Le cas Liu Xiaobo
Le procès en appel du dissident chinois montre une volonté inchangée de répression et de dissuasion.
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La Chine de la modernité et de la croissance économique vient encore de se montrer incapable de traiter l'opposition politique autrement que par la brutalité. Ni ouverture ni dialogue ne sont accordés à ceux qui tentent de réclamer une démocratisation du régime. Le procès en appel de Liu Xiaobo montre au contraire une volonté inchangée de répression et de dissuasion. Ce célèbre dissident est coupable d'avoir été, il y a deux ans, l'un des principaux rédacteurs de la «Charte 08» réclamant le développement des libertés publiques et la fin du monopole du parti communiste.
En Chine, en 2008, près de 300 intellectuels cosignent ce texte dense et détaillé, puis le manifeste se répand sur Internet. Cette démarche rappelle Vaclav Havel et la charte 77 que le régime tchécoslovaque d'il y a plus de trente ans n'avait pas réussi à étouffer. Les autorités ont vite repoussé cette charte et arrêté Liu Xiaobo en décembre 2008 pour « agitation visant à la subversion contre l'Etat ». Un an plus tard, il est condamné à onze ans de prison. Puisque la loi le permet, il fait appel.
Un curieux mélange de mises en scène va accompagner ce procès: la tradition de secret de la justice chinoise dans ce genre de cas s'accompagne du besoin de faire savoir sans délai quelle va être la sévérité d'un verdict décidé d'avance. La date de l'audience n'est publiée nulle part. Mais les deux avocats du dissident ne sont pas empêchés de l'indiquer aux journalistes et diplomates occidentaux qui leur téléphonent.
Presse étrangère sous surveillance
9 heures, le 11 février. Les abords du tribunal populaire supérieur de Pékin sont bouclés. Des hommes en uniformes patrouillent dans les rues alentours, d'autres sont entassés dans les lourds véhicules de police qui encerclent le bâtiment. Quelques quatre-vingt journalistes et preneurs d'images - Européens, Américains, Japonais ou Chinois de Hongkong - sont venus dans l'espoir d'avoir des précisions sur le déroulement de l'instance. Ils sont dirigés vers les grilles fermées de l'entrée sud du tribunal, non loin du bruyant deuxième périphérique. Ils doivent montrer leur carte de presse puis prendre place dans un espace «briefing area» délimité par des cordons jaunes et noirs.
Là, chacun est ostensiblement filmé et photographié par des policiers. L'un d'entre eux - souriant et d'habitude affecté au service des visas de presse - entame avec les journalistes qu'il connait une discussion sur la fraîcheur de la température. Louable effort de relations publiques, tandis qu'un peu plus loin, un officier recommande à ses hommes polyglottes de noter et pas seulement d'écouter ce que se disent tous ces étrangers.
Une trentaine de diplomates de pays d'Europe, des Etats-Unis et du Canada sont également présents. Autorisés à entrer dans le tribunal par la porte ouest, ils doivent rester dans le hall. A l'audience ne se trouvent que les magistrats avec en face d'eux les avocats, des membres de la famille de l'accusé dont Liu Xia, sa femme, et des fonctionnaires du ministère de la Justice venus contrôler la bonne tenue des «débats».
Vers 9h 20, les avocats sortent du tribunal par la porte nord. Lorsque l'un d'eux rallume son téléphone portable, il est joint par l'AFP. Qui peut ainsi prévenir la journaliste de l'agence présente à la porte sud: confirmation des onze ans de prison pour Liu Xiaobo. Dans le hall du tribunal, les diplomates ont entendu l'énoncé du verdict, diffusé par haut-parleur.
Tous ensembles, ils quittent les lieux et se dirigent vers la presse. Le chargé des questions de droits de l'homme de la délégation européenne lit un texte demandant que «Liu Xiaobo soit libéré sans condition». Le conseiller politique de l'ambassade américaine explique que «la Chine doit respecter le droit de tous les citoyens à l'expression paisible de leurs opinions politiques».
Pas de campagne de presse pour appuyer la condamnation
Les procès de dissidents chinois ne s'appuient pas sur de cruelles manipulations staliniennes et ne sont pas entourés de violences comme sous le maoïsme. Ils rappellent plutôt les pratiques routinières de l'URSS de Brejnev où il s'agissait de décourager la contestation et de répliquer aux protestations occidentales. La différence est qu'aujourd'hui en Chine aucune campagne de presse ne vient lourdement approuver les condamnations de dissidents.
Est-ce qu'au yeux du gouvernement trop de publicité risquerait de provoquer des débats dangereux? En tout cas, la confirmation de la peine de Liu Xiaobo n'a donné lieu qu'à un communiqué du tribunal. Ce qui suffit pour que les sympathisants du dissident et le monde des internautes soient avertis du risque qu'il y a toujours à contester la suprématie du parti. Même le porte-parole du gouvernement évite de commenter «une affaire de justice».
Eviter d'ouvrir des débats publics ou s'abriter sous une séparation des pouvoirs qui n'est qu'un leurre, autant d'exemples de ce que dénonçait la charte 08 de Liu Xiaobo.
Richard Arzt
Image de une: Manifestation de soutien à Liu Xiaobo, le 12 janvier à Hong Kong. REUTERS/Bobby Yip
Mis à jour le 16/02/2010 à 17h23










































Pour enfermer un intellectuel pacifiste et, il faut le rappeler, nationaliste au sens patriotique du terme, il faut ne connaître que la peur. Ce gouvernement a peur que la situation lui échappe au point de devoir partager le pouvoir avec d'autres, ce que tout régime totalitaire qui se respecte ne peut tolérer; sa réponse consiste donc à diffuser une peur proportionnelle à la sienne. L'article en parle très bien en rappelant l'ère Brejniev mais le monde a beaucoup changé depuis et la discrétion est désormais de rigueur. Effectivement pour éviter un débat qui n'est (doux euphémisme!) pas souhaité mais aussi parce que ça arrange tout le monde, Occident compris! Là encore, c'est la peur qui conduit le train d'enfer, peur de rater quelques contrats, peur de devoir réagir, communiquer, sur un dossier sensible, peur de perdre la face avec des menaces sans consistance ni même plausibilité. L'affaire Liu Xiaobo, qui ne s'achèvera jamais, les signataires de la charte 08 ayant réclamés la même peine d'emprisonnement, c'est le grand art de la communication totalitaire globalisée. Là où il y a encore quelques années des mouvements de soutien autrement plus conséquents et des prises de position officielles autrement plus dignes et courageuses répondaient à cette dictature du vide, il n'y a plus désormais qu'une autoroute à grande vitesse au seul usage du rouleau compresseur de l'économie planétarisée. D'une certaine façon, si le monde tel qu'il est aujourd'hui a un avenir, alors c'est qu'il s'appelle Liu Xiaobo - le seul à ne pas avoir peur.
Quelle que soit la sympathie que l'on puisse éprouver pour les dissidents chinois, n'y a-t-il pas quelque naïveté à écrire : "Ni ouverture, ni dialogue ne sont accordés à ceux qui tentent de réclamer une démocratisation du régime."
Un régime totalitaire ne peut accorder ni ouverture ni dialogue. s'il le faisait il signerait son arrêt de mort. L'exemple de la Tchécoslovaquie est, à cet égard, assez parlant.
De plus la libération des régimes totalitaires s'est toujours faite dans un contexte économique désastreux, alors que la Chine est économiquement florissante.
Seule une révolte populaire de grande envergure pourrait faire entrevoir un changement politique en Chine, et d'ici là, le régime chinois est condamné à appliquer une répression implacable ou à disparaître.