Monde

Sarah Palin, la bonimenteuse

Fred Kaplan, mis à jour le 12.02.2010 à 19 h 37

Les républicains responsables -s'il en reste- feraient bien de la neutraliser avant qu'elle ne coule le parti.

Reste-t-il des républicains adultes quelque part, et si oui, vont-ils un jour voler au secours de leur parti?

Cette phrase pourrait facilement s'appliquer à n'importe quel sujet, mais le dernier en date concerne Sarah Palin, son discours de samedi soir à la «convention» de la Tea Party, et sa déclaration du lendemain matin sur Fox News que oui, la course à la Maison Blanche fait bien partie de ses projets.

Les républicains responsables (si cette expression veut encore dire quelque chose) ont-ils vraiment envie de voir cette réincarnation survoltée de Larry "Lonesome" Rhodes devenir leur porte-étendard?

Là encore la question mériterait d'être développée dans de nombreuses directions, mais puisque nous sommes dans la rubrique War Stories, concentrons-nous sur l'approche de la guerre et de la paix de Madame Palin.

Voici la phrase clé, censée susciter les vivats, de cette partie de son discours:

Traiter (le terrorisme) comme une simple question de respect de la loi fait courir de grands risques à notre pays, car ce n'est pas du tout la manière de voir des extrémistes islamistes radicaux. Ils savent que nous sommes en guerre. Et pour gagner cette guerre, il nous faut un commandant en chef, pas un professeur de droit.

Là, de toute évidence, elle vise le président Barack Obama, mais la vraie question qui se pose est: pense-t-elle vraiment ce qu'elle dit? Ou, en d'autres termes: est-ce une opportuniste pure et simple, ou vit-elle sur une autre planète? Et, des deux possibilités, laquelle est la pire?

Certes, le président Obama a enseigné le droit constitutionnel à l'université de Chicago, mais laisser entendre qu'il considère le contre-terrorisme comme un sujet «simplement» juridique et qu'il est un chef militaire timoré est tout bonnement grotesque.

Obama a presque triplé le nombre de soldats américains envoyés en Afghanistan. Il a approuvé presque deux fois plus de frappes aériennes de la CIA contre des cibles talibanes au Pakistan au cours de sa première année de présidence que le président Bush ne l'avait fait pendant sa dernière année (65 contre 36), tuant ainsi deux fois plus de militants (571 contre 268).

Il a envoyé des formateurs militaires aider le gouvernement yéménite à combattre les insurgés d'al-Qaida. Il a continué d'augmenter le budget militaire. Il a maintenu les programmes de surveillance secrète de l'administration Bush (en dépit des protestations de nombreux démocrates). Et Palin semble avoir oublié qu'en avril dernier, Obama a autorisé les tireurs d'élite de la marine américaine à tuer les trois pirates armés qui avaient pris en otage le navire marchand Maersk Alabama au large de la côte somalienne (de nombreux républicains semblent frappés d'amnésie, y compris certains qui avaient approuvé publiquement le président à l'époque).

En ce qui concerne le terroriste aux sous-vêtements piégés, Umar Farouk Abdulmutallab, qui a failli faire exploser un avion le jour de Noël, c'est vrai, Obama a mis trois jours à commenter l'incident -or, comme beaucoup l'ont fait remarquer depuis, Bush avait, lui, mis six jours à évoquer Richard Reid, le terroriste qui avait piégé sa chaussure (et aucun démocrate n'a monté en épingle sa réticence).

Lire ses droits à Abdulmutallab peut avoir semblé un peu poussé (Obama le prof de droit!), mais il se trouve qu'ils avaient aussi été lus à Reid. D'ailleurs, aucun des deux suspects n'a saisi l'occasion pour garder le silence. Comme l'a noté Richard Clarke, ancien responsable du contre-terrorisme de la Maison Blanche sous les présidents Clinton et Bush, Abdulmutallab s'est brièvement tu parce que les agents du FBI lui lisaient ses droits alors qu'il était sous calmants, mais en se réveillant, il a recommencé à parler assez librement.

C'est faux et dangereux

Les assertions de Palin (qu'elle a lues avec un venin fort malséant dans la bouche de quelqu'un qui admet ne pas s'être le moins du monde intéressé aux affaires étrangères jusqu'à il y a 18 mois) ne sont pas seulement fausses. Elles sont dangereuses.

Si les États-Unis étaient la cible d'un attentat terroriste dans les prochaines années, nous pourrions la gérer avec plus d'assurance et réagir avec davantage d'efficacité si le président était capable de susciter un esprit de cohésion nationale. George W. Bush a eu l'occasion de le faire après le 11 Septembre, et, malgré un cafouillement initial, il a su se montrer à la hauteur, au moins les premiers mois.

Mais si la candidate la plus populaire du parti républicain claironne que le président ne sait pas que nous sommes en guerre, met en doute ses capacités de chef militaire (et que le public l'acclame bruyamment lorsqu'elle émet cette accusation), alors Obama aurait bien plus de mal à soigner une nation blessée.

Premier prix de récitation

Palin, évidemment, n'est pas la seule coupable de cette irresponsable tromperie. La semaine dernière justement, John Boehner, chef de la minorité républicaine à la chambre des représentants, a lancé avec désinvolture qu'Obama adoptait une approche «pré-11 Septembre» dans sa lutte contre le terrorisme.

Personne ne suggère que Boehner ne se présente à une plus haute fonction. Mais les participants des tea-parties y encouragent leur candidate avec conviction: «Vas-y, Sarah, fonce!» Au rassemblement républicain de Nashville samedi dernier, quelqu'un dans le public l'a interrogée sur la perspective de ce qu'il appelait «les deux mots qui font peur aux libéraux-Présidente Palin

Soyons clair sur les raisons pour lesquelles ces mots devraient terrifier quiconque possède un cerveau en état de marche. Palin est quelqu'un qui n'a jamais sérieusement réfléchi toute seule à aucun sujet revêtant une importance nationale. Elle excelle à la récitation de discours tonitruants, mais est incapable d'improviser une phrase cohérente, ce qui, en général, reflète une incapacité à former une idée cohérente. (À Nashville, elle a même été obligée de gribouiller sur sa main les cinq mots qui résument son programme législatif, et a dû y jeter des coups d'œil pendant la conférence). Elle est assez naïve pour croire (ou en tout cas, pour déclarer dimanche matin sur Fox News) que sa brève tentative avortée d'être gouverneur d'Alaska lui a donné davantage d'expérience du pouvoir exécutif que n'en a le président Obama même aujourd'hui. Elle pense que le pays doit élire des dirigeants, dont elle-même j'imagine, qui recherchent des solutions dans «l'intervention divine.»

Est-ce ainsi que les républicains qui aspirent à de hautes fonctions veulent façonner les idées de leur parti et le langage de leur pays? Si ce n'est pas le cas, le temps est venu de s'échapper du cirque.

Fred Kaplan

Traduit par Bérengère Viennot

Image de une: Sarah Palin/Reuters

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