De cris excessifs à un comportement violent, il n’y a qu’un pas dans l’esprit du public.

Comme nous l’évoquions, c’est à ce moment-là qu’arrive notre point Godwin. Le supporter prend, entre les années 1970 et 1980, progressivement la place du spectateur. La notion d’identité, de territorialité, prend le pas sur le spectacle proposé. En même temps que le supportérisme actif –résumons-le au modèle ultra pour des raisons de compréhension– prend pied en France, c’est le drame: trente-neuf personnes décèdent à cause de mouvements de foule, dus aux hooligans, au stade du Heysel en 1985. Quatre ans plus tard, nouveau drame: c’est la «tragédie d’Hillsborough», où quatre-vingt-seize personnes périssent à la suite de mouvements de foule attribués à tort aux supporters. Les enquêtes ont depuis prouvé que la police avait volontairement essayé de faire porter la responsabilité de la catastrophe aux supporters de Liverpool, censuré des témoignages et donné de fausses informations à la presse. Ce qui a conduit à des excuses publiques du gouvernement.

Si la France n’a rien à voir là-dedans, ces événements participent à ternir l’image du supportérisme actif. Médiatiquement, ces derniers se retrouvent représentés par la frange fasciste, raciste et néonazie qui s’installe en tribune Boulogne, à Paris. «L’un dans l’autre, l’image du supporter devient celle d’un hooligan, donc celle d’un violent et d'un facho, résume Nicolas Hourcade. Cette vision s’ancre très fortement dans le corps social français. Le supporter se développe quand on commence à en avoir peur. On n’a pas le temps de s’habituer à sa présence dans les gradins qu'on se focalise directement sur les violences, qui sont réelles mais ne représentent pas l'ensemble du supportérisme. Ce sont deux phénomènes qui font que le supporter a été détesté en France.»

Aujourd’hui, le lien entre violence et supportérisme est vivace. À tel point que même des supporters de football, moins actifs mais tout aussi présents autour de leurs équipes, craignent les tribunes populaires. Le stéréotype a la vie dure et s’inscrit dans la culture populaire, mélangeant sans shaker supportérisme actif, mouvement ultra et fan de foot, alors même qu’être supporter ne se limite pas simplement à l’ultra.

Alors, pour le commun des mortels, et en particulier ceux dont l’image du football est négative, la messe est dite. Quand les supporters tentent d’expliquer la distinction entre ultras et hooligans, le regard perdu des néophytes qui les écoutent fait craindre l’apoplexie.

Évidemment, la violence peut exister dans le supportérisme, notamment pour la communauté ultra. Mais, généralement, comme le déplore Georges Huguet, responsable de Générations OL, quelques actes jettent l’opprobre sur toute une catégorie de personnes. «Les gens qui suivent le foot ne sont pas affolés ou étonnés par ce qu’on peut voir ou entendre. Mais c’est terrible, cette mauvaise image qu’on peut avoir. Parce qu’un incident d’une personne finit par englober 40.000 personnes. Et même s’il n’y a que cinquante ou cent abrutis en dehors des clous, les gens qui ne suivent pas le foot pensent qu’on est des cons.»

Des personnalités médiatiques n’ont pas été tendres avec les fans de football. Sans distinction, le chanteur Renaud parle de «hordes de supporters/Ces fanatiques fous furieux/Abreuvés de haine et de bière» dans sa chanson «Miss Maggie» (comble de l’histoire, Renaud finira par faire partie des South Winners, un groupe marseillais, dans les années 1990). Dans une fausse pub, Les Nuls et Desproges parodient la marque 33 Export et son slogan –«On peut rester actif après une bonne bière»– en mettant en scène une horde de supporters qui bousculent tout le monde et slaloment entre les cadavres d’une tribune de stade. Pierre Desproges s’assied sur des marches à côté de trois morts, et rote après avoir déclamé la marque de bière.

«Au fond, vous êtes fan de quoi? D’un nom, d’un fanion? Une identité collective bidon.»

Jean-Luc Mélenchon

En politique, le football, ou le sport en général, reste un argument de récupération plus qu’un art à célébrer. Jean-Luc Mélenchon critique le foot, avoue ne pas du tout s’y intéresser, et nous ne lui en jetterons pas la pierre. «Le football, c’est l’opium du peuple. Ça m’a toujours choqué de voir des RMIstes applaudir des millionnaires», lance-t-il au micro de RTL en 2010, en réaction au prix de la nuit d’hôtel des Bleus à l’époque. En dehors de la pique envoyée dans la face du ballon rond, l’homme politique résume le supporter de football à un «RMIste», faisant montre d’un mépris de classe à l’égard du supporter avec un terme péjoratif.

