Les Européens s'en remettent aux marchés pour discipliner la Grèce
La vague déclaration à l'issue du sommet de Bruxelles laisse entier le doute sur la réponse des 27.
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La gestion de la crise grecque par les responsables des Vingt-sept restera une illustration de la mauvaise Europe. La déclaration vague du sommet de Bruxelles, jeudi 11 février, va sans doute calmer un peu les marchés mais sans les rassurer vraiment. Le flou est entier sur le type de soutien que pourraient accorder «si nécessaire» certains pays, comme la France et l'Allemagne, à Athènes. Quelle formule? Quel montant? Silence. Les «spéculateurs» ont l'arme au pied, la gène manifeste des Européens comme la réaffirmation des réticences allemandes, les convainquent de rester prêt à repartir à l'attaque de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne. Le premier ministre grec Georges Papandreou a souligné sa déception devant ce qu'il nomme «le manque d'audace» des Européens.
La seule réponse attendue par les marchés était une profonde refonte du Pacte de stabilité, une surveillance serrée des déficits, une crédibilité des sanctions, la mise en route d'un mécanisme d'aides en cas de crise, l'adoption d'une vraie coordination des politiques économiques. Le mot qui aurait rassuré est celui de «gouvernement économique».
Il a été prononcé, pour la première fois, par Angela Merkel. Belle avancée française! Mais la chancelière veut que les 27 pays membres y participent et pas seulement ceux de la zone euro, autrement dit elle plonge, dès sa naissance hypothétique, ce gouvernement économique dans l'indécision et l'impuissance. Depuis sa réunification, l'Allemagne n'a plus aucune envie d'un approfondissement fédéral européen dont elle craint de devoir payer les chèques.
Les trois erreurs des Européens
Ce sommet décevant est la troisième erreur des Européens dans la gestion de la crise grecque. La première, au départ, a été de fermer les yeux sur les permanentes tricheries statistiques d'Athènes pour se qualifier à l'entrée dans l'euro en 2001, puis après. Le gouvernement Papandreou a dû avouer en octobre que le déficit 2009 ne sera pas de 7% du PIB mais de 13%! Une paille! Pourquoi la commission de Bruxelles, qui n'ignorait rien des mensonges grecs même si elle ne pouvait pas en imaginer l'ampleur, n'a-t-elle jamais rien dit? Pourquoi n'a-t-elle aucun moyen efficace d'inquisition statistique?
Ensuite, le 6 janvier, une déclaration de Jürgen Stark, membre du directoire de la BCE (Banque centrale européenne), met le feu aux poudres. «Les marchés se font des illusions s'ils pensent qu'à un certain stade, les autres Etats-membres mettront la main au porte-monnaie pour sauver la Grèce», dit-il à Il Sole 24 Ore. «Ah bon?» se disent les marchés; «et bien on va voir». Les attaques contre les taux d'intérêt grecs et les garanties (CDS) contre une défaillance datent de ce jour-là.
Stark, de nationalité allemande, voulait mettre le couteau sous la gorge de Papandreou pour qu'il engage son pays dans l'austérité. Mais à le dire publiquement, il ouvre la brèche, il fait payer deux fois les Grecs, par la rigueur et par les taux, et il arme les attaques contre les autres pays «faibles» par effet domino. Face aux marchés, assurer de la solidarité européenne est couper court aux spéculations et, à l'inverse, souligner les désunions est leur ouvrir la porte. C'est ce qu'a fait Jürgen Stark.
Impuissance et vanité
Le soutien a minima que les Allemands ont concédé à Bruxelles, de même que la formulation de Stark, reviennent, en vérité, à dire que c'est aux marchés de faire la police budgétaire en Europe. On leur confie le boulot. Plutôt qu'un «gouvernement économique» qui fera forcément des compromis et sera incapable d'imposer la rigueur avec la force nécessaire, l'Allemagne pense qu'il vaut mieux en passer par marchés, quitte à ce qu'ils se fassent payer (cher) le sale boulot. Les autres pays, dont la France, ont dû se plier à cette vision allemande.
Au total, la gestion de la crise grecque souligne le renoncement des Européens à gérer leurs affaires communes faute d'entente sur les buts et les moyens. Les Etats rendus impuissants par leurs désaccords sont mis sous la coupe des marchés. Comme l'a déclaré Georges Papandréou:
La crise doit, selon Nicolas Sarkozy, marquer «le retour des Etats face aux marchés»! Le résultat concret est l'inverse!
Le refus du moindre abandon de souveraineté conduit à préférer remettre les clés à ces marchés que les dirigeants allemands et français font semblant de morigéner devant leurs opinions publiques.
