Jacques Attali: la revanche des agences de notation
Les principaux responsables de la crise financière ont d'abord fait profil bas avant de ramasser la mise en critiquant les Etats au bord de la faillite.
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Dans la crise économique et financière mondiale, tout se passe comme si les principaux responsables avaient réussi à échapper à toute sanction en s'instituant en juges de leurs juges: imagine-t-on un criminel qui s'instituerait en tribunal pour juger, avec leur accord, les législateurs, les policiers et les juges? C'est bien ce qui est en train de se passer avec les agences de notation.
Depuis les débuts de cette crise, il a été dit et répété que ces agences portaient une très lourde responsabilité dans l'enchainement des événements, en ayant laissé les banques et autres institutions financières prendre des risques immenses, sans les mettre en garde; jusqu'à ce que tout le monde perde confiance dans l'ensemble du système financier. Aussi, quand la crise atteignit son paroxysme, les dirigeants politiques unanimes se prononcèrent en faveur d'une meilleure réglementation des agences de notation, pour s'assurer qu'elles fassent correctement leur travail. Tel fut d'ailleurs une des principales conclusions du G20 de Londres (dont on n'a pas fini de faire la liste des échecs) que d'affirmer que les agences de notation allaient être contrôlées.
Très habilement, les responsables de ces agences n'ont pas réagi; ils se sont fait discrets, promettant de faire mieux encore leur travail de surveillance, observant avec jubilation la facon dont les Etats préféraient s'attaquer aux seules conséquences de la crise en noyant le marché de liquidités, au lieu de s'attaquer à ses causes profondes en interdisant aux banques de spéculer sur compte propre et de fournir aux hedge funds les moyens de le faire. Pour les agences de notations, c'était tout bénéfice: leurs clients habituels, banques et hedge funds, retrouvaient leur superbe et les moyens de leur passer des commandes; et les Etats, en s'endettant, se mettaient en situation d'être critiqués par les agences. L'accusé redevenait juge.
Les agences, sans rien dire, ont donc laissé le temps travailler pour elles. Aujourd'hui, elles peuvent ramasser les bénéfices, en critiquant sévèrement les Etats, comme on l'a vu avec la crise grecque. En agissant ainsi, elles font leur métier et nul ne peut le leur reprocher. Mais elles atteignent en même temps deux objectifs secondaires, dont on peut douter qu'ils n'aient pas été soigneusement élaborés à l'avance: d'une part, cela donne à leurs clients les moyens de faire un maximum de profit sur la spéculation sur la dette publique, et de les rémunérer en conséquence ; d'autre part, cela leur permet de museler ceux des pays qui pourraient avoir la velléité de se souvenir de leurs promesses de réforme.
Quel ministre des finances osera aujourd'hui répéter publiquement qu'il faut contrôler ces notateurs, alors qu'il s'expose à ce que ces agences déclarent le lendemain que la note de ce pays doit être abaissée, ce qui alourdirait immédiatement le cout de ses emprunts? Par exemple, qui peut penser que le ministre grec des Finances est aujourd'hui libre d'exprimer son point de vue sur la gouvernance financière mondiale. Bien plus encore, qu'en sera-t-il demain de celui de l'Espagne, prochaine cible des marchés et, comme par hasard, président de l'Union européenne pour les six prochains mois?
Ainsi, en s'endettant de façon illimitée, sans mettre en œuvre aucune action structurelle, les Etats, préférant la gloire à la puissance, se sont mis, une fois de plus, entre les mains de ceux dont ils devaient réguler le comportement. On ne peut pas espérer d'un accusé, passé à deux doigts d'une lourde condamnation, qu'il montre la moindre mansuétude à l'égard de ses juges, s'ils se trouvent entre ses mains.
Jacques Attali
Image de une: CC Flickr DaveBleasdale
Mis à jour le 06/10/2010 à 16h50










































Bien parlé.
Une seule solution, la revolution
On se trompe de débat, le point de vue des agences de notation existe parce que les financiers du monde entier évaluent comme globalement correcte leur évaluation des risques. Ils ne sont pas au service des États, qui au nom de leur légitimité électorale voudrait aussi contrôler "la notation" pour faire ce que fait la Grêce a maquiller ses comptes, qui dit que d'autres ne le font pas aussi?
Je préfère encore les agences denotation indépendantes. J'ai encore plus confiance dans les agences de notation qu'aux intentions des Etats gloutons.
Cher Jacques Attali,
Ce que vous appelez revanche, et qui en est une, vue du mauvais côté de la Force,
ne devrait-il pas plutôt être dénoncé sous le terme, plus criminel, de récidive ?
Quand un arbitre use de son pouvoir à son profit, direct ou indirect, et qu'il nuit ainsi
à tout l'édifice qui repose sur son impartialité, il n'est plus dans son rôle,
il n'en est plus digne, il devient une menace pour l'édifice en question.
