Société

«La relation sexfriend parfaite, sauf qu'il y a un hic»

Temps de lecture : 5 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Mila, une jeune femme qui aspire peut-être à autre chose avec celui qu'elle n'a longtemps vu que comme un sexfriend.

«Nous parlons de tout et de rien mais jamais des sentiments qui nous animent.» | Richard Foster via Flickr
«Nous parlons de tout et de rien mais jamais des sentiments qui nous animent.» | Richard Foster via Flickr

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

Cela va faire un moment que je connais Aurélien, nous avons le même grand groupe d'amis en commun. Nous avons toujours été de bonnes connaissances, nous nous sommes toujours bien entendus, sans être vraiment amis. Voila que cet été, ma relation de trois ans se termine, non sans douleur. Je croise alors Aurélien dans une soirée, nous parlons bien, nous rions beaucoup, l'alcool et l'ambiance aidant bien, je lui parle de ma rupture.

Quelques semaines après, il me contacte sur les réseaux sociaux et nous allons manger un midi ensemble. Suite à ce déjeuner, nous passons l'après-midi ensemble, chez lui, à parler de tout et de rien. Je rentre chez moi, plutôt heureuse de cette nouvelle relation amicale. Quelques jours plus tard, je reçois un sms m'invitant à boire un verre chez lui. La soirée se déroule bien, nous parlons comme à notre habitude de tout et de rien. Les verres et les cigarettes s’enchaînent, accompagnant des débats plus ou moins sordides. Et au milieu de la nuit, nous franchissons le pas, nous couchons ensemble.

Au petit matin, nous mettons les choses au clair, cette relation restera uniquement une relation sexuelle. En effet voilà le souci: Aurélien a une peur frénétique de l'attachement amoureux. Blessé par le passé, il préfère aujourd'hui enchaîner les aventures et ne pas risquer l'attachement et, par suite, la désillusion et la douleur. Moi, je sors d'une relation de trois ans qui m'a fait revoir un peu mon idéal de couple, et qui surtout m'a apporté une crainte de l'engagement.

À l'instant T, je trouve cela parfait. Nous nous apprécions, nous nous attirons, mais nous ne risquons pas de souffrir car cela restera une histoire de sexe. Les semaines passent, les mois aussi... Nous nous voyons plus ou moins toutes les semaines. À chaque fois le même rituel, nous passons des soirées à parler, à rire, à débattre, ou bien plus calmement à regarder des films ou des séries. Le temps passant, notre groupe d'amis se retrouve mis au courant de notre aventure assez singulière.

Nous ne perdons pas de temps en textos futiles, quand l'envie nous prend nous nous appelons, nous nous fixons un rendez-vous et nous passons la soirée ensemble. Pas de message le lendemain. La relation sexfriend parfaite, me direz-vous. Sauf que, bien sûr, il y a un hic. Au fil du temps nous avons fini par nous voir, passer des soirées, dormir ensemble, sans coucher ensemble. J'ai commencé à aimer m'endormir contre lui, aimer ses caresses. Il a commencé à être plus doux, plus attentif. Cette relation est devenue exclusive. Nous ne fréquentions sexuellement que l'autre.

Nous passons deux à trois jours ensemble d'affilée, en nous quittant la journée pour remplir nos obligations professionnelles et personnelles avant de nous retrouver le soir. Tout cela tend vers plus, mais voilà mon problème. Aurélien et moi parlons de tout et de rien, même les sujets les plus sensibles, mais jamais des sentiments qui nous animent. La dernière et seule fois où nous avons abordé ce sujet est la première fois que nous avons couché ensemble, et nous avions décrété d'un commun accord que cela resterait du sexe et qu'il n'y aurait aucun attachement amoureux.

Je sais que si je lui en parle, sous ses airs de bad boy, il va paniquer et risque de s'enfuir. Moi je me pose de plus en plus de questions... Selon toi, que dois-je faire? Attendre qu'un élément déclencheur vienne faire bouger les choses? Essayer d'en parler le plus doucement possible, en prenant le risque qu'il fuie totalement la situation et qu'il mette fin a notre aventure? Arrêter cette relation qui a de grandes chances de me faire souffrir? Sachant qu'à côté, j'ai des possibilités de commencer des relations bien plus saines, avec des personnes bien, qui tendraient vers des couples solides. Mais bien sûr l'éternelle question du cœur et de la raison.

Mila

Chère Mila,

Je crois que parfois une relation est beaucoup plus qu’elle ne semble l’être sans avoir besoin qu’on y accole des étiquettes. Je réfute le système de dating américain où la relation stable est d’abord testée par des étapes hyper codifiées. J’ai eu moi-même des plans culs qui sont devenues des relations, des histoires non exclusives qui ont fini par le devenir, le contraire aussi. Et tout ça n’était pas forcément planifié ni non plus discuté à l’instant T.

Les histoires, parfois, s’écrivent de façon organique, au-delà même de ce que l’on en attend. Elles s’épanouissent ou elles meurent. Elles changent. Je crois que c’est beau cette tendresse et cette complicité qui grandissent avec le temps malgré les règles pré-établies. Ce n’est pas un «hic», c’est déjà le signe que vous partagez beaucoup plus qu’une «simple» relation de sexfriends.

En fait, sous votre propre forme, avec vos propres conditions, vous êtes déjà une forme de couple. En raison de ses traumatismes, Aurélien pourrait bien être apeuré par l’idée ou le simple mot mais cela ne l’empêche pas de s’engager au quotidien auprès de vous. Je crois donc que plusieurs possibilités d’offrent à vous: continuer à faire grandir ces sentiments de cette manière unique et organique jusqu’à ce qu’il devienne évident pour lui que vous faites (déjà) partie de sa vie, imposer la discussion que vous attendez en espérant qu’il tienne assez à vous pour travailler sur sa peur de l’engagement ou encore rompre pour commencer ce que vous appelez une relation «plus saine». Cette dernière alternative pourrait vous permettre d'accéder à un peu de normalité. Ou de créer chez lui un électrochoc (même si ce type de réaction me semble plutôt relever de la comédie romantique; il est plus probable qu’Aurélien en profite juste pour se complaire dans son malheur et sa solitude).

Je ne sais pas ce que vous appelez une relation saine. Mais pour moi une relation saine est une relation où on peut trouver de l’écoute, du réconfort, de la tendresse et du sexe (si l’on en a envie). Où la présence de l’autre est assurée dans les bons comme les mauvais moments. Cela ne me paraît pas rédhibitoire qu’un sujet soit tabou si le passé d’un des partenaires l’explique. Et tant que les gestes, les actions prouvent de leur côté un attachement et un engagement réel. C’est par la confiance et par l’amour, par le temps aussi, que les traumatismes s’effacent le mieux.

Même si les mots n’ont pas été dits, et je sais combien ils ont leur importance, vous êtes déjà un couple. Même un assez beau couple dans le sens où vous avez créé une relation à votre image, sans vous soucier des convenances, et que vous évoluez sans cesse en accord avec vos désirs l’un et l’autre. Le couple c’est ça aussi, plus que des mots. Si vous me demandez mon avis, les mots peuvent venir après, je pense. Ils ont tout le temps du monde pour s’imposer si la tendresse et la complicité sont déjà bien présentes.

Lucile Bellan Journaliste

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