Copé: la violence des jeunes, l'échec des adultes
PAR J-F COPE - Utilisons le droit à l'expérimentation pour lancer des établissements scolaires par classe plutôt que par quartier.
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Des enseignants du lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine ont décidé de ne plus faire cours depuis l'agression d'un de leurs élèves âgé de 14 ans par six autres jeunes cagoulés. Leur indignation est légitime: nous voulons tous que l'école soit un sanctuaire du savoir où la violence est bannie, mais sa vocation éducative ne suffit pas à la protéger de l'insécurité; nous aimerions tous croire que la violence épargne les plus jeunes, mais ce qui se passe dans les cours de récréation nous montre le contraire.
Les enseignants sont, avec les élèves, les premières victimes de ce phénomène. L'exercice de leur profession est profondément fragilisé par l'insécurité dans les établissements: il est anormal de devoir transmettre son savoir en ayant la peur au ventre face à des élèves eux-mêmes paralysés par l'inquiétude. Certains professeurs se retrouvent dans des situations où, avant même de pouvoir enseigner, ils doivent commencer par endosser le rôle d'éducateurs, de surveillants, d'assistants sociaux, de conseillers familiaux, ou même de policiers. Je comprends leur malaise.
Pour certains syndicats, la solution au problème de la violence à l'école serait évidente: il faudrait massivement recruter des surveillants. Bien sûr, dans certains cas, un poste de surveillant supplémentaire peut contribuer à stabiliser une situation difficile. Mais réduire la question de la violence à celle des effectifs de l'Education nationale me semble simpliste. D'ailleurs, les chiffres de la violence à l'école ont été assez stables au cours des années 2000 quelles que soient les variations d'effectifs. Ensuite parce que je crois que, face à la violence des enfants et des adolescents, il faut prendre le mal à la racine et apporter des réponses qui prennent en compte les parcours chaotiques de certains élèves.
Chaos familial
C'est ce que j'ai pu constater dans ma ville de Meaux, la semaine dernière, lorsque j'ai été confronté à un acte de violence grave dans une école primaire. Un élève de 11 ans en classe CM2 de l'école Alain-1 a frappé violemment un de ses camarades avant d'asséner un coup de poing dans le ventre de son instituteur qui voulait l'arrêter. Il l'a ensuite menacé en affirmant que ses grands frères allaient venir le venger. Suivant les procédures, l'instituteur a porté plainte et des policiers en civil sont venus en voiture banalisée chercher l'enfant dans le bureau de la directrice en toute discrétion. Je tiens à saluer le courage et le professionnalisme de cet instituteur et sa directrice: ils ont su réagir avec la fermeté indispensable face à ce déchaînement de violence gratuite sans pour autant stigmatiser cet élève devant ses camarades.
Quelques jours après les faits, j'ai rencontré le père de cet élève. Il a commencé à chercher des excuses à son fils, en expliquant que tout ça n'était pas bien méchant, qu'il ne faisait jamais que jouer au catch avec ses copains, que les torts étaient partagés avec l'instituteur... J'ai pris le temps de l'écouter, de le raisonner et enfin, il est arrivé à reconnaître, avec beaucoup de désarroi, que son fils avait eu un comportement inacceptable.
En échangeant avec cet homme, j'ai vite compris que cette affaire trahissait une absence d'autorité parentale, liée à une situation familiale compliquée. Le garçon de 11 ans vit dans une famille éclatée et est en partie élevé par sa grande sœur dont ce n'est pas le rôle! Un de ses frères est apparemment connu des services de police pour des violences envers des forces de l'ordre. Le chaos familial est une cause malheureuse de la dérive de cet enfant sans repères, en début d'échec scolaire. Il faudra évidemment un parcours adapté pour redresser la situation.
Les enfants ne naissent pas plus violents
Après un rappel à la loi, j'ai passé un engagement moral avec le père: je lui ai demandé de prendre ses responsabilités, de s'investir auprès de son fils, de le recadrer et, de mon côté, je me suis engagé à tout faire pour lui redonner une seconde chance. J'ai ainsi obtenu que cet enfant soit intégré dans le dispositif de poursuite de scolarisation, que nous avons mis en place avec succès à Meaux, et qui était jusqu'à présent réservé aux collégiens difficiles. Ce dispositif consiste à placer l'élève exclu d'un collège dans un centre spécifique où il rencontre notamment un psychologue et un délégué du procureur avant d'être à nouveau scolarisé. L'enfant en question a ensuite intégré une nouvelle école où il suit les cours et les dispositifs d'aide scolaire. Je reverrai son père dans deux mois, pour faire un point avec lui et voir s'il a respecté sa part du contrat.
