Mettre la spéculation hors la loi
Face à la spéculation sauvage qui mord la main qui l'a sauvée, les Etats doivent réaffirmer leur autorité sur les marchés.
- -
Au début, la spéculation a généré la crise. Désormais, la spéculation veut tirer profit de la crise. En attaquant aujourd'hui la Grèce, et demain d'autres pays peut-être, elle mord la main qui l'a tirée du naufrage. La crise n'est pas terminée, mais les opérateurs financiers ont déjà tourné la page du sauvetage des banques qui aura coûté 3.770 milliards d'euros en Europe et 12.800 milliards de dollars aux Etats-Unis selon les chiffres publiés par l'Agefi, agence spécialisée dans l'information économique et financière.
Ils ont vite oublié qu'ils n'existent plus que grâce aux flots de liquidités injectées par les Etats pour empêcher le blocage des économies. Et que les Etats, pour remédier à leurs excès, ont été contraints d'accumuler de la dette. C'est précisément cette dette qui se retourne aujourd'hui contre ces Etats, à cause de la pression exercée par les mêmes spéculateurs.
Spéculation et complaisance
Les spéculateurs font ainsi un bras d'honneur aux Etats qui sont venus à la rescousse d'un système dont ils ont abusé. Ces Etats sont abusés, et les contribuables - particuliers et entreprises - avec eux. Car il faudra bien tirer les conséquences de l'accumulation de dette, ne serait-ce que pour rembourser les intérêts générés par les emprunts souscrits d'abord pour sortir de la crise et ensuite pour soutenir la monnaie. Ce sont les mêmes qui spéculent, les mêmes qui attaquent en dehors de toute régulation. La spéculation jouit d'une situation au-dessus du droit commun. La démission des dirigeants politiques n'en est que plus flagrante. Réagiront-ils? Déclareront-ils la spéculation hors-la loi?
Le propos peut paraître réducteur. C'est pourtant bien ainsi que se pose la question. Il serait intéressant de voir les réactions d'une banque si un particulier qui lui aurait emprunté de l'argent venait à tout perdre au jeu et serait dans l'incapacité de la rembourser. La banque lui octroierait-elle un autre emprunt pour qu'il retourne jouer? Les Etats, eux l'ont fait... pour les spéculateurs. Que feront-ils pour que les opinions publiques qui vont devoir faire face à plus de rigueur (dans la protection sociale, les retraites, etc...) n'aient pas l'impression de payer pour les excès de complaisance?
Un rôle de prédateur
Certes, les tenants de stratégies économiques complexes pourront expliquer que la spéculation n'existe que pour recréer des équilibres. Et que, en l'occurrence, concernant les attaques contre la Grèce et contre l'euro, elles sont le résultat de l'absence de gouvernance économique en Europe et du laxisme du gouvernement pour renforcer la crédibilité de la monnaie européenne. C'est juste.
L'Union européenne ne va pas au bout de son projet, la spéculation en tire les conclusions. C'est pourquoi, dans l'urgence, l'Union européenne et le tandem franco-allemand en tête manifestent subitement leur détermination politique pour répondre à une attaque contre l'un des membres de l'Union. Vue sous cet angle, la spéculation en tant que prédateur aura joué son rôle en obligeant les autorités politiques à faire avancer l'Europe, et à consolider la monnaie unique en même temps. Mais faut-il en passer par ces états de crise qui, peu ou proue, laissent toujours des cicatrices?
A l'épreuve des souverainismes
L'Allemagne, notamment, ne souhaitait pas d'une réplique à la spéculation qui pourrait être perçue comme une prime au laxisme de certains pays. Mais elle est aussi contrainte de défendre l'euro, comme la France. Toutefois si certaines opinions publiques en viennent à mettre la Grèce - ou d'autres pays - au ban de l'Europe, les gouvernements qui n'auront pas fait avancer suffisamment vite l'Europe politique n'auront réussi qu'à conforter les eurosceptiques et raviver les souverainismes. Mettant en péril une nécessaire solidarité au sein de l'Union.
