Société

Et si on laissait les femmes musulmanes s'habiller comme elles le souhaitent?

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] À la lueur de la décision controversée des magasins Decathlon de commercialiser un hijab de course, il serait bon de se demander si dans cette affaire de comportement vestimentaire on ne fait pas fausse route.

Si une femme a envie de porter le voile, qui suis-je donc pour lui dire de ne rien en faire? | Ithmus via Flickr
Si une femme a envie de porter le voile, qui suis-je donc pour lui dire de ne rien en faire? | Ithmus via Flickr

Il aura fallu que les magasins Decathlon annoncent leur intention de commercialiser un hijab de course (avant de se rétracter) destiné aux femmes musulmanes désireuses de s’entraîner à la course pour que la France cède à une de ces crises d’hystérie dont elle est coutumière.

De tous les bords de l’échiquier politique, des voix se sont élevées pour dire leur totale désapprobation: les unes pour dénoncer l’islamisme rampant à l’œuvre dans la nation française, les autres pour s’indigner au nom des droits de la femme, incompatibles par essence avec l’appropriation d’un symbole qui la présenterait comme un objet de soumission.

Et à nouveau quand éclate ce genre de polémiques quelque peu stériles –après tout, il s’agit là seulement d’un vêtement de sport censé faciliter la vie de milliers de femmes– je n’ai pu m’empêcher de regretter ces outrances langagières qui me semblent être l’expression d’un occident dominateur guère enclin à la tolérance et au vivre-ensemble.

Car enfin, qui sommes-nous pour dire à ces femmes dont un grand nombre vivent leur foi en total accord avec leurs principes philosophiques que de porter un pareil vêtement équivaut à se soumettre à leur partenaire masculin dans une régression sociétale contraire en tout point à leur émancipation? Sans parler de celles célibataires qui n'ont rien demandé à personne. Oui, qui sommes-nous pour dire à ces femmes ce qu’elles doivent porter, comment elles doivent se coiffer, leur manière d’être comme un code de bonne conduite dont nul ne saurait remettre en question ni la légitimité, ni le bien-fondé?

Comme si ces femmes, sottes et inconscientes par nature, ne savaient pas ce qu’elles faisaient et avaient besoin de mères supérieures pour leur dire la conduite à tenir. Comme si toutes allaient porter ce vêtement dans le seul but d’obéir à une religion qui prônerait le renoncement à exister par elles-mêmes. Comme si derrière ce modeste bout de tissu, il fallait absolument voir la main scélérate de l’homme désireux de soustraire sa partenaire de vie au regard de l’autre –énoncé qui ne peut être tenu pour une généralité absolue.

Vivant dans un pays où les enfants sikhs, à la suite d'une décision de la Cour suprême sont autorisés à se rendre à l’école vêtus d’un kirpan, sorte de poignard traditionnel, où chacun finalement s’habille comme bon lui semble –turban ou voile ou kippa ou chapeau melon sur la tête– sans déclencher d’émeute publique, j’avoue être de plus en plus en butte avec ce dogme de la laïcité absolue où l’on finit par empêcher les gens d’être simplement eux-mêmes.

Si une femme a envie de porter le voile, si un homme ressent la nécessité de porter un turban pour vivre selon des principes auxquels il est attaché, qui suis-je donc pour leur dire de ne rien en faire, au nom d’une supériorité morale qui serait celle d’un Occident tout-puissant lequel, affranchi de Dieu, au nom de valeurs progressistes entendues comme universelles, détiendrait l’alpha et l’oméga des comportements à tenir en société?

Ainsi je connais des femmes très éclairées, parfaitement à l’aise dans leur sexualité et dans leur rapport aux hommes en général qui, soit par conviction religieuse, soit par respect des traditions, aiment à se vêtir d’un voile sans se sentir une seule seconde soumises à quiconque sinon à leur bon vouloir.

Je réalise tout à fait que pour des femmes (et des hommes) engagées dans la reconnaissance parfaitement légitime de leurs droits, pareil comportement puisse apparaître comme la négation même de leur combat –la perpétuation d’une soumission archaïque à rebours de leur mouvement d’émancipation– mais pour autant, cette volonté universelle de tirer la femme des rets de la domination masculine peut-elle, doit-elle s’accommoder d’interdits vestimentaires qui seraient vécus par d’autres comme une atteinte à leur liberté fondamentale –hormis la burqa dont la violence vestimentaire m’apparaît en tout point comme rétrograde et porteuse d’une idéologie bien trop sectaire pour être admise dans des sociétés démocratiques?

Je le concède bien volontiers, c’est une question des plus pertinentes qui mérite d’être posée et débattue calmement. Dans le même temps, comment ne pas voir aussi dans ces cris d’indignation, dans cette avalanche de commentaires désapprobateurs vis-à-vis d’un simple morceau d’étoffe, une sorte de peur irrationnelle de l’islam, lequel ne saurait être par principe compatible avec l’idée même de modernité ou de progrès?

Puis-je être vraiment libre si l’autre ne l’est point?

Et de me demander finalement si le malheur français, cette aberration du comportement qui consiste à se considérer comme les damnés de la terre, ne tire pas sa source dans cette intransigeance philosophique, un brin sectaire, qui finirait par rendre la vie en commun impossible et où, à force de s’épier, chacun se regarderait en chiens de faïence, sans se comprendre ni même se parler.

Vaste débat.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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