Boire & manger / Monde

7 secrets bien cachés sur le whisky japonais

Temps de lecture : 5 min

Les malts nippons continuent leur ascension. Mais les informations précises sur les whiskies de l’Archipel sont distillées moins vite que ces nectars!

Saviez-vous que les singles malts sont une invention récente? | Dylan de Jonge 
via Unsplash
Saviez-vous que les singles malts sont une invention récente? | Dylan de Jonge via Unsplash

Il s’appellera Ao, «bleu» en japonais, comme la couleur des océans qui lient les continents. Le numéro 1 nippon des spiritueux Beam-Suntory a annoncé la sortie en avril de son premier «whisky mondial», qui assemblera des jus en provenance des cinq principaux pays producteurs –Écosse, Irlande, États-Unis, Japon, Canada. Ce n’est pas une première dans l’Archipel: la distillerie Chichibu avait déjà lancé son merveilleux Malt & Grain World Blended Whisky créé sur le même principe, faisant toute la transparence sur le contenu de la bouteille dans un pays et une industrie peu coutumiers du fait. Mais l’initiative du géant Suntory, lancée à une toute autre échelle, est peut-être de nature à faire évoluer certaines pratiques et lois permissives régnant sur le whisky japonais. Saviez-vous par exemple que…

1. Votre whisky japonais n’est peut-être pas (totalement) japonais

Rien ne manque sur la bouteille: ni les hiragana dessinés au pinceau, ni la marque à consonance asiatique, la silhouette de samouraï et la mention «product of Japan». Pourtant, vous vous apprêtez peut-être à boire… du whisky écossais, américain ou autre. La réglementation japonaise n’interdit pas de mêler whiskies nippons et étrangers sous étiquette «Japanese whisky». Il est même parfaitement légal de vendre du whisky japonais 100% écossais (au hasard), sans que le producteur soit tenu de l’indiquer sur l’étui. Avant de hurler à l’arnaque, sachez qu’il est tout à fait possible de faire la même chose en France sous étiquette «whisky français».[1]

2. Surtout si c’est un blend

Ce cosmopolitisme ne touche pas les single malts mais les blends (assemblages de whiskies de grain et de malt provenant de différentes distilleries) et les blended malts (assemblages de whiskies de malt de plusieurs distilleries). L’immense majorité de ces produits se contente d’arroser le marché intérieur. Mais depuis que le nectar d’orge rapporte des paquets de blé, certains ont créé pour l’export des marques qui doivent davantage aux Highlands ou au nord américain qu’au pays du Soleil-Levant. C’est le cas, par exemple, des Kurayoshi qui encombrent les duty free d’aéroport ou des Yamazakura (Sasanokawa, le producteur, a installé des alambics à whisky en 2016 dans sa distillerie d’Asaka, mais commercialise déjà du 16 ans d’âge… Do the maths). Il n’est qu’à regarder les chiffres des exportations de scotch et de whisky américain[2] en vrac (c’est à dire non embouteillé) vers le Japon –3,1 et 7,3 millions de litres purs en 2017– pour se convaincre qu’ils ne sont pas les seuls.

3. Votre whisky japonais n’est peut-être pas (du tout) du whisky

Si vous le sirotez au Japon, votre whisky nippon peut fort bien ne contenir que 10% de malt et beaucoup d’alcool neutre (ce qu’en Europe on appelle vodka), souvent fabriqué à base de mélasse (connu ici bas sous le nom de rhum). Le plus légalement du monde. Surtout, il n’a nullement obligation de vieillir et peut descendre jusqu’à 37% d’alcool (contre trois ans minimum de maturation et au moins 40% dans la Communauté européenne). Rassurez-vous, ces flacons ont interdiction de pénétrer en Europe sous étiquette «whisky».

4. Il a du mal à avouer son âge pour une bonne raison

À moins de porter des culs de bouteilles devant les yeux, cela ne vous aura pas échappé: les âges ont pratiquement disparu sur les flacons japonais. Les stocks de vieux whiskies ont fondu, mais pas seulement en raison de la hype qu’ils suscitent en Occident. Dans les années 1990, le marché japonais s’effondre: l’Archipel qui absorbait 380 millions de litres de whisky en 1983 n’en descend plus que 74 millions en 2007.

