Économie

Qui perd et qui profite des réformes fiscales d'Emmanuel Macron

Temps de lecture : 3 min

Jusqu’à présent, la politique budgétaire favorise la population active et met à contribution les personnes retraitées aisées.

La stabilité globale du pouvoir d'achat cache de fortes disparités entre ménages. | Ibrahim Rifath via Unsplash
La stabilité globale du pouvoir d'achat cache de fortes disparités entre ménages. | Ibrahim Rifath via Unsplash

En 2019, une large partie des ménages devraient enregistrer un gain de 1% de leur revenu disponible. C’est ce qu’il ressort de l’analyse des grandes réformes socio-fiscales portant sur les ménages menée par l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée dans une note intitulée «Budget 2019: quels effets pour les ménages?».

Cette note évalue les effets redistributifs des mesures affectant les prélèvements obligatoires et les prestations sociales des ménages qui figurent dans le budget 2019, le budget 2018, ainsi que les mesures annoncées en décembre à la suite du mouvement des «gilets jaunes» –ces mesures «d’urgence» représentant à elles seules un gain de pouvoir d’achat de 0,8% en moyenne pour l’ensemble des ménages.

Le budget 2019 propose une baisse concomitante des prélèvements obligatoires (-10,2 milliards d’euros, selon le gouvernement) et des prestations sociales (-1,4 milliard d’euros), ce qui implique une hausse globale de pouvoir d’achat de 8,8 milliards d’euros pour 2019.

Cette hausse est précédée par une année 2018 caractérisée par la stabilité du pouvoir d’achat des ménages au niveau agrégé, toujours selon les prévisions du gouvernement.

Les ménages gagnants

Néanmoins, ces effets agrégés masquent une forte hétérogénéité. Lorsque l’on considère l’ensemble des mesures socio-fiscales prises depuis le début du quinquennat (c’est-à-dire les mesures entrées en vigueur en 2018 ou 2019), la population active voit en moyenne son revenu disponible augmenter de 2,4%, notamment du fait de la bascule des cotisations sociales en CSG et de la revalorisation de la prime d’activité.

Une large classe moyenne va également disposer d’un supplément de revenu lié à l’exonération de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu sur les heures supplémentaires, mais dans une moindre mesure. Les ménages concernés par la baisse de la taxe d’habitation voient également leur revenu s’accroître.

Enfin, les 1% des ménages les plus aisés voient leur pouvoir d’achat augmenter de manière relativement importante. Pour ces ménages, leur revenu disponible augmente en moyenne de 6,4% du fait du remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Les ménages perdants

La population retraitée voit en moyenne son revenu disponible baisser, en particulier les personnes appartenant aux 20% des ménages les plus aisés. Ces derniers sont mis à contribution, avec une perte moyenne de 3% de leur revenu disponible.

Ces pertes concentrées au niveau des personnes retraitées les plus aisées s’expliquent principalement par la sous-revalorisation des pensions de retraite, la hausse de la CSG, et la non-éligibilité à la baisse de la taxe d’habitation.

Quant à celles touchant une pension inférieure à 2.000 euros mensuels, la loi portant mesures d’urgence économiques et sociales de décembre 2018 annule la hausse de CSG introduite en 2018, limitant leur perte de revenu.

Effets cumulés des budgets 2018 et 2019: décomposition par mesure
Lecture: en moyenne, pour les ménages du 50ᵉ centile de revenu disponible par unité de consommation, les mesures des budgets 2018 et 2019 relatives aux cotisations sociales augmentent le revenu disponible de 2,3%, et celles relatives aux prélèvements sociaux le diminuent de 1,5 %. | Via la note de l'IPP n°37, «Budget 2019: quels effets pour les ménages?»

Les ménages pour qui rien ne change

Pour certaines catégories de la population, les effets des mesures gouvernementales sont de relativement faible ampleur. C’est le cas notamment des ménages les plus modestes, qui ne bénéficient pas des grandes mesures de soutien au pouvoir d’achat portant sur la prime d’activité ou les heures supplémentaires, puisque la plupart d’entre eux ne sont pas en activité.

Les deux réformes principales qui les concernent sont la hausse du chèque énergie de cinquante euros et son extension, ainsi que la sous-revalorisation des prestations sociales (aides au logement, prestations familiales). Les effets de ces deux mesures se compensent en moyenne, d’où les faibles effets redistributifs observés pour les 10% des ménages les plus modestes.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Brice Fabre Économiste

Newsletters

Si Lehman Brothers avait été «Lehman Sisters», elle n'aurait pas fait faillite

Si Lehman Brothers avait été «Lehman Sisters», elle n'aurait pas fait faillite

Une étude vient confirmer les propos de Christine Lagarde.

Le télétravail génère du stress et un manque de confiance en soi

Le télétravail génère du stress et un manque de confiance en soi

On pense souvent aux côtés positifs du travail à distance, moins aux aspects négatifs.

Face au changement climatique, des assureurs de plus en plus frileux

Face au changement climatique, des assureurs de plus en plus frileux

L'augmentation et l'intensification des chocs climatiques extrêmes entraînent déjà le retrait des assureurs dans certaines zones.

Newsletters