«Business as usual»
Avant la crise, les libéraux reprochaient aux Etats d'être de piètres gestionnaires pour qu'ils leur laissent l'initiative de l'économie. On a vu le résultat: sans les Etats pour venir à la rescousse du système libéral, il n'existerait plus de système du tout. Sans Etats, le libéralisme pétrifié gèlerait sur pied. Faut-il, malgré tout, revenir à ce système et laisser s'exprimer de la même façon les forces qui ont entraîné la crise?
Le financier George Soros, lui-même à l'origine des attaques contre la livre en 1992 lorsque l'économie britannique était en crise, n'est pas le dernier à mettre en garde contre l'action des spéculateurs. Il le fit avant la crise, prêchant dans le désert. Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, ancien vice-président de la Banque mondiale, déplore dans son dernier livre «Free fall» qu'aucune leçon n'ait été tirée de la crise, et que tout recommence avec les mêmes acteurs dans les mêmes rôles et avec les mêmes dérives en puissance pour un «business as usual» joué dans la bulle de Davos selon une ahurissante partition.
A quand, une vision pour l'Union?
Les gouvernements resteront-ils dans le sillage des marchés pour que rien ne change, au risque de s'attirer les foudres des opinions publiques? Ou refuseront-ils de faire le jeu des spéculateurs en inventant de nouvelles règles, qui passent forcément par l'affirmation politique d'une gouvernance en l'occurrence européenne? «La construction communautaire est trop complexe et par trop inédite pour être comprise d'acteurs de marché qui n'ont pour ligne d'horizon que l'immédiat lendemain», affirme Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schumann, lui-même pourtant fort libéral.
Toutefois, les habituelles professions de foi ne suffiront pas: l'Union européenne à 27, première puissance économique mondiale a besoin, selon Jean Dominique Giuliani, d'un «projet politique global, de longue durée, solide et sérieux, qui n'avance - hélas - qu'au gré des circonstances à défaut de visionnaires qui aient le courage de les anticiper.» La spéculation profite de cette absence de vision. Combien de temps encore?
Gilles Bridier
A lire sur le même sujet, par Eric Le Boucher: Les Européens s'en remettent aux marchés pour sauver la Grèce - Tragédie grecque, débandade européenne - L'arnaque grecque
- L'euro en pleine crise de confiance
- Quand l'Europe est en panne, l'euro est attaqué
- Qui s'engraisse sur le dos de la Grèce? Les banques!
Mis à jour le 13/02/2010 à 19h02










































Compliments pour cet article fulgurant qui, sans remettre en cause ni l'idée européenne ni l'esprit d'entreprise, secoue les mêmes poncifs archaïques qui aujourd'hui détruisent notre Monde.
Ce que vous dites-là, les questions que vous posez, c'est aussi le fil de ma pensée depuis de bien nombreuses années. C'était plutôt lié à une conviction intuitive et aux effets du bon sens qu'à une connaissance des mécanismes de l'économie. Toujours est-il que jamais je n'ai pu affirmer mon opinion sur ce "système aberrant" sans me faire rabrouer ou traiter de pauvre idiot idéaliste, dans les milieux que je côtoie, lesquels sont représentatifs de la majorité bien pensante et bien soumise.
Et puis miracle! Ces derniers temps et la crise bien installée, je découvre comme mes vues étaient réalistes et visionnaires. Heureusement j'étais loin d'être le seul, car je constate que tous les "rabroués" de la terre aujourd'hui redressent la tête pour crier à la folie, à la démesure et à l'immoralité de ce système financier. Ils crient devant l'avalanche inéluctable qui attend ce système et qui va dans la même chute briser, voire éliminer des millions de vies humaines innocentes. Je constate que quelques journalistes comme vous et des économistes enfin lucides commencent à proposer les germes d'une "troisième voie" qui ne sera ni socialiste, ni néo-libérale. Il faudra cette terrible crise, qui n'en est qu'à ses débuts, pour abattre entièrement l'ancien système de pouvoir financier et l'empire qui le représente. La photo de défaite en tête de votre article est fort à propos et fait même plaisir à voir: la fin d'un monde, donc l'espoir d'un meilleur pour lui succéder.