La violence des jeunes est un problème d'adultes! Les enfants du XXIe siècle ne naissent pas plus violents que ceux du siècle dernier. C'est la faillite éducative des adultes dans leur ensemble qui mènent aux dérives d'une partie de nos enfants. La fragilisation des structures familiales rend parfois les parents démunis. Cela invite les politiques à explorer de nouvelles pistes pour accompagner les familles dans leur mission d'éducation, sans les déresponsabiliser.
Je crois qu'il faut mobiliser autour du maire tous les services de l'Etat et des collectivités locales pour mettre en place un suivi personnalisé des familles les plus fragiles. C'est ce que nous faisons à Meaux, avec des résultats très satisfaisants. Nous réunissons autour d'une même table tous les acteurs concernés par la question de délinquance juvénile et d'insécurité à l'école: directeurs d'établissements, enseignants, services sociaux, élus locaux, police, parquet de justice... En coordonnant leurs efforts, tous ces acteurs identifient les familles à risque, les soutiennent et, au besoin, orientent les enfants vers des dispositifs adaptés de dépistage de la délinquance et de poursuite de la scolarisation. Les dispositifs comme «l'école des parents» où les familles trouvent un appui et des conseils sont également très utiles.
Droit à l'expérimentation
Parallèlement, nous devons mener une vraie réflexion sur la carte scolaire. Comme je l'avais déjà proposé sur Slate, le 25 octobre dernier, je suis convaincu qu'il faut faire davantage confiance aux acteurs de terrain, en profitant notamment du droit à l'expérimentation prévu par la loi. Je pense que pour renforcer la sécurité à l'école nous pourrions par exemple expérimenter le lancement d'établissements scolaires par classe plutôt que par quartier. Cela permettrait de protéger les élèves les plus jeunes de leurs aînés, parfois tentés de les menacer et de les dévoyer, et faciliterait le travail de surveillance à l'école.
A côté des mesures de sécurité indispensables, c'est bien cet effort en amont — de responsabilisation et d'appui des parents, de refonte de la carte scolaire et de coordination des services de l'Etat impliqués dans l'éducation — qui peut nous permettre de juguler la violence des plus jeunes. Il serait illusoire de croire que ce problème peut être résolu par une simple augmentation des effectifs de l'Education nationale. Plutôt que d'avoir une approche idéologique, nous devons tous nous retrouver, élus, enseignants et parents d'élèves, pour mettre en place des solutions adaptées à une violence qui traduit d'abord un échec des adultes.
Jean-François Copé
Photo: les élèves du lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine manifestent à Paris le 9 février 2010 / REUTERS, Benoit Tessier
Mis à jour le 15/02/2010 à 13h23











































Je pense que pour renforcer la sécurité à l'école nous pourrions par exemple expérimenter le lancement d'établissements scolaires par classe plutôt que par quartier. Cela permettrait de protéger les élèves les plus jeunes de leurs aînés, parfois tentés de les menacer et de les dévoyer, et faciliterait le travail de surveillance à l'école.
Une proposition originale, merci Monsieur Copé. Ceci étant je suis un peu sceptique parce que l'hétérogénéïté des ages et des expériences n'est pas seulement une question de classe. Au sein d'une même classe, on peut avoir facilement 3 ans d'écart entre les élèves, ce qui à l'adolescence, peut représenter une énorme différence.
Mais réduire la question de la violence à celle des effectifs de l'Education nationale me semble simpliste. D'ailleurs, les chiffres de la violence à l'école ont été assez stables au cours des années 2000 quelles que soient les variations d'effectifs.
Et moi qui croyait que la diminution des effectifs dans l'éducation nationale était justifiée par la baisse du nombre d'élèves dans les collèges et les lycées. Si c'était le cas, il serait logique les chiffres de la violence à l'école reste stable puisque le ratio encadrement/élèves resterait identique :~)
M Coppé,
Parlez, vous et le gouvernement parlez.
Nous sommes, ici, en bas, le peuple de droite, vous hurle aux oreilles et vous n'écoutez pas.
Nous ne voulons plus de mesurettes, nous exigeons des actes.
Les débats incessants pour le politiquement correct, nous n'en n'avons cure.
