Culture

«L’Amour debout» et «Ulysse et Mona», deux pépites qui méritent toute notre attention

Temps de lecture : 4 min

Les films de Michaël Dacheux et Sébastien Betbeder offrent des bonheurs d’invention, de vitalité et d’innocence joyeuse.

Léa (Adèle Csech) et Mona (Manal Issa), vaillantes héroïnes | Epicentre Films et Sophie Dulac Distribution
Léa (Adèle Csech) et Mona (Manal Issa), vaillantes héroïnes | Epicentre Films et Sophie Dulac Distribution

Dans la routinière et toujours aussi calamiteuse déferlante de films qui submergent les écrans ce mercredi 30 janvier, deux pépites risquent de ne pas attirer l’attention qu’elles méritent.

Premier long métrage du réalisateur dans le cas de L’Amour debout, sixième film de Sébastien Betbeder intitulé Ulysse et Mona (après notamment les mémorables 2 automnes 3 hivers et Marie et les naufragés), ces deux productions françaises racontent des histoires différentes et usent de procédés narratifs dissemblables. Ici, à Paris, un récit d’initiation, d’entrée dans la vie de quelques jeunes gens venus de province. Là, à la campagne, un récit de transmission, le partage du sens de l’existence entre deux générations.

Pourtant ils ont en commun une légèreté, une joie de filmer, une manière de laisser venir chaque plan, chaque séquence comme si c’était une aventure, un jeu, une proposition à mi-chemin entre blague et déclaration d’amour. Amour de la fiction, amour des personnages et des acteurs, amour des spectateurs aussi. Il n’est pas si fréquent d’avoir le sentiment, tout au long d’une projection, de recevoir sans cesse des cadeaux –des petits cadeaux, comme des cailloux sur un chemin qui peut à l’occasion passer par des terrains sombres ou escarpés.

Le précédent film de Sébastien Betbeder, Marie et les naufragés, mettait en scène un personnage somnambule, ce qui est aussi le cas de Martin, un des principaux protagonistes de L’Amour debout de Michaël Dacheux. Le somnambulisme est un état incertain, où le sommeil et le rêve n’empêchent pas le mouvement, avec un certain trouble qui n’est pas sans danger. Vulnérable et déterminé, songeur et sans contrainte, ainsi avance ce film-ci, et ce film-là.

«L’Amour debout», Léa, Martin, JC, Théo...

Ils portent les prénoms d'un beau film très léger et profond d'Alain Cavalier, Martin et Léa, qui fut lui aussi une hirondelle printannière du cinéma français, il y a quarante ans. Une jeune fille a quitté ses études et Toulouse, elle vivote à Paris en faisant visiter des quartiers de la capitale.

Léa est vive, cultivée, curieuse, pas très heureuse. Elle ne sait pas bien où elle va, mais ce ne sera pas avec Martin, son ancien copain à la fac, lui aussi «monté» à Paris, où il rêve de devenir réalisateur de film.

Passeront le fantôme de Jean Eustache, et la présence pas du tout fantomatique de Françoise Lebrun, mais l’écho vient plus des Petites Amoureuses que de La Maman et la putain. Au fond peu importe, nul besoin de références cinéphiles même si elles occupent beaucoup l’esprit de Martin, en tout cas quand il est éveillé.

Léa et JC (Jean-Christophe Marti) à l'orée d'une histoire | Epicentre Films

Dans L’Amour debout, il s’agit d’amour et de chanson. D’ouverture à la vie et de rencontres. D’un compositeur timide sur sa péniche et d’une vieille dame près de la maison de Ravel. D’un garçon accueillant et d’un canapé à transporter. Il s’agit de s’inventer, dans le mouvement de l’existence, ce qui en fera, au présent, au futur un peu aussi, l’élan et les modulations. Cette invention-invitation passe aussi par la présence d'acteurs peu ou pas connus, très jeunes pour la plupart. Et c'est, là aussi, une bouffée d'air frais.

Paul Delbreil et Samuel Fasse, deux des jeunes acteurs révélés par le film | Epicentre Films

Le cinéma tel que le pratique Michaël Dacheux ne se nourrit que de cela, de cette sensibilité aux variations de lumière, à l’esprit des mieux, à la musique des mots, aux vibrations des corps. Ça a l’air tout simple, comme s’il découvrait tout dans l’instant –alors qu’il sait très bien d’où il vient, à défaut de savoir où il va. Et c’est étonnamment joyeux.

«Ulysse et Mona», hiver et printemps

L’Amour debout est organisé en quatre saisons, ce qui là aussi rappelle la construction d’un précédent film de Betbeder, 2 automnes 3 hivers. Ulysse et Mona aurait pu s’appeler «Hiver et printemps en même temps».

Ulysse s’est retiré dans une retraite dépressive et autodestructrice, où fait irruption la jeunesse vibrante et exigeante de Mona, selon le plus improbable des procédés. Aucune importance, ça bouge et ça palpite, c’est drôle jusqu’à l’extrême rebord du précipice, c’est inattendu et juste. Ulysse va mourir. Mona va vivre. Ce n’est pas triste. Ce n’est pas banal. C’est comme deux matériaux qui, se frottant, feraient naître des étincelles.

Dans ce monde mal peuplé, cette France des campagnes sans charme et des périphéries, des banlieues pavillonnaires, des pizzerias au milieu de nulle part, il y aura des «aventures» comme on dit, un hold-up, un enfant qui disparaît.

Sur un fil ténu, l'échappée belle d'Ulysse (Eric Cantona) et Mona (Manal Issa) | Sophie Dulac Distribution

Il y aura des drames, comme on dit aussi, des histoires de couples, de parenté, etc. Ce n’est pas le plus important, même si… l’important, c’est cette possibilité de l’instant présent et de celui qui viendra ensuite, que nul ne connaît –on dirait que même le réalisateur ne le connaît pas.

Avec l’apport précieux de cette jeune actrice dont on ne cesse, surtout depuis Nocturama et Mon tissu préféré, de découvrir le talent, Manal Issa, avec la présence émouvante et assez mystérieuse d’Éric Cantona, dont c’est assurément l'un des plus beaux rôles à l’écran (avec celui qu'elle a incarné dans Looking for Eric de Ken Loach), Sébastien Betbeder compose comme en dansant une histoire de découverte de soi-même et des autres, au plus près du monde d’aujourd’hui.

L'Amour debout

de Michaël Dacheux avec Adèle Csech, Paul Delbreil, Samuel Fasse, Jean-Christophe Marti.

Séances

Durée: 1h23

Sortie le 30 janvier 2019

Ulysse et Mona

de Sébastien Betbeder, avec Manal Issa, Eric Cantona, Marie Vialle, Joël Cantona.

Séances

Durée: 1h22

Sortie le 30 janvier 2019

Jean-Michel Frodon Critique de cinéma

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