Société

«Je voudrais peut-être changer quelque chose qui fait partie de lui»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Clémentine, dont le mari travaille beaucoup et rentre souvent tard.

«S’il reste tard sais que c’est pour travailler dans des conditions très difficiles» | rawpixel via Pixabay - 
Alexander Dummer via Unsplash
«S’il reste tard sais que c’est pour travailler dans des conditions très difficiles» | rawpixel via Pixabay - Alexander Dummer via Unsplash

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

Mon mari et moi sommes deux jeunes actifs, parents d’un petit garçon d’un an que nous adorons tous les deux. Mon mari est très impliqué dans son travail, c’est un trait de caractère que je lui ai toujours connu et ce, depuis que nous sommes en couple –c’est-à-dire plus de dix ans.

Il a besoin de croire en ce qu’il fait pour être épanoui. Lors de ses études, il était studieux, capable de beaucoup de dédit de lui pour décrocher de bonnes notes, là où les étudiants ont tendance à rechigner devant la difficulté et les nuits blanches. Sa réussite professionnelle repose aujourd’hui sur sa loyauté au travail et sa capacité à se donner corps et âme pour le développement de son entreprise et la satisfaction de son employeur. C’est une qualité qui lui est unanimement reconnue et il est régulièrement récompensé pour cela. Et, parfois, gentiment moqué tant sa ferveur est visible.

Outre le fait qu’il ait intégré il y a cinq ans un service où la norme est de ne pas compter ses heures, lors des périodes les plus difficiles qu’a traversées son entreprise, il ne quittait pas son bureau avant 23h. Heure de sortie officielle de la majorité des employés: 17h.

Son absence à la maison a fait l’objet de nombreux mécontentements de ma part. Des crises, mineures mais répétées, qui se sont soldées par des remises en question des deux côtés. J’essaie d’être plus conciliante, admettant qu’il n’est pas drôle de travailler aussi dur et d’être accueilli à la maison par une soupe à la grimace, et lui fait des efforts pour rentrer plus tôt (ce qui ne veut pas dire à l’heure, mais juste moins tard) pour me permettre quelques soirs d’avoir du temps pour moi. Ses efforts sont d’autant plus appuyés depuis que nous avons un enfant, dont il est un père responsable et aimant.

Cependant, je continue de ressentir un profond sentiment d’insatisfaction. Le symptôme le plus emblématique de ce dysfonctionnement est, selon moi, le fait que je le remercie par force compliments et mots gentils lorsqu’il rentre tôt. Mais il est encore assez commun qu’il rentre trop tard pour voir son fils avant son coucher, ou que je doive faire une croix sur une activité. J’ai l’impression d’avoir le mauvais rôle dans ce conflit car, en soi, s’il reste tard je sais que c’est pour travailler dans des conditions très difficiles et je culpabilise de lui en rajouter à la maison. Je crains d’être trop exigeante, que ça finisse par devenir un problème insurmontable dans notre couple. J’ai choisi de vivre avec lui, ses qualités et ses défauts, je crains, en réalité, que le problème vienne de moi, car je voudrais peut-être changer quelque chose qui fait partie de lui.

Clémentine

Chère Clémentine,

Vous ne devez pas vous reprocher ce qui relève de choix chez votre partenaire. Je fais partie de ces gens qui aiment énormément leur travail et brillent par leur conscience professionnelle. Néanmoins, je sais aussi que ce que je considère comme une qualité la plupart du temps est un frein réel à une vie de famille classique: je suis souvent en activité les week-ends, le soir, le mercredi matin (lorsque je m'occupe seule de mes trois enfants). «Est-ce que maman travaille aujourd’hui?» est une question récurrente chez ma fille de 3 ans qui me voit probablement plus souvent devant mon ordinateur qu’en train de lancer une activité pâte à modeler. Est-ce que mon co-parent me le reproche? Non, pas vraiment. Comme moi, il sait que mes moments de travail sont consentis. Ce serait plus compliqué à mettre en place, mais je pourrais très bien décider que ma vie de famille est prioritaire et ne travailler que quand les enfants sont à l’école ou au lit. Je pourrais.

Ce que je veux vous dire, Clémentine, c’est que votre conjoint fait aussi le choix de s’impliquer dans son travail. Probablement que, comme moi, s’il voulait vraiment être plus présent auprès de vous et de votre bébé, il devrait se faire un peu violence. Mais il ne le fait pas.

J’ai appris récemment que, malheureusement, trop bien travailler n’est souvent pas mieux rémunéré dans l’entreprise. C’est donc à lui de décider de ce qui est sa priorité. Je pense qu’une discussion s’impose. Une discussion posée, dépassionnée, hors de moments où vous avez quelque chose à lui reprocher. Parlez et énoncez tranquillement vos frustrations et vos désirs. Proposez des réponses claires, des horaires, des projets.

Ce sera à lui ensuite de faire un choix. Et, en fonction de ce choix, vous pourrez aussi prendre votre décision. La vie évolue. Nous évoluons. Vous avez fait un bébé ensemble et ce genre de petite révolution dans le couple bouleverse beaucoup de choses. Vous ne pouvez pas vous obliger à accepter tout et toute votre vie, sous prétexte que les cartes étaient distribuées de cette manière au départ. Le couple et la famille, c’est aussi des concessions.

Lucile Bellan Journaliste

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