L’emballement mondial finit d’assécher les stocks, les âges disparaissent des étiquettes car les whiskies sont mis sur le marché de plus en plus jeunes… mais les prix flambent.

Au tournant des années 2000, des distilleries ferment (notamment les célèbres Karuizawa et Hanyu, dont les flacons s’envolent aujourd’hui aux enchères), les géants Suntory et Nikka ne produisent quasiment plus. Quand, au XXIe siècle, notre intérêt s’éveille, c’est marée basse dans les chais nippons. L’emballement mondial finit d’assécher les stocks, les âges disparaissent des étiquettes car les whiskies sont mis sur le marché de plus en plus jeunes… mais les prix flambent. Nous sommes toujours au creux de cette vague, dont les plus optimistes estiment qu’on sortira en 2025 –et les inconscients à temps pour les JO de Tokyo en 2020.

5. C’est l’eau qui a sauvé le whisky japonais

Au plus fort de la débandade, en 2008, Suntory décide de ressusciter un rituel de consommation du whisky en vogue dans les années 1950 au Japon: le highball. Des campagnes publicitaires se succèdent pour convaincre les amateurs de noyer généreusement leur blend sous l’eau pétillante et la glace dans une chope à bière. Carton plein immédiat. En 2009, il se vend 38.000 caisses de cannettes de highballs déjà mixés et… 6,2 millions de caisses l’année suivante. Depuis lors, partout dans les bars, les restaurants, le Japon carbure au highball. Une boisson qui passe sous les 10% d’alcool, le whisky accompagne avec fraîcheur et subtilité la cuisine nippone. Un régal.

6. C’est ballot mais… vous êtes passés à côté de collectors inestimables

Vous seriez prêt à donner un rein, un œil, le bras gauche, votre belle-mère et votre enfant le plus jeune en échange d’un flacon d’Hanyu ou de Karuizawa, d’un vieux single cask de Yoichi ou de Yamazaki Mizunara. Mais qui se souvient que durant la première décennie 2000 les collectors d’aujourd’hui trouvaient difficilement preneurs? Nicolas Julhès, patron de la Distillerie de Paris et important caviste parisien, rapporte comment les flacons de la première Card Series d’Hanyu (décorés d’étiquettes reproduisant des cartes à jouer), sortis en 2005, prenaient la poussière sur ses étagères. «On me les achetait de temps en temps pour offrir à des joueurs de poker, se marre-t-il. Quand le Karuizawa 1977 (30 ans) est sorti, en 2007, il coûtait 130 euros, personne n’en voulait, les geeks se pinçaient le nez.» La bouteille, dix ans plus tard, coûtait déjà pas loin de 10.000 euros, et une série des Cartes est partie à 500.000 dollars (environ 443 .000 euros) aux enchères en 2017… Ah, si on avait su avant ce qu’on sait maintenant!

7. Les single malts japonais sont une invention récente

Comme l’Écosse, le Japon produit (et écluse) majoritairement des blends. Et les single malts y apparaissent tardivement. Le tout premier, Yamazaki, est lancé en 1984. Suivi, la même année, du Nikka Single Malt Hokkaido 12 ans, produit à Yoichi.

La disillerie Miyagikyo, l'excellence japonaise. | Christine Lambert

La distillerie Miyagikyo commercialise à son tour le sien en 1989. Autrement dit hier. De fait, ce ne sont pas les single malts mais deux blends japonais qui vont renverser la table en Europe: Nikka From the Barrel et Hibiki. Des assemblages révolutionnaires, qui montrent qu’au-delà de l’origine du whisky et de ses composants, c’est sans doute cette quête absolue de la structure parfaite et de l’harmonie qui font l’excellence du whisky japonais.

1 — Les règles du jeu ne devraient pas tarder à changer sous l’impulsion de la Fédération du whisky de France Retourner à l'article

1 — Le Canada ne communique pas ses chiffres, alimentant tous les fantasmes. Retourner à l'article

Christine Lambert Journaliste

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