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Les modérateurs de Facebook sont en grande souffrance psychologique

Temps de lecture : 2 min

Certains présentent des symptômes de stress post-traumatique.

On oublie trop souvent l'être humain derrière l'écran. | Nik Shuliahin via Unsplash
On oublie trop souvent l'être humain derrière l'écran. | Nik Shuliahin via Unsplash

Derrière chaque suppression de publication ou de commentaire sur Facebook, il y a une femme ou un homme qui prend cette décision. Dans une longue enquête, The Verge s'est intéressé à ces personnes, à leur métier et ses conséquences sur leur vie.

Facebook emploie plus de 30.000 personnes pour veiller à la sécurité en ligne, dont la moitié font partie des équipes de modération. Celles-ci sont présentes dans plus de vingt sites à travers le monde, parlent plus de cinquante langues et contribuent à avoir un réseau de modération actif vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

La plupart est engagée par des sous-traitants, un moyen de réduire drastiquement la masse salariale. Le salaire médian à Facebook est de 240.000 dollars par an (environ 210.000 euros), alors qu'un modérateur engagé par un prestataire gagne 28.800 dollars annuellement (environ 25.000 euros). C'est ce qu'a constaté The Verge en visitant les locaux de Cognizant, un sous-traitant à Phoenix, en Arizona.

Chloe, une jeune novice suit l'entraînement des recrues. Dans un exercice, elle doit modérer une vidéo postée sur Facebook d'un homme se faisant poignarder et assassiner. Après avoir réussi, elle quitte la salle en pleurs. Pour décompresser, les personnes interrogées confient fumer du cannabis quotidiennement, d'autres pratiquent l'humour noir ou boivent pour oublier. La direction a même fait retirer les serrures de certaines salles pour empêcher l'équipe d'avoir des relations sexuelles pour déstresser.

Troubles mentaux

La vue répétée de ce genre d'images a des conséquences importantes sur la santé. Certaines personnes présentent des symptômes de stress post-traumatique. Un ancien employé raconte être traumatisé par les vidéos violentes. Il est devenu adepte des vidéos conspirationnistes et ne se déplace jamais sans son pistolet. «Je ne pense pas que ce soit possible de faire ce boulot sans en sortir avec un trouble du stress ou un TSPT», estime-t-il.

Pour faire face à ces maux, les centres de modération emploient des conseillers pour offrir un suivi psychologique à celles et ceux qui le souhaitent. Mais, ceux-ci sont décrits comme assez passifs par certaines sources. L'intensité d'une journée n'arrange rien. Seulement deux pauses de quinze minutes par jour sont autorisées, souvent passées dans la longue file d'attente aux toilettes, et une pause déjeuner de trente minutes. Une autre pause de neuf minutes est accordée pour du «temps de bien-être», comprenez quand quelqu'un doit faire une pause après une vidéo choquante de trop.

La majorité des gens interrogés sous couvert d'anonymat dans l'enquête soulignent un sentiment d'isolement. Tous ont signé un accord de non-divulgation qui leur interdit de partager des détails de leur travail avec leurs proches, afin de protéger les données privées des internautes. Cela permet aussi de les protéger contre de potentielles vengeances d'un utilisateur ou d'une utilisatrice en colère.

À la suite de cette enquête de The Verge, Facebook s'est défendu dans un communiqué: «Nous sommes engagés à travailler avec nos partenaires pour exiger un niveau de soutien élevé pour leurs employés et employées; c'est notre responsabilité et nous la prenons au sérieux».

Slate.fr

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