Une main litigieuse dans le monde du football est plus retentissante
que le scandale de quelques mercenaires qui agissent sur les marchés
à leur guise sans encourir de sanction à la hauteur des vies qu'ils brisent.
Les pirates qui menaçaient le transport maritime international ont bien vu
la mise en place d'une riposte concertée qui semble efficace. Etait-il
plus difficile de traquer leurs embarcations furtives sur l'immensité des mers
que la poignée d'agressions caractérisées contre l'économie mondialisée,
légales un temps peut-être mais incontestablement funestes ?
Dantèsquement
Et toujours courtoisement ;> ).
Aujourd'hui où nous apprenons que Goldman Sachs aide depuis 2001 la Grèce à manipuler ses comptes contre une première commission de 300 millions de dollars (!), les PIGS, ce sont eux, Prédateurs Infâmes Goldman Sachs (PIGS) qui se sont conduits comme des vériitables "pigs " avides et sans états d'âme!
ces gens là ont même réussi à placer un de leurs dirigeants, Henry Paulson à la tête du Trésor US, ce qui a permis à Goldman Sachs d'empocher le jackpot dans le remboursement intégral de ses engagements dans AIG!
souhaitons, mais j'en doute, qu'ils connaissent le sort d'Andersen après Enron, mais ils ont réussi à avoir la peau de leur principal concurrent, Lehman Brothers! qui aura la peau de Goldman Sachs, ce qui réjouirait sûrement des millions de personnes sur la Terre!
Ce qui est très gênant dans cette histoire est qu'elle montre une réalité tragique: la mort de la politique et la victoire du marché.
Les collusions entre ces deux pouvoirs sont désormais évidentes et j'arrive même à penser que c'est la marché financier qui décide des politiques et qui dirige "l'orchestre" mondiale.
Le plus hallucinant dans le rôle de Goldman Sachs, grand spécialistes de la manipulation dans toutes les bulles spéculatives depuis 1929, c'est qu'après avoir servi de conseil (grassement) rémunéré de la Grèce pour maquiller ses comptes, ils ont lancé la rumeur de la défaillance de l'état grec (ça s'appelle aussi du délit d'initié, car qui, mieux que GS, connaissait la vraie situation financière de la Grèce ?), pour spéculer à la baisse sur la dette grecque et refaire un jackpot!
Pas vraiment mieux que le conseiller financier qui aide son client à truander ses comptes et le dénonce ensuite contre prime aux services fiscaux!
Personnellement je trouve l'article médiocre.. et très tendencieux..
Tendencieux l'usage d'expressions: douter, très habilement, discrets, jubilation, nul peut leur reprocher ..Mais
" dont on peut douter qu'ils n'aient pas été soigneusement élaborés à l'avance:"
"Très habilement, les responsables de ces agences n'ont pas réagi; ils se sont fait discrets, promettant de faire mieux encore leur travail de surveillance, observant avec jubilation la "
"En agissant ainsi, elles font leur métier et nul ne peut le leur reprocher. Mais "
Sous-entendre qu'il y a un complot orchestré par les grandes agences de notation qui rongeraient leur frein.. etc..c'est probablement ridicule et surtout ce n'est pas intéressant...et est-ce constructif? Non bien entendu...
Monsieur Attali souhaite faire de de la presse à sensation très bien.. c'est son droit... Mais Monsieur Attali parlearmé de son aura de "spécialiste de la finance". C'est plus problématique car il mélange les genres et embrouille le profane: si LUI le docte spécialiste le dit.. alors cela doit ETRE ainsi.
On ne peut sans précautions jouer sur les deux plans: l'expert de l'économie qui fait des billets sensations. C'est indigne, pas très honnête et facile.
(Eugène Sue écrivait du feuilleton romanesque )
Il eût été plus intéressant- mais probablement moins vendeur... d'analyser les principes sous-tendant la notation des obligations souveraines- sur la base des méthodologies des agences- et constructivement souligner ce qu'il y manque pour obtenir un résultat qui serait meilleur, vérifier que l'on ne peut comprendre dans les rappports accompagnant la notation les problèmes de l'état grec ou nord américain ou autre... examiner les notion de support- si l UE est considéré comme solidaire et support pour n'importe lequel de ces membres souverains, c'est l'UE qu'il faut sonder aussi..
bref...
Je ne suis pas analyste et ne travaille pas pour des agences de notation. Il reste que je ne suis pas en mesure d'affirmer que tout ce qu'elles font n'a aucune valeur..
Je me demande si cet article n'est pas un peu spécieux:
Il est facile d'écrire, comme s'il y avait une inévitable relation de cause à effet: "en s'endettant de façon illimitée, sans mettre en œuvre aucune action structurelle, les Etats, préférant la gloire à la puissance, se sont mis, une fois de plus, entre les mains de ceux dont ils devaient réguler le comportement".
En réalité, les agences ont elles un "plan" machiavélique pour éviter qu'on les critique , même au prix de voir les économies chuter?
Toujours la théorie du complot...