Je ne suis pas un spécialiste, mais ce n'est pas difficile pour un citoyen lambda d'entrevoir et de réclamer une société où chaque entreprise humaine sera financée en fonction, d'abord de son potentiel d'utilité au développement commun, puis de ses réussites effectives; et non plus en fonction des fluctuations néfastes et hasardeuses de ce qui a été un véritable casino, une sordide maison de jeux, et ne sera plus de ce monde dans quelque temps.
Il faudra donc bien plus que des réformes régulatrices. Non seulement au cœur de l'Union européenne, mais aussi au cœur du Monde entier, une révolution s'imposera par la nature même des choses et de leur évolution. On ne prêtera plus aux riches parce qu'il sont riches. On prêtera à ceux qui travaillent et à ceux qui développent. Des commissions, organismes et tribunaux élus démocratiquement à divers niveaux (régions, nations, continents, globe), jugeront du bien fondé ou non d'attribuer la manne nécessaire aux individus et entreprises, en fonction des buts sociétaux établis démocratiquement. Même s'il y aura parfois des litiges, ce sera mille fois plus juste et efficace que les jeux de hasard, de mode et de rumeurs. La Bourse, cette institution antédiluvienne aura disparu. On ne se remplira plus les poches à boursicoter. On le fera en travaillant pour sa communauté, qu'elle soit locale ou mondiale. Le capital sera ce qu'on acquiert par cette activité, par la plus-value apportée à l'économie réelle. On pourra peut-être appeler cela le socio-capitalisme.
J’essaie d’imaginer un peu la vision du monde que vous avez.
Il me semble que ce sera effectivement plus juste, mais l’efficacité, j’en suis moins sure. Et ce, parce que la bureaucratie nécessite un temps énorme avant de pourvoir avancer sur n’importe quel sujet. Ainsi les risques de corruptions seront nettement plus grands qu’avec le modèle d’aujourd’hui tout simplement parce que ce sera le seul moyen de faire quelque chose dans un temps à peu près convenable.
En écrivant, je me rends compte également d’un autre problème. Par exemple, vous avez une idée révolutionnaire, mais en la présentant à une ‘’commission’’ celle-ci aura toute les informations pour refiler à leur amis l’idée. Ainsi donc, le suis pas sur que ce système ‘’égalitaire’’ le sera réellement car cela créera plus facile une ‘’élite’’ et il sera impossible de changer de clase sociale sauf au bon vouloir des ‘’décideurs’’.
Le système actuel n’est pas parfait, mais il permet à quelqu’un avec de bonnes idées et bosseurs d’arriver à quelque chose. Il est vrai que ce n’est pas facile, mais c’est possible et le seul capable de changer ça, c’est la personne même.
La ‘’spéculation’’ est une façon de réguler le marché parce qu’il faut être naïf de croire que tout peut monter jusqu’à l’infini (Comme par exemple une dette…). Et que le marché se charge de cette tâche n’est pas une mauvaise chose car c’est ce qu’il y a de plus ‘’neutre’’.
Votre opinion sur la bourse n’est pas du tout la mienne. Tout simplement parce que la bourse n’est pas une loterie. C’est un lieu sur lequel n’importe quelle entreprise peut trouver des financements sur ses investissements. Seule la présentation de son investissement et la viabilité économique définira la réussite du financement. C’est donc la encore une manière de ne pas faire n’importe quoi.
Par contre, il y a des dérives, c’est indéniable. A commencé par les Etats qui utilisent un système qui ne peut correspondre au système économique qui les caractérise. Leurs décisions ne sont pas prises en fonction de la rentabilité de tel ou tel projet, mais en fonction des besoins. La dérive vient du fait que leurs investissements ne sont pas nourris pas un besoin de retour sur investissement à moyen terme. Une entreprise agirait de cette façon n’aura aucune chance de survie économique.
L’effet ‘’mouton’’ est également une dérive : ‘’On sait qu’une bulle est en train de se créer, mais j’investi dedans car ça continu de monter’’ (hummm… retour sur la naïveté de tout à l’heure)
Les matières premières soumis au marché, ca aussi, je trouve que c’est une dérive. Quoiqu’on pourrait les séparer en 2 catégories distinctes : les denrées alimentaires et les autres. Une denrée alimentaire soumis au marché, c’est un non sens social.
