Santé / Sciences

L'anxiété, l'autre effet de la gueule de bois

Temps de lecture : 2 min

En plus d’avoir mal à la tête.

Boire pour se détendre? Une fausse bonne idée: l'alcool ne fait que reculer voire aggraver le stress qu'on cherche à juguler. | Kinga Cichewicz via Unsplash
Boire pour se détendre? Une fausse bonne idée: l'alcool ne fait que reculer voire aggraver le stress qu'on cherche à juguler. | Kinga Cichewicz via Unsplash

Le réveil est difficile. Quelques minutes passent avant que l'on se rende compte que c'est bien dans notre lit que l'on s'est échoué –parfois même habillé. Quelques secondes encore pour que resurgisse le souvenir du énième shot de tequila sifflé la veille au soir. S'impose enfin la certitude que ce dernier verre n'était une bonne idée. On essaye de se remémorer la soirée, dont les images font laborieusement leur chemin dans notre cerveau embrumé, entre la nausée et une migraine bien méritée. Trous noirs, stress et culpabilité. On s’empresse dans la foulée d’envoyer un message à un pote susceptible de nous renseigner: «J’ai fait quoi, hier soir???».

Ce cocktail d’anxiété et de gueule de bois, nommé «hangxiety» par les Anglo-Saxons, n’a rien d'un néologisme qui servirait à rassurer celles et ceux qui se sont livrés aux excès de la débauche éthylique. Bien au contraire. David Nutt, professeur en neuropsychopharmacologie à l’Imperial College de Londres, a été licencié en 2009 du poste de principal conseiller du gouvernement en matière de drogue: il avait déclaré que l’alcool était plus néfaste que le LSD et l’ecstasy. Son analyse sur l’anxiété post-cuite fait froid dans le dos.

Le scientifique explique que l’alcool cible les récepteurs gaba (acide gamma-amino butyrique), qui sont impliqués dans le processus de ralentissement de notre activité cérébrale en réduisant notre excitation. Notre meilleur atout calme, en quelque sorte. Ce sont aussi eux qui causent les effets anesthésiants des premières prises d'alcool: quelques verres dans le nez suffisent à nous faire paraître plus souriants et détendus. Quand on a bu, notre cerveau marche au ralenti car le glutamate, notre principal émetteur d’excitation, est bloqué. En clair, moins nous produisons de glutamate, moins nous laissons de place à l'angoisse, et inversement. C’est pour cela que nous sommes proches de l’euphorie lorsque nous sommes saouls.

Trous noirs et anxiété

L'ivresse pousse notre corps à tout faire pour ramener nos niveaux de gaba et de glutamate à l'équilibre. Au réveil, quelques heures après avoir cessé de boire de l'alcool, la production du gaba diminue trop pour que ce neurotransmetteur remplisse sa fonction d'apaisement. Conjointement, les émetteurs qui engendrent l’anxiété augmentent. Place à l'angoisse. Aïe.

Une autre cause des frayeurs qui s'invitent au réveil: l’incapacité à se souvenir des choses dites ou faites en état d’ébriété. Là encore, tout s'explique par le rôle que remplit le glutamate. Car il entre dans le processus de formation des souvenirs. Or, en réaction au verre de trop, notre système bloque sa production. Un boulevard offert aux trous noirs.

Notre cerveau a besoin de deux à trois jours pour récupérer entièrement d’une grosse soirée. Si une fête alcoolisée s'est étendue sur plusieurs jours, le temps de réhabilitation se compte en semaines. Pour les alcooliques, le retour à la normale peut prendre des années.

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