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Forces et faiblesses de Bernie Sanders pour 2020

Temps de lecture : 3 min

L’ancien rival de Hillary Clinton se relance dans la course en vue de la présidentielle américaine de 2020. Mais les conditions ont changé…

Bernie Sanders le 6 juin 2016 à Santa Monica, Californie | Jonathan Alcorn / AFP
Bernie Sanders le 6 juin 2016 à Santa Monica, Californie | Jonathan Alcorn / AFP

Bernie Sanders n’a pas peur d’assumer ses ambitions pour 2020. Lors de la primaire du Parti démocrate de 2016, le sénateur du Vermont avait récolté 43% des voix et 46% des délégués (ceux qui étaient élus par la base militante, pas les «super délégués»), beau fait d’armes face à l’une des plus grandes favorites de l’histoire des nominations présidentielles. Il affirme que cette fois, il fera beaucoup mieux. «On va gagner», a-t-il confié à CBS News mardi 19 février lors du lancement officiel de sa campagne. «Nous allons aussi lancer… un mouvement partant de la base pour mettre en œuvre les fondations d’une transformation de la vie économique et politique de ce pays.»

C’est plus facile à dire qu’à faire. Bernie est toujours chéri par sa base mais il ne reprend pas exactement là où il s’est arrêté il y a trois ans. Cette dernière année, les sondages ne le faisaient pas dépasser la barre des 20%, tendance inquiétante pour un candidat resté sous le feu des projecteurs. 2020 posera aussi de nouveaux problèmes au septuagénaire: il ne pourra pas compter sur le soutien des électeurs et électrices au profil «tout sauf Hillary» qui auraient pu ne pas être d’accord avec ses politiques mais qui, la dernière fois, avaient l’impression de ne pas avoir le choix. Et il est déjà confronté à un bon paquet de rivaux au sein de l’aile progressiste du parti, dont beaucoup ont les moyens de faire le même genre de promesses politiques mais avec tout l’attrait de la nouveauté.

Des atouts non négligeables

Pour autant, Sanders ne restera pas sur le bord de la route. En tant qu’indépendant, techniquement il se tient fermement sur le flanc gauche de l’aile gauche du parti et ses références ne seront pas remises en question à un moment où les nouveaux venus qui se revendiqueront progressistes devront affronter un certain scepticisme. Les électeurs et électrices informées choisiront Sanders en connaissance de cause, ce qui sera un élément central de son argumentaire. Parmi le peloton de tête, sa rivale Elizabeth Warren pourra lui en donner pour ses vingt-sept dollars en termes de populisme économique [Bernie Sanders ne cesse de proclamer que le don moyen fait à sa formation est de vingt-sept dollars pour souligner la modestie des moyens de son électorat, ndlr], mais en tant que Démocrate et capitaliste assumée, elle n’est pas en position de proposer le même genre de bruyante lamentation anti-establishment que lui. Warren et Sanders pestent tous deux contre le statu quo, mais elle veut réparer le système de l’intérieur tandis qu’il peut de façon crédible avancer qu’il veut tout faire sauter. Rien que cela suffit nettement à justifier son entrée dans la course.

De même, sa position est renforcée par l’émergence d'une voie centriste dans la primaire démocrate. Il y a un mois, les premières candidatures en tête de peloton penchaient toutes vers la gauche; maintenant elles sont un bon petit paquet à lever le pied. Chaque fois que quelqu’un comme Kamala Harris ou Cory Booker lorgnera vers le centre –ou lorsque Amy Klobuchar ou Sherrod Brown parleront de pragmatisme– la campagne de Bernie paraîtra d’autant plus convaincante et même impérative aux progressistes, dont beaucoup craignent encore que le candidat qui remportera l’investiture ne pivote radicalement vers le centre lors des élections contre Trump.

Ce qui joue en sa défaveur

Cependant, le problème le plus pressant de Sanders pourrait être que même si le Parti démocrate parle comme lui, il lui ressemble de moins en moins. Les élections de mi-mandat de 2018 ont montré qu’il existe au sein de la base du parti un désir très net pour des candidatures qui sont tout sauf celle d'un vieux mâle blanc. La manière dont Sanders va gérer cette réalité sera le premier vrai test de sa campagne.

Sa façon de la lancer le 19 février laisse deviner qu’il envisage sérieusement d’étendre son appel au-delà de sa base blanche et masculine –mais il reste encore un obstacle conséquent à franchir. Par exemple, Sanders n’a pas hésité à qualifier Trump de «raciste, sexiste, xénophobe» dans son mail d’annonce à ses soutiens et son équipe suggère qu’il va œuvrer à faire davantage le lien entre inégalités économiques et inégalités raciales qu’en 2016. Mais le 19 février au matin, lorsque la Vermont Public Radio lui a demandé s’il représentait le mieux «le visage du nouveau Parti démocrate», son discours restait celui d’un homme qui ne parle pas couramment la langue de l'empirisme. «Nous devons envisager les candidats, vous savez, pas en fonction de la couleur de leur peau, pas en fonction de leur orientation sexuelle ou leur genre ni en fonction de leur âge», a dit Sanders. «Je crois que nous devons essayer de nous faire avancer vers une société non-discriminatoire qui envisage les gens en fonction de leurs capacités, en fonction de ce qu’ils défendent.» Il serait fort étonnant que cette réponse satisfasse ses détracteurs si c’est à ça que se borne la ligne de défense de son identité.

Josh Voorhees

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