Il doit y avoir d’autres dérives…
Bref, le système actuel mérite des corrections, mais le changer du tout au tout, je suis loin de croire que l’on gagnera vraiment au change. N’est pas le seul système qui a réussi à survivre jusqu’ici alors que tous les autres se sont auto disloqués ?
L’effondrement de ce système ne viendra pas de lui-même, mais plutôt de ces dérives. Parce que sa stabilité vient du fait de sont autorégulation infaillible à ce jour, aussi violente puisse-t-elle être.
Personnellement, je serais beaucoup plus critique sur la société de consommation à outrance que sur le système financier sur lequel elle s’appuie.
@testatio : Vous écrivez: "N’est [ce] pas le seul système qui a réussi à survivre jusqu’ici alors que tous les autres se sont auto disloqués ?"
Eh bien attendez un peu, nous allons bientôt voir ce qui se passe avec le système auquel vous semblez être attaché si aveuglément. Je ne le dis pas méchamment, je le dis pour vous inviter à prendre réellement la mesure de ce qui se passe en ce moment dans la finance. Si les questions de la spéculation et d'une nouvelle vision sont posées ici dans cet article, ce n'est pas pour des prunes. Ce n'est plus de "dérives" dont il est question aujourd'hui, mais d'un écroulement total! Tout le monde en parle, ne restez pas sur les ronrons de la télé ou les désinformations de la presse écrite, allez lire les blogs d'économistes et d'autres experts de toutes trames, de Paul Jorion à Jacques Attali en passant pas Pierre Jovanovic. Cherchez, il n'y a pas que Slate, vraiment! Voyez même les conseils de la Société Générale qui explique comment faire le sauvetage de votre fortune!
J'espère que vous lisez l'anglais car cet article est remarquable: "Sovereign alchemy will fail" by Egon von Greyerz – Matterhorn Asset Management. Ce M. von Greyerz est un financier lui-même. Il a donc été longtemps un fervent supporter du système que vous défendez. Ce qu'il nous annonce dans cet article n'est pas le monde rose et rétabli par quelques régulations comme vous semblez vous illusionner. Il nous montre avec franchise comme le système présent est de toute évidence en pleine déconfiture. Il explique ce que sa clientèle a de mieux à faire.
Ce ne sont pas des petits patchs appelés "régulations" qui vont résoudre la faillite totale. Il va donc falloir lancer un nouveau paradigme, ou reprendre certaines bonnes choses du passé tout en y ajoutant le génie nouveau. Je ne pense pas que la spéculation y trouvera jamais plus sa place. La finance sera toujours une nécessité, tout autant que d'autres commodités qui nous sont aujourd'hui si chères (systèmes de transport, éducation, justice, etc) mais puisque c'est un secteur stratégique de par sa propre nature, la finance devra rester sous le contrôle de l'autorité publique et de la population (tout comme la justice n'est-ce pas?) par voie démocratique, et non pas sous le contrôle de compagnies privées par lesquelles l'abus de pouvoir est inévitable. Il nous restera simplement à réinventer les règles du jeu du financement, de manière à ce qu'elles soient justes, efficaces et morales.
A ce point il ne s'agira plus que de technique. Vous dites qu'une commission de financement offrirait le risque de dévoiler vos secrets. Celle-ci se fera certainement à huis-clos. Je ne vous comprends donc pas. Pensez-vous que pour une demande de prêt conséquent, votre banque privée ne fait pas passer votre dossier par toutes sortes de commissions internes? Si c'est un financement en faveur d'un projet industriel, un design ou une invention, il en va de même. Mais le professionnel sait très bien quels éléments il ne doit pas dévoiler dans un dossier de financement. Rien ne changera en fait dans la profession de la finance de demain. La seule chose qui changera sera le fait que la valeur des choses sera établie sur la plus-value réelle, sur leur difficulté à les obtenir, sur le travail fourni, et non plus sur des bulles ou des chutes spéculatives.
Ainsi que le dit Guiness par ailleurs, il semble qu'il n'y ait plus qu'une solution pour faire comprendre à tous, gouvernements et partis politiques, que le peuple veut que les choses changent dans le sens que vous préconisez, c'est de faire la révolution.