Nous voulons pouvoir nous mouvoir en toute quiétude dans les rues de la république sans craindre pour nous, nous voulons que nos enfants aillent dans les écoles de la république pour apprendre autre chose que l'art du camouflage pour se protéger de la racaille qui grandit chaque jour à cause de votre laxisme.
15 ans de gauche ont mis à genoux notre pays, il est temps de se remettre debout.
Nous voulons que nos enfants aillent en classe apprendre et non pas se faire endoctriner par ces profs gauchiste qui parlent des années Mitterand et pas celle de De gaulle ou Chirac.
Dans ma région, le Nord, les électeurs de droite que je connais se mobilisent pour voter FN.
Comment voter pour mon député Vercameer qui ne fait rien, Ah si, j'oubliais, il vote des lois liberticides tel Hadopi qui salissent la République.
L'espoir Sarkozy a volé en éclat me semble t'il car vous parlez.
Vous cherchez sans cesse à ne faire que copiez ce qui se fait à l'étranger.
Deux conseils.
Voyez et faites comme Rudolph Giuliani.
Innovez à la Française et cessez de copier, nous ne sommes pas les US.
Vive la France.
Ce qui me sidère une fois de plus dans cette approche de droite - ce n'est pas une insulte - c'est la réduction des conséquences à la cause. Si le phénomène de violence à l'école est aussi patent c'est aussi parce qu'il y a une forme de violence symbolique dans la société française qui pratique l'inéquité sociale et ne donne aucune chance de sortie par le haut. Des années de politique de droite mènent sur la reproduction des inégalités, toujours accentuées (le paquet fiscal en est un exemple caricatural).
Je pense que la droite a eu sa chance au pouvoir, depuis 2002 elle nous bassine sur la sécurité et le résultat est un échec patent. J'espère que nous aurons l'occasion d'une alternance politique en 2012 parce qu'il y a un moment où cela suffit les discours et les manœuvres électoralistes.
Enfin, sur la réduction de la violence je pense, malgré ce qu'en dit M. Coppé, qu'il faut plus de postes de surveillants, d'aide-éducateurs dans les collèges et lycées, et que c'est, avec une société juste (donc une société dans laquelle on ne favorise pas les Jean Sarkozy et les Proglio) et une vraie réflexion sur le rôle et les missions de l'État (réduire son train de vie, ok, encore faut-il sortir d'une logique uniquement comptable et se poser les bonnes questions), donc en redonnant des moyens à l'EN, qu'on sortira la France et les français par le haut.
Ma première analyse de votre édito, vous mettre en avant vous avez réussi à "éduquer" ce père, mais au fait M. Copé cette triste affaire dans votre ville montre déjà votre échec.
D'abord le pb d'une partie de la jeunesse, il ne date pas d'aujourd'hui, ce malaise face à l'école.
Dans le temps ceux qui échouaient en latin la filière reine passaient en moderne, puis si un nouvel échec, en centre d'enseignement technique là échouait une bonne partie des jeunes des cités ou des parents qui ne suivaient pas leur gamin.
Voyez-vous le pb ne date pas d'aujourd'hui et les politiques ont montré leur incompétence à gérer cette situation qui est aussi préjudiciable pour la société que pour les jeunes concernés, les victimes et agresseurs.
Alors pourquoi ne pas revoir pour certains jeunes une modification de l'école de la République, c'est à dire mixer entre les obligations du savoir et l'adaptation au moyen du jeune.
Ces jeunes ne sont pas aptent à suivre un cursus normé alors vouloir impérativement les intégrés dans ce système est un échec imposé et validé par les politiques pas "modeste".
On peut toujours critiquer le service militaire et je l'ai critiqué mais j'ai pu voir la misère du savoir vivre de certains. Mais ces jeunes parfois violents qui au début sortaient le rasoir pour certains, parfois illétrés, étaient entourés et je peux vous assurer que certains sont sortis en sachant lire et écrire un bonheur, d'autres avec un métier, un permis de conduire, pour une bonne partie avec un savoir vivre dont l'idée directrice était le respect. Nous avons été utiles à ce mal vivre. Le pb aujourd'hui aucune structure identique pour remettre ces jeunes dans le rang de la société.
Ce n'est pas les grands discours des politiques de droite comme de gauche qui vont changer ce pb actuel, créer par VOUS car votre lacsisme pendant des années donne ce lamentable résultat.
SVP M. Copé un peu moins de suffisance ,l' humilité est une des valeurs de l'intelligence.
