Parents & enfants / Société

«Sa mère l’appelle encore “bébé chouchou”»

Temps de lecture : 3 min

Cette semaine, Lucile conseille D., pour qui tout irait bien si sa belle-mère n'était pas aussi envahissante et intrusive.

«J’ai essayé de lui dire qu’il fallait mettre un peu de distance avec sa mère, mais rien à faire.» | Staffan Cederborg via Flickr
«J’ai essayé de lui dire qu’il fallait mettre un peu de distance avec sa mère, mais rien à faire.» | Staffan Cederborg via Flickr

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

Je suis en couple avec A. depuis maintenant presque cinq ans et nous vivons un pur bonheur. Nous avons récemment accueilli notre premier bébé –un petit garçon de 6 semaines maintenant.

La mère de mon compagnon est gentille et je l’apprécie. Le problème vient plutôt du fait qu’elle est très présente dans notre vie. Trop présente à mon goût. Elle appelle mon compagnon tous les jours et parfois même plusieurs fois dans la journée durant le week-end. A. lui raconte beaucoup de choses, trop de choses. J’ai l’impression de ne plus vraiment avoir de vie privée, sa mère est au courant de tout. Elle sait ce que nous faisons le week-end, ce que nous mangeons au dîner, le montant de nos courses...

J’ai déjà essayé d’en parler à A. et de lui dire que cette relation fusionnelle ne me plaisait pas et qu’il fallait mettre un peu de distance entre sa mère et lui, mais rien à faire. S’il ne l’appelle pas le soir, c’est elle qui va le contacter en l’appelant plusieurs fois, en lui envoyant des messages –parfois c’est même moi qu’elle contacte. Je trouve tout cela exagéré et particulièrement dérangeant.

Elle ne considère pas A. en adulte et l’appelle encore par le surnom que sa famille lui donnait enfant («bébé chouchou»…). Cela me frustre énormément car A. est mon compagnon, un homme et un adulte accompli et non un gamin. À force de le voir traité ainsi par sa mère, j'ai parfois le sentiment que ça l'émascule à mes yeux...

J’ai l’impression d’avoir utilisé toutes les façons pour le dire mais rien ne change. Ils continuent de s’appeler de manière excessive, elle est toujours autant au courant de ce que nous faisons…

Je n’ai pas du tout cette relation avec mes propres parents. Ils ont toujours été là pour moi mais m’ont toujours traitée de façon à ce que je devienne indépendante. Ainsi, je les appelle deux ou trois fois par semaine et cela nous contente tous.

Lucile, dites-moi si c’est moi qui exagère ou s’il s’agit véritablement d’un problème. Dois-je encore essayer d’en discuter avec A. même si jusque-là cela n’a servi à rien?

D.

Chère D.,

Il me semble en effet que la situation tend vers l’exagération (enfin moi, puisque vous me demandez mon avis, je n’en aurais pas supporté autant). J’admire les gens qui ont su garder une complicité avec leur famille, une fois entrés dans l’âge adulte. Peut-être parce que, comme vous, j’ai été élevée pour devenir totalement indépendante. Mais je n’imagine pas qu’on impose à son ou sa partenaire cette complaisance dans l’infantilisation.

Si votre conjoint n’a pas semblé comprendre votre malaise, peut-être devriez-vous en parler directement à sa mère? De femme à femme, de mère à mère, elle pourrait comprendre dans vos mots que cette relation fusionnelle pourrait coûter à son fils, qu’elle aime tant, son bonheur.

Je ne veux pas croire au mythe de la belle-mère toxique, de femmes qui se battent pour un même homme comme si c’était le seul but de leurs vies. Vous n’avez pas le même rôle, pas les mêmes responsabilités, pas la même position vis-à-vis de cet homme. Dans une future discussion avec votre conjoint, vous pourriez évoquer combien son infantilisation vous empêche de vous projeter avec lui en tant qu’adulte. Si vous ressentez un malaise à voir l’homme qui partage votre vie se faire appeler «bébé câlin», ce n’est pas excessif que de le partager. Un autre argument pourrait être celui de vouloir préserver votre vie privée… parce que vous avez le droit de ne pas vouloir que le montant de vos courses ou autre détail du quotidien soit dévoilé à une tierce personne.

Vous vous retrouvez en situation défensive et c’est regrettable. Mais même si toute cette histoire a tendance à ressembler à un mauvais scénario de comédie familiale, ne vous mettez pas en tête de résoudre le problème par des manigances. Soyez claire et ferme. Évitez au maximum de vous mettre en colère. Exprimez vos doutes avec des mots et des phrases simples mais sans appel.

Vous n’avez pas à subir ça. Vous n’avez pas à partager votre conjoint et votre vie avec sa mère. Un équilibre est possible, je n’en doute pas. Mais il faudra d’abord que ces deux-là acceptent une petite révolution dans leur relation.

À leur excès, opposez calme et fermeté. Vous ne demandez rien d’autre que l’évidence, soyez-en certaine.

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