Quatre ans plus tard, il se lâche de nouveau, taclant ces derniers. «En fait, je ne comprends pas comment on peut être fan d’un club: ceux qui ont le plus d’argent achètent des joueurs qui changent de maillot chaque saison... Comment s’identifier à une histoire dans ce cas-là? Au fond, vous êtes fan de quoi? D’un nom, d’un fanion? Une identité collective bidon. Je trouve ça aussi louche que le communautarisme!»

Pourtant, il n’hésite pas à se faire photographier en tribune, écharpe de l’OM nouée autour du cou, quand les Olympiens sont en demi-finale de la Ligue Europa en 2018. L’art de la récupération est un pari difficile à une époque, avec internet, où tous les propos peuvent être retrouvés.

Face aux différents stéréotypes, il n’y a pas eu l’émergence d’un autre style de supporter. C’est la difficulté de tous ceux qui essayent de penser, intellectuellement, le football et le supportérisme: tenter de donner une vision du public plus conforme, plus fine, plus nuancée. Pourtant, les supporters sont multiples, viennent de milieux sociaux différents, certains ont réussi dans leur vie professionnelle. Aurélien, habitué de la Tribune Nord Amiens, est banquier: «C’est là, dans notre métier, qu’on peut donner une autre image que celle du supporter un peu débile. C’est ça qui est dommage aujourd’hui: on est dans une case. Si t’es supporter, tu bois des Kros et tu manges des chips».

Impossible alors de ne pas parler de Seb Toussaint, capo énergique du Malherbe Normandy Kop, qui commande son premier verre de vin, enfin, vers 2 heures du matin, lors de notre rencontre. L’alcool? Très peu pour lui. Quant à son parcours personnel d’artiste peintre, il parle pour lui. Mais il n’est pas le seul: «Mon frère est dans un groupe de rock en Angleterre en tant que batteur: il a commencé au tambour dans la tribune, à huit ans. Un autre a commencé par être photographe du Malherbe Normandy Kop et est maintenant photographe professionnel».

Tout n’est pas noir. Médias, intellectuels et sphères culturelles s’approprient le football. À l’aube de la Coupe du monde 1998, il y a donc vingt ans, la mission paraissait impossible. À l’époque, M6 se targuait d’être une chaîne 0% foot. Preuve que les mentalités ont évolué, aujourd’hui, «pas même Arte n’oserait dire au moment d’un Mondial qu’il est 0% foot», appuie Nicolas Hourcade. M6, pendant ce temps, a couvert plusieurs compétitions prestigieuses en tant que diffuseur et a été, de longues années durant, propriétaire d’un club: les Girondins de Bordeaux.

«Apprécier le football, depuis 1998, n'est plus perçu comme une tare psychologique ou existentielle, souligne Christian Bromberger, ethnologue. Aujourd'hui, il est légitime d'apprécier le football et de se reconnaître dans l'équipe de France. Mais ce qui est intéressant aussi, c'est qu'on n'y prête plus des significations sociales et politiques considérables comme cela avait été le cas en 1998. Et on fête ça dans la rue, car le football neutralise ces oppositions: on peut être communiste ou sarkozyste, homme ou femme... Cette joie collective est sans opposition et en même temps sans lendemains sociaux», commente l’ethnologue.

En parallèle, le football est devenu un sujet d’étude légitime dans les milieux universitaires, comme le prouve l’anecdote de Nicolas Hourcade: «Quand j’ai fait ma maîtrise à Nanterre en 1994, j'ai mis beaucoup de temps à trouver un enseignant acceptant de l’encadrer. Aujourd’hui, j’ai un mail d’étudiant par semaine qui fait un master ou un mémoire sur les ultras, sur le football ou les supporters. Il y a une plus grande considération de cet objet. Même si beaucoup d'universitaires pensent toujours que ce n’est pas sérieux».

Le football reste un opium qui détournerait les masses de l’essentiel. Et tant mieux, diront certains: supporter n’est pas à la portée de tout le monde.

Christophe-Cécil Garnier Journaliste à Slate.fr

Frédéric Scarbonchi Journaliste

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