Mais on ne veut pas du FMI. Pas question de laisser un pays membre de l'euro tomber «sous la coupe» du Fonds monétaire. Le FMI a de l'argent pour ce type de crise et il a les hommes pour aider le gouvernement grec. Comme l'Europe n'a ni l'un ni les autres, le bon sens voudrait que, puisqu'on baisse les bras, l'on confie au moins la conduite des ajustements grecs aux «professionnels» du Fonds. Mais non! L'impuissance européenne se double de vanité, comme le dit Jean-Louis Bourlanges. Alors Vive les marchés! C'est un curieux paradoxe que d'en arriver là, après la crise financière...
Pour l'Europe la défaite va peser lourd. Non seulement parce que les marchés vont pouvoir continuer de miser sur les désunions mais parce qu'il savent que derrière les dettes, c'est la situation économique de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal, mais aussi de l'Italie, qui vont réellement mal. Ces pays sont condamnés à des croissances anémiques pour plusieurs années. En fait, il n'y a pas «un homme malade» en Europe, la Grèce, il n'y a «un seul homme bien portant», l'Allemagne.
Seul ce pays a une stratégie et des atouts clairs, les autres déjà abîmés par la compétition mondiale et par la Chine, sans spécialisation solide, sont alourdis par leur dette. Les divergences de destin vont donc croître et la menace de divorces ne va pas s'éteindre. Il y aura dans les mois à venir beaucoup d'autres sommets européens d'urgence.
Eric Le Boucher
A lire sur le même sujet: L'Allemagne prête pour un gouvernement économique, par Daniel Vernet.
Image de une: Bruxelles, en 2004. François Lenoir/REUTERS
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Mis à jour le 15/02/2010 à 13h06














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Ce n'est pas un hasard si M.Stark, membre allemand de la BCE, veut faire payer les Grecs!
L'Allemagne manifeste le comportement sans doute le plus vertueux des pays de l'UE et la Grèce est le plus corrompu d'Europe (selon Transparency), grand maquilleur de comptes publics, spécialiste du détournement massif des aides européennes et de l'évasion fiscale!
L'opinion allemande et ses dirigeants en ont peut-être assez de faire des chèques pour des pays aussi prédateurs et il est peut-être temps de leur donner une bonne leçon! on a même trop tardé!
par ailleurs, la chute de l'euro entraînée par cette spéculation est plutôt une bonne chose pour l'économie de la zone euro!
le seul drame c'est que seul le peuple va payer d'une cure d'austérité les erreurs et la malhonnêteté de ses dirigeants, mais faut-il pour autant fermer les yeux sur les comportements "voyous"?
M. Le Boucher le dit bien lui-même : "En fait, il n'y a pas «un homme malade» en Europe, la Grèce, il n'y a «un seul homme bien portant», l'Allemagne."
Pourquoi s'étonner donc que les Allemands ne veulent pas, encore une fois, payer pour les autres.
Surtout pour un pays qui a triché, qui triche encore et qui trichera jusqu'au jour où il se rend compte que plus personne n'est prête à lui avancer de l'argent.
J'habite en Grèce et tous les jours, comme tout le monde, je vois comment, du jour au lendemain, les Grecs pourront renflouer leurs caisses - simplement en cherchant les impôts là où ils sont dûs. Un système fiscale existe. Seulement, avec la complicité de Monsieur Tout le Monde, il ne fait pas son boulot.
* sur l'immobilier (les taxes foncières sont minimes et les prix déclarés au fisc n'ont rien à voir avec les prix de vente)
* dans le commerce (assez de ces restaurants et boutiques qui refusent les cartes de crédit trop faciles à repérer par le fisc)
* le travail au noir dont tout le monde profit
* sur les plus valeurs en bourse, exonérés pour les particuliers.
* dans le BTP, souvent financé par l'UE, où les scandales s'accumulent
Surtout il y a la corruption d'une classe dirigeante et gouvernementale qui sait très bien ce qu'elle fait, qui tourne l'oeil aux petits tricheurs à condition qu'on le peuple en retour ne leur crée pas trop d'ennuies.
L'Allemagne et l'UE ont raison donc d'aborder le problème en deux temps. D'abord, voir si le nouveau gouvernement va vraiment faire ce qu'il dit. Cette fois-ci c'est possible. Puis si cela ne suffit vraiment pas, venir en aide à ce mauvais élève de la classe euro.
L'Allemagne a déjà torpillé l'Union Pour la Méditerranée qui pourtant ne lui aurait rien couté. Comment peut on croire en une Europe avec des institutions ubuesque, sans gouvernance et sans leadership.