Vous avez du mal à être un simple citoyen qui accepte de dire oui nous avons fait des erreurs et nous n'avons pas de solution. Les politiques ne sont pas des surhommes et cela ils ont du mal à l'accepter mais le citoyen l' a bien compris.
Vous le prouver chaque jour, un bon moyen d'évaluation , la multitude des lois pour un même sujet belle preuve d'incompétence.
Comme dèjà dit mais il toujours bon d'insister pas encore à la hauteur pour 2012/2017
Bonne soirée.
La France n'a pas,hélas, le monopole de la violence à l'école! mais les politiques sont largement victimes du syndrome NIH (not invented here) et sont persuadés d'être les seuls dépositaires de l'IDEE originale!
vous êtes ( nous sommes ) membres de deux communautés , l'UE et l'OCDE, qui organisent des groupes de réflexion et d'échange (VISIONARY pour l'OCDE sur la violence à l'école) sur les grands problèmes de société qui nous concernent tous!
Alors, M. Copé, pourquoi ne pas commencer par là?
expérimentons ce qui marche déjà dans certains pays, en l'adaptant si nécessaire, mais de grâce, pas une nouvelle usine à gaz française!
Le coq français doit parfois admettre qu'il existe d'autres nations tout aussi intelligentes que la nôtre et que nous avons tout à gagner à étudier leurs solutions aux problèmes de tous!
Les entreprises du secteur privé l'ont parfaitement compris en lançant l' "open innovation" qui ne minimise en rien les compétences des équipes de recherche de l'entreprise, tout en faisant appel aux idées des autres!
Bravo, camarade Copé,
d'avoir en quelque sorte découvert le traitement social de la violence !
Il va falloir du temps, n'est-ce pas, et des compétences, pour tenter de corriger
la situation d'une seule famille ! Bel engagement donc du premier magistrat de la cité !
Si, si, c(e n)'est pas rien, comme dit souvent un autre premier magistrat.
Bien sûr, le système éducatif mis en échec par une terreur de 11 ans
légitime parfaitement que le relais soit passé à la force policière.
Rien que de très légal certainement, jusque dans respect intégral des procédures
en vigueur, nul doute à ce sujet animera le(a) citoyen(ne) le doigt sur la couture.
Et c'est peut-être dommage !
Il est entendu qu'une famille à l'abandon, qui plus est entachée par la délinquance
d'un de ses membres, il n'est pas inutile de le préciser - ce n'est pas non plus innocent,
n'est-ce pas ? - ; il est entendu donc qu'un tel foyer de contamination de la société
relève de mesures strictes et sévères, que le fruit pourri, en quelque sorte,
ne doit pas gâcher tout le panier.
Devant un problème de cet ordre posé à notre société, n'en viendrait-on pas,
l'instant d'un éclair avant de se reprendre, à souhaiter qu'une faille à l'identité nationale
permette de l'expédier avec la solution au-delà de nos frontières ?
Sérieusement, la question en suspens n'est-elle pas un échec de la réponse éducative
de notre société ? Défaut d'instruction, faillite de la cellule familiale, quelle qu'en soit
la cause, réelle, reconnue, la solution doit-elle être toujours plus de séparation,
de mise à l'écart ?
Le gamin de 11 ans a bien dû en avoir 10, avant, 9, 8, etc. A quel moment est-il devenu
ce caïd à ramasser au panier à salade ? Quelques enseignants démissionnaires
ne sont peut-être pas les seuls responsable de l'échec collectif : services sociaux,
prises en charge... Un peu de mauvais esprit bien volontiers avoué reconnaît
de même qu'un monde parfait où cent pour cent de scolarisation bien menée
conduisant à cent pour cent d'intégration sociale et professionnelle bien vécue
n'existe pas. Il n'en reste pas moins choquant, oui, choquant, de présenter
comme exemplaire le retrait de son établissement scolaire par la police
d'un gosse de onze ans. Il a dû échapper, celui-là, au dépistage précoce
et systématique des sujets dangereux préconisé il n'y a guère par un tenant
de la politique du chiffre dans tous les domaines... Il y a donc bien plus
d'une génération que le système scolaire laisse passer des drôles
qui ont manqué des leçons au passage !
Quant à l'expérience "par classe", pourquoi pas par case ?
Allons, il est temps de s'apercevoir vers quelle idéologie, celle du meilleur des mondes,
nous entraîne le parti qui ne veut surtout pas faire d'idéologie !
Economie, éducation, quel sera le prochain sujet dans lequel vous nous ferez lire
votre conceptiion de notre bonheur futur, très cher camarade ?
Epouvanticipablement.