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Santé: avoir un gros QI protège le cœur

Jean-Yves Nau, mis à jour le 13.02.2010 à 15 h 25

Moins votre QI est élevé plus vous risquez de mourir d'une maladie cardiovasculaire.

Les statistiques médicales sont parfois aussi surprenantes que cruelles. Ainsi en est-il de cette peu banale publication signée de spécialistes britanniques de santé publique; une publication qui vient bouleverser quelques idées généralement très répandues concernant les facteurs de risque et les populations les plus exposées au risque de mourir d'un l'infarctus du myocarde ou d'une autre maladies cardiovasculaire.

Ce travail signé d'un groupe du Medical Research Council britannique dirigé par David Batty vient d'être publié dans l'European Journal of Cardiovascular Prevention and Rehabilitation. Il établit que plus que le niveau des revenus, plus que l'hypertension artérielle ou que l'absence d'exercice physique c'est  le faible niveau du quotient intellectuel (QI) qui constitue le facteur de risque le plus important de mourir prématurément d'une maladie cardiaque. Seule la consommation régulière de tabac dépasse le risque associé à de faibles performances aux tests cognitifs.

Les chercheurs fondent leurs conclusions sur des observations patiemment effectuées dans une population  de 1.145 hommes et femmes âgées de 55 ans au début de l'étude et surveillées durant une période de vingt ans. Les conclusions sont sans nuances. Par ordre décroissant de risque (évalués indépendamment les uns des autres) on trouve le tabagisme, un faible QI, un faible niveau des revenus, des chiffres anormalement élevés de pression artérielle systolique et la sédentarité. Conclusions: dans cette population, les scores les plus bas de QI sont associés à un accroissement des taux de maladies cardiovasculaires et de la mortalité qui en résulte.

Comment comprendre qu'un faible quotient intellectuel puisse, contrairement à tout ce que l'on imaginait, représenter un indicateur majeur du risque de mortalité cardiovasculaire? Comment établir raisonnablement un lien entre d'une part un faible niveau d'études et de revenus et, d'autre part, des affections souvent perçues comme la conséquence organique des stress caractéristiques des niveaux d'études et de revenus élevés? Pour les spécialistes qui ont eu connaissance de ces résultats statistiques, les explications ne manquent pas. Des difficultés dans l'accès au système de soin, des conditions de vie moins salubres que la moyenne de même qu'une hygiène de vie laissant à désirer pourraient être directement impliqué.

Avec le pragmatisme qui souvent les caractérise, les chercheurs britanniques proposent une explication plus radicale pour ce qui est de la corrélation «faible QI» et «risque accru de mortalité cardiovasculaire». Ils estiment ainsi qu'il existe «un certain nombre de mécanismes plausibles» de nature à l'expliquer ayant notamment à voir avec la perception de ce qu'est un «comportement sain».

Pour David Batty, il est d'ores et déjà important de tirer les conclusions pratiques de ces résultats, le niveau de QI étant à prendre en compte dans la gestion du risque personnel d'affection cardiaque. «Les campagnes de santé publique devraient se concentrer sur les facteurs de début de la vie connus pour être de nature à augmenter le niveau de QI et à lutter contre les inégalités sociales, commente Ioanna Tzoulaki, spécialiste d'épidémiologie à l'Imperial College of London. Dans le même temps, les messages de santé publique vis-à-vis des facteurs de risque connus, comme l'alimentation, doivent être simplifiées. »

En Grande-Bretagne, l'Advocacy Group British Heart Foundation plaide déjà pour que l'étiquetage sanitaire des aliments se borne à un code couleur renseignant en un clin d'œil les consommateurs — quel que soit leur QI — sur les produits à risque cardio-vasculaire élevé, moyen et faible. Mais d'ores et déjà une question essentielle se pose: le test du QI va-t-il être bientôt ajouté à la liste des examens médicaux et biologique visant à évaluer le risque cardiovasculaire de chacun d'entre nous?

Jean-Yves Nau

Image de une: Charles Bell (1774-1842): The Anatomy of the Brain, Explained in a Series of Engravings. London: T.N. Longman and O. Rees (etc.), 1802. Mis en ligne par brain_blogger

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