Santé / Société

«Le problème, c'est que je ne crois plus en rien»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Mélanie, qui n'a plus goût à rien et ne sait pas quelle direction donner à sa vie.

«Maintenant que je suis adulte, je n'idéalise plus les membres de ma famille et je n'aime pas toujours ce que je vois». | Counselling via Pixabay
«Maintenant que je suis adulte, je n'idéalise plus les membres de ma famille et je n'aime pas toujours ce que je vois». | Counselling via Pixabay

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

J'ai longtemps hésité avant d'écrire cet e-mail, puis je me suis dit que c'était le moment d'en parler à quelqu'un car, voyez-vous, il est difficile pour moi d'aborder le sujet avec les personnes de mon entourage. Elles ne comprendraient pas.

Le problème, c'est que je ne crois plus en rien. Je n'ai jamais cru en Dieu. Je ne crois plus en l'amour. Je ne crois plus en la famille. Je ne crois plus en l'amitié. Je ne crois plus en la société. Je ne crois même plus en moi.

En fait, plus rien ne me raccroche à ce monde. Mes proches seraient horrifiés d'entendre une telle chose, mais c'est pourtant la vérité. Le monde dans lequel on vit ne me plaît pas. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les gens ne se respectent pas, pourquoi, surtout, ils ne respectent pas notre planète. Cela me paraît tellement logique. Maintenant que je suis adulte, je n'idéalise plus les membres de ma famille et je n'aime pas toujours ce que je vois. Du haut de mes 35 ans, je n'ai jamais eu de relation amoureuse qui a duré plus de six mois. Je ne veux même pas d'enfants. Bref. Je ne crois en rien. Je n'ai aucun but. Et je ne sers pas à grand-chose.

Le suicide? Je n'y pense pas vraiment. Après tout, je ne crois pas à la vie après la mort.

Aller voir un psy? À quoi bon? Je ne crois pas à son jugement non plus.

Je ne sais pas ce qu'est cette lettre. Un témoignage? Un appel à l'aide? Sans doute un peu des deux.

Mélanie

Chère Mélanie,

Je suis d’une nature mélancolique et ça m’est arrivé de ne plus croire en rien. Comme je cultive un amour du drame, j’ai pensé au suicide même si je sais qu’en tant que geste un tant soit peu artistique, c’est souvent raté. Je me permets une parenthèse: je pense ici au décès de l’actrice hollywoodienne Lupe Vélez. Celle-ci aurait voulu être découverte après son suicide comme une sorte de Blanche Neige attendant le prince, serrant une rose contre son cœur dans sa plus belle robe, entourée de pétales de fleurs.

Malheureusement, les médicaments qu’elle avait pris ont tardé à faire effet… elle s’est rendue aux toilettes et a été découverte par sa femme de ménage, morte noyée dans la cuvette des toilettes après y avoir vomi. Cette anecdote est raconté par Kenneth Anger dans son célèbre livre Hollywood Babylone. Fin de la parenthèse.

Ce que je veux dire, c’est que beaucoup ont réussi à traverser la vie sans croire en rien du tout. Ni en Dieu, ni en la famille, ni en l’amitié, ni au genre humain. Être nihiliste n’est pas une maladie, et vous le savez bien. Mais je crois personnellement qu’il y a toujours quelque chose qui fait battre notre cœur même quand le monde paraît bien sombre. Je sais que, pour moi, c’est le beau qui me rappelle pourquoi je suis heureuse de vivre. Si les gens ne sont plus une consolation, certains films, certains livres, certains tableaux, certaines photos créent en moi une étincelle qui me redonne une forme d’espoir: si je suis là, c’est pour voir ça.

Ne plus croire en rien, ne pas savoir quel est son but profond, ne veut pas dire que vous devez mener une vie dénuée de plaisirs. Et le champ des plaisirs est vastes. Finalement, ce qu’il vous faut, c’est une quête. Certaines personnes naissent avec un chemin tout tracé, d’autres comme moi ont le goût des chemins de traverse. Peut-être que vous, vous avez juste besoin de trouver votre chemin en priorité. Rien ne vous empêche de tout essayer. D’essayer de faire le bien ou le mal. D’essayer de jouir et de faire jouir. D’essayer l’excès et l’ascèse. Puisque que pour vous le monde est une toile vierge, pourquoi ne pas en profiter?

Dans sa trilogie Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort, Ryu Murakami raconte ce désœuvrement chez ses personnages, la quête de sens et l’abandon. Cette lecture pourrait vous plaire, je pense.

Chercher le sens ne me semble pas plus bête que de suivre une voie tracée. C’est plus fatigant probablement. Mais rien ne vous oblige non plus à ce que cette quête soit ininterrompue. Ce que vous expérimentez finalement c’est une liberté absolue. Et c’est une chance, dans un sens.

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