Monde

Une bataille pour gagner la paix

Temps de lecture : 2 min

L'opération Moshtarak sera gagnée militairement. Mais il en faudra plus pour apporter la paix.

Annoncée à grand renfort de trompettes, la plus grande opération militaire de l'Otan en Afghanistan depuis 2001 a enfin débuté. L'opération Moshtarak («ensemble» pour souligner la présence des troupes afghanes aux côtés des Marines américains et des soldats britanniques) est la première depuis l'annonce de la nouvelle stratégie américaine. Dans l'esprit de ses auteurs, son succès devrait permettre de renverser la situation alarmante qui règne dans le pays. Le problème reste qu'une victoire dans ce fief des talibans ne sera pas déterminée par les armes mais par la capacité du gouvernement afghan à y instaurer la loi, l'ordre et le développement après la bataille.

Militairement, la victoire ne fait pas de doute car on voit mal comment 15.000 soldats de l'alliance militaire la plus puissante du monde et équipés des dernières technologies ne pourraient pas venir à bout de quelques centaines de talibans dont l'arme principale reste les bombes artisanales qu'ils dissimulent le long des routes. Le but de l'opération est le contrôle de la région de Marjah, dans la province du Helmand.

Dans les années 1950, cette région avait bénéficié d'un plan de développement américain visant à faire revivre toute la vallée de la rivière Helmand. Les canaux creusés avec l'argent américain servent aujourd'hui de protection aux talibans et cette vallée fertile est couverte de pavot.

Marjah n'en est pas à sa première opération mais la coalition internationale assure que cette fois-ci l'administration afghane —armée, police, fonctionnaires en tout genre— va prendre le relais aussitôt que les armes se seront tues avec un objectif précis: convaincre la population qu'elle a plus à gagner avec le gouvernement qu'avec les talibans. A en croire le général américain Stanley McChrystal, instigateur de la nouvelle stratégie américaine et commandant en chef sur le terrain, la coalition a «un gouvernement en boîte prêt à être déployé». On ose espérer, compte tenu de la fâcheuse tendance américaine à court-circuiter les autorités afghanes, que la composition de ce gouvernement s'est faite en consultation avec les chefs tribaux locaux et le pouvoir central.

Car la stratégie du général McChrystal implique la participation active du partenaire afghan. Or celle-ci reste à démontrer. Dans deux télégrammes envoyés en novembre dont les contenus ont été révélés récemment par le New York Times, l'ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul, Karl Eikenberry qui parle en connaissance de cause puisqu'il a fait deux séjours en Afghanistan et commandé les troupes américaines avant de prendre son poste, soulignait: «le président Karzai n'est pas un partenaire stratégique adéquat». Mettant clairement en garde le président Barack Obama contre une augmentation du nombre des troupes, il précisait: «Karzai continue de fuir ses responsabilités dans tous les domaines que ce soit la défense, la gouvernance ou le développement».

Depuis, Eikenberry s'est certes rangé derrière les choix de son président mais ses observations restent pertinentes. Le président Karzai s'est d'ailleurs fait tirer l'oreille avant d'accepter cette opération alors qu'il a élaboré toute sa stratégie sur la négociation avec les talibans.

Seul le temps dira si l'opération Moshtarak est un succès qui peut s'étendre et changer le cours de la guerre afghane. La coalition internationale mène la guerre mais les clés de la paix lui échappent. Après huit ans de promesses non tenues, il faudra plus que de la bonne volonté et quelques projets de développement pour convaincre la population que c'est le gouvernement qui est le plus apte à garantir son intérêt et sa sécurité.

Françoise Chipaux

Image de une: REUTERS/Baz Ratner, Sud-Est de l'Afghanistan

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