Dans mon esprit il n'est évidemment pas question de ressortir fourches et piques comme en 1789, mais peut-être pourrait-on refuser de se rendre aux urnes tant que la situation financière n'aura pas été assainie par l'état ?
Rassurez-vous Stix… ce qu’il se passe dans la finance, je pense avoir un aperçu à peu près clair.
Ce qu’il se passe dans l’économie, beaucoup moins, tellement c’est vaste.
Je pense que, comme beaucoup de monde, vous avez un peu d’argent à la banque. Et que cet argent en dépôt vous rapporte un petit quelque chose. Si ce n’était pas le cas, seriez-vous prêt à laisser votre argent dormir à la banque ? Mais ces intérêts, ils n’apparaissent pas comme par magie.
J’imagine que vous travaillez (ou que vous avez travaillé). Chaque année, une petite augmentation fait plaisir, et quand il n’y en a pas, les syndicats se rappelle au bon souvenir des ‘patrons’. Cette petite augmentation oblige l’entreprise à croître. Sinon, elle perd de l’argent, et fini en liquidation. Ainsi donc, pour croître, elle doit investir, se développer, chercher de nouveaux marchés et de nouvelles idées.
Ainsi donc, chaque personne possédant un compte en banque ou un travail profite de ce système. C’est d’ailleurs la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’un si grand nombre de personne profite du système économique en place.
Me suis-je peut être mal exprimé, mais il me semble n’avoir écrit nulle part qu’il fallait « réguler ». Je suis loin de me bercer d’illusions, surtout que ce sont ces tentatives désespérées des gouvernements de réguler le système qui l’ont finalement déréglé.
Le fait de savoir s’il faut mettre les cours du blé ou du riz en bourse ou mettre en place un prix connu de tous, ce n’est pas une régulation. Pour moi, l’abus actuel, c’est que certains acteurs ne devraient pas apparaître dans ce système : les denrées périssables, les dettes des gouvernements etc… Pour le reste, le système fonctionne, et il fonctionne bien !!
D’ailleurs, les premiers spoliés, ce sont les pays du tiers monde a qui l’on a obligé de vendre leurs produits à des niveaux si bas que l’on entretenait leur misère et donc leur dépense vis-à-vis de nous. (Mais c’est un autre débat)
Je vous remercie de l’article. Rassurez-vous, je n’avais pas besoin d’un nième article pour savoir que la dette des états est la prochaine bulle, et que là, il n’y aura pas de gouvernement derrière pour sauver les entreprises.
Mais, contrairement à vous, je ne crois pas que ceci amorcera la fin du système. Parce que je refuse de croire que lorsqu’il faut enfin rembourser ses dettes, on dit « non on change le système ». Je suis persuadé que c’est nettement plus dangereux que d’accepter une réduction de nos trains de vie.
Cela fait environ 30 ans qu’en France on vit au dessus de nos moyens. Alors, quand je vois certaines personnes s’arc-bouter sur leurs ‘avantages acquis’ décidé par des politiques qui ont mené le pays à la faillite, je me dis que le système capitaliste est juste : Il est impossible de tricher… même pour les plus puissant.
C’est déjà une bonne chose que l’on commence à prendre conscience que les dettes des gouvernements sont un risque. Il ne reste plus qu’un Pas pour réorganiser notre société pour que la dette qu’on accumule chaque année se résorbe. Parce que nous en sommes tous responsable : SECU, éducation, chômage, retraite, justice, aides etc…
Mais, en regardant les syndicats (partenaires sociaux, soit disant), j’ai plutôt tendance à croire qu’ils ne cherchent pas à protéger nos avantages, mais seulement ce la génération précédente, au détriment de celle à venir.
L'Etat-nation est souverain et décide de son sort ainsi que des politiques à suivre - avec plus ou moins de latitude selon qu'il appartient ou pas à un groupe formel tel l'UE.
Mais l'Etat-nation a besoin d'argent pour fonctionner et doit se financer. Il est donc de fait dépendant des financiers à deux titres :
- en tant qu'Etat, ses conditions d'octroi de prêts ou de placement d'obligations sont directement liées à sa situation budgétaire et à sa capacité réelle ou supposée à rembourser.