Comme vous je désespère de la lenteur de l'Europe à s'unifier dans un état fédérale. Mais c'est malgré les efforts de la France et la volonté patiente de l'Allemagne.
Cherchons ailleurs les coupables - notamment mon pays d'origine la Grande Bretagne qui par son manque d'imagination, son arrogance, sa nostalgie du passé et son narcissisme n'a rien fait pour avancer le projet de l'Europe.
Comme ses trains - toujours en retard!
Rappelons que ce mouvement d'unification est le seul dans l'histoire qui se fait sans guerres.
Vu l'absence des USA depuis quelques décennies sur le front du progrès humain, seul l'Europe aujourd'hui maintient les grands principes humanistes, moraux et démocratiques vers lesquels tout le monde aspire.
C'est long, mais c'est déjà pas mal
C'est suite à la 2 ème guerre mondiale que l'Europe Unie s'est construite.
Le projet a été construit autour du développement économique? Pour le projet politique on verrait plus tard. Résultat, on a la voiture la plus puissante du monde mais sans volant donc sa chauffeur. Je ne vois pas les choses évoluer. Aujourd'hui les fédéralistes ont renoncé(Rocard par exemple). C'est l'une des raisons pour laquelle plus personne ne s'oppose à l'extension de l'Europe. Un état ne peut se construire que dans un espace fini. Un espace économique peut être à dimension variable. Chaque puissance européenne essaie de reconstruire une aire d'influence. L'allemagne pays le plus puissant du moment place ses pions marque son territoire et freine toute initiative pouvant ouvrir de nouvelles espérances. La France n'a pas les moyens de ses ambitions. Elles ne sont d'ailleurs pas toujours très claires. L'Angleterre ne fait que défendre son modèle économique .
Il n'y a pas de quoi entretenir beaucoup d'espoir à moyen terme.
Je ne pense pas que des pays ayant une Histoire aussi longue, variée et faite de tant de confrontations armées souhaitent se fondre dans un fédéralisme réducteur; mais l'élargissement irresponsable avant l'approfondissement a été la décision destructrice de ce que l'Europe aurait pu, et dû, devenir!
nombre de pays sont entrés dans la zone euro de façon irresponsable et la Grèce est l'un d'eux!
alors les marchés n'ont joué que leur rôle, qui est de gagner de l'argent, à la hausse ou à la baisse: c'est leur raison d'être!
si vous voulez des boucs émissaires, prenez les politiques, qui à toute allure ont voulu faire un "machin" selon la formule de C. de Gaulle, sans construire un système de règles contraignant, mais aussi protecteur contre les crises!
on nous a associés contre notre volonté à des pays sans foi ni loi, il faut aujourd'hui en payer le prix!
Je n'avais pas oublié la 2e Guerre Mondiale. J'étais né pendant le blitz sur ma ville.
Mais l'UE étais né de la volonté entre vainqueurs et vaincus de s'associer en paix sans qu'un vainqueur impose sa volonté sur le vaincu - à la différence par exemple de l'unification de l'Allemagne au 19e siècle.
Je suis attristé par votre pessimisme. En dehors de tout le reste, l'UE peut au moins se vanter d'avoir apporté la paix en Europe. Un nouveauté.
Si ceux qui veulent un état d'Europe (déjà une minorité) n'y croient plus, l'avenir est effectivement sombre.
Cheer up!
L'UE se construit sans guerres - mais non sans rivalités économiques.
L'Inde, la Chine, le Brésil feront d'une Europe non fédéralisée un tribu de pygmées.
C'est pourquoi, un jour, malgré les réticences de certains, et le refus des souverainistes, elle sera obligée d'harmoniser ses économies et de là son système politique.
Déjà 80% des décisions de fond concernant la vie économique de nos pays sont prises en concertation. Et même si certains parmi nous auraient préférer voir une Europe plus unie face à la crise greco-monde, le fait est que les derniers 6 mois ont vu un resserrement de ces liens et une réalisation que ce resserrement devient nécessaire.
Nous sommes en démocratie. Les gouvernements n'ont pas le droit d'aller plus vite que les peuples ne veulent. Mais jamais dans l'histoire de l'humanité a-t-on vu des politiciens si prêts à céder volontairement leurs pouvoirs.
Oui les politiciens sont les boucs émissaires. Les vrais coupables sont les 'nonistes' de tous bords qui sous une panoplie prétextes idéologiques, nationalistes ou xénophobes, freinent dans leur coeurs ce grand mouvement.