Égalités / Société

Les jeunes ne veulent pas travailler gratuitement, et ça agace la directrice de la chaîne Muffin Break

Temps de lecture : 2 min

Ses déclarations ont provoqué un tollé, alors que le secteur de la franchise est en pleine enquête parlementaire en Australie.

Et un muffin avec ça? | Anna Oh via Flickr CC License by
Et un muffin avec ça? | Anna Oh via Flickr CC License by

À l’origine de l’affaire, il y a les «millennials», éternelle génération des boucs émissaires à qui l’on doit la faillite de l’ancien monde, cet âge d’or où les jeunes acceptaient encore de travailler dans la joie et le respect de leurs vénérables aînés, sans avoir l’outrecuidance de demander en plus un salaire.

C’est du moins la conception que s’en fait Natalie Brennan, la directrice générale de la grande chaîne de café-pâtisserie Muffin Break.

Franchise et exploitation

Dans une interview donnée à News Corps, elle se plaignait de cette grande décadence des étudiants et jeunes diplômés, qu’elle fait remonter à une dizaine d’années: «il n’y a tout simplement personne qui franchit le pas de ma porte pour me demander un stage, une expérience professionnelle ou un travail non rémunéré. On ne voit plus ça de nos jours».

Le tollé ne s’est pas fait attendre, et depuis hier, les critiques s’accumulent. Travailleurs et défenseuses des franchisés ont dénoncé ces déclarations comme le symptôme d’un problème de fond lié au système même des franchises, qui s’appuierait sur un modèle commercial insoutenable favorisant les débordements et l’exploitation.

Le scandale survient alors même que l’Australie –l’un des pays où est implanté Muffin Break– a lancé une enquête parlementaire sur le secteur de la franchise, et prépare son rapport final, qui devrait être publié le mois prochain.

Des migrants aux étudiants, profiter des plus précaires

L’année dernière, relève le Guardian, un ancien patron franchisé de Muffin Break avait déclaré dans le cadre d’une enquête qu’on lui avait demandé «d’envisager de sous-payer le personnel en qui il pouvait avoir confiance». «Le message, c’était qu’en tant que migrant, je devais être conscient qu’il y avait d’autres migrants ou des étudiants qui accepteraient volontiers d’être sous-payés pour obtenir leur premier emploi, et qu’ils n’iraient ni le rapporter, ni s'en plaindre».

Pour Natalie Brennan, l’exigence d’un salaire décent et d’une évolution de carrière rapide serait liée à la place croissante des réseaux sociaux chez les millennials: «ils ont assurément une vision exagérée de leur propre importance, parce qu’ils ont X followers sur Instagram ou X likes. C’est dangereux». Et de regretter le temps où elle pouvait se targuer d’offrir un emploi à toute personne le demandant –bénévolement.

La secrétaire du Conseil australien des syndicats, Sally McManus, a quant à elle déclaré sur Twitter que les millennials «en avaient assez de se faire voler».

Les résultats de l’enquête parlementaire sont très attendus et laissent désormais l’espoir d’un changement dans le secteur, qui permettrait notamment de mieux protéger les jeunes travailleurs, parmi les plus précaires.

«Beaucoup de gens sont prêts à se laisser exploiter parce qu’ils sont désespérés, qu'ils ont peur, et qu’ils ont vraiment besoin d’un emploi. Nous devons briser ce cercle», a déclaré Maddison Johnstone, la co-fondatrice de Franchise Redress, une organisation ayant déjà dénoncé les abus commis chez 7-Eleven ou Domino’s Pizza.

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