- en tant que membre d'une union, il est également soumis à la situation de ses coéquipiers membres de l'union, via sa monnaie et les taux directeurs notamment.
On voit ici que la France est aujourd'hui doublement pénalisée : elle vit avec un déficit budgétaire récurent depuis 20 ans, sans que rien ne puisse faire entrevoir une sortie prochaine de cette situation préoccupante qui la fragilise vis-à-vis des marchés financiers, elle fait de plus partie d'une union européenne sans véritable gouvernance économique commune, qui rend les membres les plus fragiles telle la Grèce très exposés.
La solution ? Certains souverainistes rêvent d'une sortie de la France de l'UE, ce qui serait à mon sens suicidaire à moyen terme - la France n'est pas la Suisse, archétype d'un Etat financièrement indépendant car riche et extrêmement bien géré... Non, la solution passe d'une part par le rétablissement de finances saines en France, qui lui donnerait une vraie crédibilité et une indépendance personnelle vis-à-vis du marché - à l'instar de l'Allemagne - , et d'autre part par un véritable gouvernement économique européen donc par un renforcement de l'intégration européenne aujourd'hui complètement en panne.
Bien sûr, il faut à l'évidence renforcer la régulation afin de contrer la puissance des marchés... mais n'oublions pas que le génie tout particulier de ces mêmes marchés est justement de toujours trouver la faille qui va permettre de contourner le système.
Quand Mme. Arnaud commence à parler de révolution il est clair que les choses vont mal!
Mais sous un gros titre digne d'un western, M. Bridier répond bien à ses propres questions :
"les tenants de stratégies économiques complexes pourront expliquer que la spéculation n'existe que pour recréer des équilibres. Et que, en l'occurrence, concernant les attaques contre la Grèce et contre l'euro, elles sont le résultat de l'absence de gouvernance économique en Europe et du laxisme du gouvernement pour renforcer la crédibilité de la monnaie européenne. C'est juste."
En effet.
Et Mme. Arnaud fait bien d'appeler les gouvernements à leurs responsabilités - en commençant par le gouvernement grec en l'occurrence.
Mais pas avec des réponses idéologiques de tous bords - 'neocon' ou 'anciencom'. Simplement en appliquant du bon sens. Ce qui n'a pas été fait.
Plutôt que de ne pas retourner aux urnes comme suggère Mme. Arnaud, je propose une autre façon de voter - de comptabiliser les votes en blanc dans tout résultat. Ainsi le citoyen peut exercer son devoir civique tout en exprimant son désaveu pour les politiques proposées- de droit comme de gauche
Manifestement celles d'aujourd'hui ne correspondent ni aux solutions désirés ni aux souhaits d'un électorat excédé.
Vous avez tout à fait raison : les choses vont mal et je ne suis pas la seule à le dire.
Vous pensez bien qu'aucun gouvernement, sentant le vent du boulet, ne vous suivra dans votre préconisation : comptabiliser les votes blancs. Cela ne s'est jamais fait, à ma connaissance.
Il reste donc la mienne, qui si elle était suivie de façon importante pourrait être révolutionnaire à peu de frais.
Imaginez un scrutin où le nombre des votants n'atteindrait pas le quorum requis pour être validé : quelle plus belle claque !
Très cordialement.
P.S. Après avoir écrit cela je pense que je vais souscrire un contrat d'assurance d'aide juridique. On ne sait jamais.
En démocratie, on considère que les citoyens sont adultes et que la décision majoritaire s'impose à tous.
Mais encore faut-il que le vote soit l'expression d'une opinion. On en fait quoi du vote blanc ? Tout le monde va pouvoir l'interpréter à son avantage, et la cacophonie n'en sera que pire.
Ce qui caractérise la démocratie, c'est que l'on a l'élu que l'on mérite. Je n'ai pas voté pour ce Président, mais son élection est incontestable et s'impose à moi. A défault d'avoir vu l'élection de mon candidat, j'ai au moins la satisfaction de n'être pour rien de l'élection de celui qui a gagné. Et je n'ai plus qu'à espérer en attendant les élections qu'un meilleur candidat saura s'imposer. Ceux qui ont voté pour lui et qui aujourd'hui sont déçus n'ont à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ceux qui n'ont pas voté ou qui ont voté blanc n'ont à s'en prendre qu'à eux-mêmes.
