Politique

L'erreur européenne, ou pourquoi Cazeneuve ne réussira pas à sauver le PS

Temps de lecture : 3 min

Intervenant publiquement pour la première fois depuis dix-huit mois, l’ancien Premier ministre ne parvient pas à résoudre les contradictions de la social-démocratie en Europe.

Bernard Cazeneuve au Mans, le 10 mai 2017 | Jean-François Monier / AFP
Bernard Cazeneuve au Mans, le 10 mai 2017 | Jean-François Monier / AFP

Premier ministre méritant au crépuscule d’un quinquennat présidentiel chaotique marqué par l’inexorable déclin électoral du Parti socialiste, Bernard Cazeneuve, s’il a pâti de l’impopularité du président Hollande, a aussi laissé l’image d’un ministre de l’Intérieur empreint d’une authentique rigueur républicaine et d’une éthique démocratique non moins avérée.

Apprécié de ses ministres, l’homme n’est pas celui qui a le plus souffert des choix politiques et économiques de la présidence Hollande –choix qu’il a néanmoins approuvés, avalisés et qu’il revendique toujours malgré la débâcle des troupes socialistes.

Sourde oreille

Sur France Inter, il est remarquable que Bernard Cazeneuve se soit d’abord référé à Clémenceau et ait martelé les mots «République» et «républicaine». On retrouve là une forme de verbalisme qui répond à une volonté de nier les antagonismes à l’œuvre.

Appelant à «retrouver le sens de l’histoire», il se hisse au-dessus de son rôle passé de membre de la majorité socialiste pour signifier en filigrane qu’il aspire, désormais, à un destin national. Il occupe un vide qui profitait à l’hypothèse du retour de François Hollande.

Mais Bernard Cazeneuve a aussi un côté obscur: il ne fait ni ne tolère aucune critique du bilan du quinquennat Hollande.

Désigné largement par le noyau de l’électorat socialiste candidat à la présidentielle de 2017, l'ancien ministre de François Hollande Benoît Hamon a vite été lâché par une kyrielle de hiérarques du PS et du hollandisme, puis quasiment désapprouvé par le Premier ministre en place, Bernard Cazeneuve.

Ce dernier adhère à une forme de théorie du «coup de poignard dans le dos», dont les timides «frondeurs» se seraient rendus coupables au cours du quinquennat. L’absence de questionnement de la politique européenne des gouvernements Ayrault, Valls et accessoirement du sien est patente.

Surtout, alors que la désignation de Benoît Hamon contre Manuel Valls rend évidente la rupture entre les élites social-démocrates du pouvoir et le cœur du «peuple de gauche», aucune prise en compte de cette réalité n’est manifestée.

Interrogé par une jeune auditrice de France Inter sur son passé au pouvoir, Bernard Cazeneuve n'a pas remis en cause le bilan du quinquennat Hollande, mais s’en est pris à La France insoumise et a réaffirmé la vocation de la social-démocratie à dominer la gauche.

Impasse européenne

Si Bernard Cazeneuve redonne au PS des bases républicaines, dont le parti s’était détourné au fil des années, il ne critique nullement l’alignement de celui-ci sur la doxa économique européenne, dont le gouvernement CDU(-SPD) de Berlin est le moteur. Il est ainsi en retrait par rapport à ses votes contre le traité établissant une constitution pour l'Europe au référendum de 2005 et contre le traité de Lisbonne.

L'universitaire Fabien Escalona a magistralement démontré l’aporie dans laquelle se trouve la social-démocratie européenne face à la mondialisation, matrice d’un monde inégalitaire dont elle pense pourtant retirer des bénéfices au profit des personnes les moins favorisées. L’erreur d’analyse est manifeste et laisse le champ libre à d’autres forces politiques.

La social-démocratie française a adopté un mythe et un projet qui constituent désormais sa raison d’être: l’adhésion au consensus européen. On peut parier que si Dominique Strauss-Kahn avait été élu président de la République, il aurait renégocié le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), dit «traité Merkozy».

À peine élu, François Hollande s’est empressé d’approuver ledit traité et s'aligna sur l’avis d'Angela Merkel. C’est là le choix décisif qui enclenche la machine infernale politique du quinquennat.

L’adhésion au consensus économique promu par Berlin et défendu par des institutions de plus en plus enclines à la coercition pèse sur le destin du Parti socialiste comme de ses partis frères. On voit dans nombre de pays que ce programme commun des forces social-démocrates et de droite (conservateurs, démocrates-chrétiens, libéraux) contribue à la «pasokisation» des partis socialistes et sociaux-démocrates et fait souvent imploser le noyau de l’électorat traditionnel de ceux-ci.

Désert électoral

Sans retour critique sur le quinquennat Hollande et sans remise en cause de ce qui fait son identité depuis 1983, et davantage encore depuis 1992, le retour de Bernard Cazeneuve ne saurait être autre chose qu’un phénomène de second ordre, voire un simple événement médiatique.

La tripolarisation actuelle de la vie politique impose aux socialistes de choisir entre le pôle auquel appartient La France insoumise et celui occupé par le macronisme. Ce choix cornélien se traduit surtout par un affaiblissement constant du PS et de ses micro-alliés campant sur cet espace résiduel, et il explique le rôle de Place publique, véritable syndic de faillite de cette famille politique.

En défendant aussi fermement le bilan Hollande, l’ancien Premier ministre se prive des moyens premiers des ambitions qu’il souhaite pour sa famille politique et, évidemment, de ses éventuels desseins personnels.

Gaël Brustier Chercheur en science politique

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