Si on réalise que le personnel politique que l'on a mis en place est médiocre ou incapable de faire face à une situation de crise postérieure à l'élection, il faut utiliser les moyens qui existent dans le système démocratique pour lui faire changer sa politique. Après tout, les manifestations dans la rue ont fait reculer tous les gouvernements à un moment ou à un autre.
Alors, ce n'est pas parfait. les minoritaires ont toujours l'impression que les medias sont vendus ou que leur candidat a moins bien menti que son adversaire. :~)
Mais l'alternative c'est qu'une minorité estime qu'elle détient la vérité et qu'elle a la légitimité pour l'imposer à la majorité.
La spéculation est une disposition caractéristique de l'individualisme radical qui mise sur des gains à capter sur le dos du bien commun. La notion de valeur qui le justifie est celle qui se définit en totale abstraction du bien commun au contraire des "valeurs" qui sont toujours culturelles et communautaires. C'est pour cela que la spéculation financière, la spéculation intellectuelle qui la justifie, l'individualisme, les corporatismes aussi ont même source.
Pour en savoir plus "Le Sens de la spéculation" sous titré "l'alternative communautaire" http://coherences.com/BLOG-HM/2010/01/le-sens-de-la-speculation/
Quant au nouveau paradigme réclamé à juste titre dans les commentaires voir : "Le paradigme communautaire" http://journal.coherences.com/article405.html
Le Sens du bien commun doit devenir le critère de jugement et d'évaluation donc, de toutes valeurs. Seulement il faut renouveler la notion de communauté dans la gestion des affaires humaines, seul terrain d'identification d'un bien commun.
Pour les habitués de Slate, et si Hercule Poirot et Roger Nifle n'était en fait qu'une seule et même personne ?
cordialement,
El Gato fait des remarques très pertinentes. Mais il existe plusieurs façons d'arriver à une majorité. Pas seulement celle de la majorité absolue comme elle est pratiquée en France et surtout en GB.
Le système des deux tours pratiqué en France permet de refléter momentanément les diverses opinions mais la finalité est toujours la même - une opposition farouche et parfois triviale gauche-droite.
En Allemagne par exemple ils ont un système de proportionnel qui tient compte à la fois des votes en circonscription et le vote globale du pays. Ils semblent s'en sortir pas trop mal.
La majorité absolue impose des choix manichéens par peur du chaos et non pas, je soupçonne, par respect d'un électorat 'adulte'.
Le vote blanc donnerait au moins le droit de signaler sa désapprobation sans s'abandonner à la simple abstention - ou pire, aux manifestations dans la rue qui ne représentent que des minorités présentes à forte voix.
Justement, dans les temps qui courent, beaucoup sont en droit de dire qu'ils n'ont pas les élus qu'ils méritent. (même Marianne, c'est dire!) Ils ne sont pas en mesure de fournir des alternatifs mais au moins, en votant blanc, ils auraient manifesté - de manière adulte justement - leur désapprobation des choix offerts.
Le refus des urnes signale immédiatement qu'on n'est pas d'accord avec le choix offert. Marianne Arnaud a raison, le quorum non atteint serait la plus belle claque par nullification. Mais il faudrait en arriver là non seulement dans le pays mais aussi dans l'UE toute entière. Cela sera-t-il possible? Le peuple européen tout entier dégoûté à l'unisson par les politiciens? Peut-être si les choses vont vraiment très mal, mais il y aura aussi la crainte qu'un tel vide appelle la dictature pour le combler.
La question qui se pose donc: on fait quoi après un scrutin nullifié? Qu'a prévu la constitution dans ce cas? Certainement le système fera tout pour pousser à une deuxième consultation, mais devant un échec final, je ne vois que deux options : la voie démocratique par appel à une assemblée constituante qui remettrait tout à plat et édicterait les règles d'un nouveau type de société, ou bien la voie du coup d'Etat par le plus filou de tous les seigneurs de la guerre ou de la vieille garde corrompue. Dans cette triste option, on se consolerait par le fait d'avoir au pouvoir un ennemi parfaitement identifié et des raisons claires pour le faire tomber à nouveau par résistance passive. Ça ne va pas être rose dans le pire des cas.
@El Gato : vous vous illusionnez sur les possibilités de la rue pour faire valoir son droit démocratique. Ce n'est plus possible à notre époque comme le dit Marianne avec l'image des fourches et piques. Même avec juste des banderoles, vous ne ferez rien devant un pouvoir décidé à vous repousser, vous éliminer si vous insistez. Les moyens de lutte anti-émeute sont en train de devenir épouvantables. Pas seulement le Taser qui du reste est minable comme efficacité dans une émeute, mais bientôt les canons à micro-ondes pour remplacer les bons vieux canons à eau. Et les nouveaux gaz de combat qui ne vous tuent pas complètement. Forget it! Trouvez mieux!
Il est vrai, comme dit Stix, que "le dédain des urnes est révolutionnaire"
C'est pourquoi toutes les révolutions depuis 1789 les ont dédaignées!
Don't "Forget it! Trouvons mieux!" pour reprendre sa phrase.
... pour ne rien dire.
Un vote blanc est considéré comme nul en France. Le dédain est la seule voie de contestation. Le rue, c'est à dire une minorité, n'est pas la majorité. Et au fait, où avez vous vue que le président qui gouverne actuellement a été élu ?
Cher Stix et al,
Un mot d'Alain Rey (Dictionnaire Culturel de la Langue Française) :
'S'abstenir : s'abstenir de juger quelqu'un' ou 'ne pas agir, ne rien faire' ou 'neutralité'.
Loin donc d'être un acte politique - révolutionnaire ou non.
Un vote blanc, par contre, est un acte - un acte de refus des choix offerts. Il devrait être comptabilisé.
En gros le gain attendu de votre participation à un scrutin est:
pB-C où p est la probabilité que votre vote change l'issue du scrutin, B le bénéfice attendu si votre candidat l'emporte et C le coût de votre participation: étude des programmes, participation aux débats , déplacements pour le vote....
Comme p est proche de zéro et C non négligeable, le gain attendu est négatif, donc:
"Un individu rationnel devrait s'abstenir de voter!"
Si vous souhaitez aller un peu plus loin dans l'étude de la cohérence des choix sociaux et politiques, je vous conseille le paradoxe de Condorcet et le théorème d'impossibilité d'Arrow (sur Wikipedia)!
Mais nous voilà loin du sujet: lutter contre la spéculation!
Je ne connais pas le nommé Downs et j'ai peu envie de le connaître.
Car si l'on applique sa formule cynique à l'égard des élections (ça coûte cher et ne change rien) on devait l'appliquer également à :
* le système judiciaire
* la défense nationale
* la police
* l'ensemble des partis politiques et le parlement (bien sûr)
* le Cours des Comptes
* le Conseil Constitutionel
* etc. etc.
Quitte à poser pas mal de questions sur le rendement réel de l'Education Nationale.
Après quoi, on n'aurait qu'à rentrer dans nos cavernes.
"Avant la crise, les libéraux reprochaient aux Etats d'être de piètres gestionnaires pour qu'ils leur laissent l'initiative de l'économie. On a vu le résultat: sans les Etats pour venir à la rescousse du système libéral, il n'existerait plus de système du tout."
Permettez moi d'objecter
Le système en soit n'a jamais été en danger. Mais certains acteurs qui si ils avaient accepté les règles de la spéculation, auraient été mis en faillite. Ils ont joué de leur relations dans différents gouvernement pour se refaire une santé par une socialisation de leur pertes. Les banques françaises quant à elle n'ont jamais risqué la faillite mais on réussit à se faire prêter de l'argent au moment ou les liquidités avaient disparu du marché et cela à un très bon loyer. A ce même moment, nombre de PME ne trouvaient pas le moyen d'être financé.
ERGO : les Etats sont en effets de piètres (voir malhonnêtes) gestionnaires .
Il est intriguant de voir qu'un article appelant à mettre la spéculation hors la loi fais glisser en douce la véritable escroquerie de 2008 en véhiculant le mythe du "système en danger" répété sans vergogne par les chefs d'états durant cette période à une opinion publique alors pétrifiée.