Santé

Grippe: pourquoi personne ou presque ne porte de masque en France

Temps de lecture : 6 min

Parmi les gestes préconisés pour contrer la propagation de l'épidémie de grippe, le port du masque. Cette «mesure barrière», très plébiscitée au Japon, compte peu d'adeptes en France.

«Le port du masque dans des lieux publics est l’objet de curiosité de la part de ceux qui le côtoient.» | Michael Amadeus via Unsplash
«Le port du masque dans des lieux publics est l’objet de curiosité de la part de ceux qui le côtoient.» | Michael Amadeus via Unsplash

La grippe peut se transmettre principalement de deux façons: par les postillons, la toux et les éternuements qui contiennent des gouttelettes infectées amenées à se propager dans l'air; et par les mains, rien qu'en touchant celles d’une personne infectée qui a éternué ou toussé et ne se les est pas lavées ensuite.

Pour éviter d’attraper la grippe, l’Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) recommande notamment de ne pas tousser ou éternuer dans ses mains, mais dans un mouchoir qui sera immédiatement jeté à la poubelle. Il convient de se laver les mains tout de suite après. Pas de mouchoir à proximité? Toussez alors dans votre coude. Ces règles de bonne conduite observées, le port du masque peut-il contribuer efficacement à lutter contre la transmission du virus de la grippe ou de toute autre infection respiratoire?

Uniquement pour les malades

Pratiquement invisible dans les rues, le métro, les open spaces, le masque fait toutefois partie des recommandations de l’Inpes afin de ne pas transmettre le virus à son entourage. Nul besoin de porter un masque si on n’est pas affecté, celui-ci sert uniquement à protéger l’entourage du malade de l’air que celui-ci exhale en toussant ou éternuant. «Le masque chirurgical n'a pas de propriété “filtrante” et donc n'empêche pas celui qui le porte d'être potentiellement contaminé», explique le professeur Fabrice Carrat, spécialiste de la grippe, épidémiologiste à l’Inserm et responsable de l’unité Santé publique à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.

«En France, il n’est jamais conseillé de porter un masque pour se protéger des autres. Le masque est un écran mais uniquement du point de vue de celui qui est malade. Il permet de ne pas projeter les gouttelettes dans lesquelles se trouvent les virus», abonde Isabelle Balty, responsable du pôle Risques biologiques à l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

Ministère de la Santé

Le port du masque fait partie des «mesures barrières» contre la propagation du virus listées sur le site du ministère de la Santé. Mais ce n'est qu’une proposition faite aux malades: «En milieu communautaire, même si le port du masque chirurgical est difficilement réalisable (faible acceptabilité, durée de port insuffisante...), il doit cependant être proposé». Il est toutefois «recommandé en milieu de soins, pour le personnel ou les visiteurs en contact avec un patient atteint d’une infection respiratoire et pour le patient, au service des urgences, en consultation et lorsqu’il sort de sa chambre», indique le ministère.

Contraignant

Le masque nécessite une certaine connaissance des bonnes pratiques pour être véritablement efficace. «Le fait de mal utiliser un masque peut en réalité accroître le risque de transmission au lieu de le réduire. S’il faut utiliser des masques, cette mesure doit être associée à d’autres mesures d’ordre général visant à prévenir la transmission interhumaine de la grippe, à une formation sur le bon usage des masques et à la prise en compte des valeurs culturelles et personnelles», prévenait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans une note publiée le 3 mai 2009 alors que sévissait la pandémie de grippe A.

La Haute autorité de santé (HAS) détaille les règles pour un port du masque efficace: «Un masque chirurgical doit recouvrir le nez, la bouche et le menton en permanence. Il s’ajuste au visage au moyen d’un pince-nez et il est maintenu en place au moyen de liens ou d’élastiques passant derrière les oreilles. Il doit être jeté dès qu’il est mouillé ou souillé, dans une poubelle si possible équipée d’un couvercle et munie d’un sac plastique. Puis il faut se laver les mains à l’eau et au savon ou se les désinfecter avec une solution hydro-alcoolique». S’il n’est pas mouillé avant, le masque doit être changé toutes les quatre heures. Au-delà, il n’est plus efficace.

Un geste efficace?

Dans son règlement sanitaire international de 2005, revu après la pandémie de grippe H1N1, l’OMS affirme que «les avantages du port du masque n’ont pas été démontrés mais qu’on peut en porter si on le souhaite». Une absence de résultat que confirme l’épidémiologiste Fabrice Carrat: «Aucune étude de ma connaissance n'a montré que le masque chirurgical avait une efficacité sur la réduction de la transmission».

Pour lui, il est donc tout à fait normal que les autorités n’incitent pas davantage au port du masque en cas d’infection. «Le rôle des pouvoirs publics est bien de promouvoir des méthodes qui ont fait la preuve de leur efficacité. Ce n'est pas le cas des masques», commente-t-il. D'après l’épidémiologiste, la première règle à observer –et la plus importante– est d’avoir une excellente hygiène des mains: «En terme de prévention, c’est selon moi bien plus efficace que le port du masque chirurgical».

«En Europe ou sur le continent américain, on ne voit pas cette pratique d’un bon œil, au contraire!»

Isabelle Balty, responsable du pôle Risques biologiques à l'INRS

Néanmoins, pour la HAS, le port du masque par les professionnels qui travaillent auprès d’un public fragile comme les très jeunes enfants ou les personnes âgées, demeure un geste utile. «En cas d’épidémie d’infection respiratoire ou dans le cas des travailleurs présentant une infection respiratoire, le port du masque permet de réduire la propagation des épidémies, en particulier la grippe qui représente une menace pour les personnes les plus fragiles», note l'autorité, qui n’a toutefois pas élaboré de recommandation spécifique sur le sujet.

Outre la méconnaissance des bonnes pratiques et son efficacité modérée, le port du masque est souvent mal perçu dans la culture française et occidentale. «Faible acceptabilité», écrit le ministère de la Santé sur son site. «En Europe ou sur le continent américain, on ne voit pas cette pratique d’un bon œil, au contraire! Le port du masque dans des lieux publics est l’objet de curiosité de la part de ceux qui le côtoient», observe Isabelle Balty. Le masque, synonyme de maladie, agit comme un épouvantail.

Absent en France, omniprésent au Japon

Il est pourtant un pays où le masque est une institution: le Japon. Karyn Nishimura-Poupée est journaliste pour l’Agence France-Presse (AFP), basée dans l’archipel nippon depuis près de vingt ans. «Les Japonais portent des masques depuis un peu plus d’un siècle. Initialement, c’était plutôt dans les usines pour se protéger des poussières et autres insanités mais l’usage s’est étendu au fil des décennies dans les cabinets médicaux et les hôpitaux, puis dans les lieux publics, les trains et les métros notamment», raconte-t-elle.

Métro de Tokyo | Maya-Anaïs Yataghène via Flickr

Au Japon, les masques sont disponibles en pharmacie, mais aussi dans les supérettes ouvertes 24h/24 et les supermarchés. Et si on en met autant, ce n’est pas pour se protéger de la pollution. «Ce sont les personnes allergiques aux pollens qui en portent le plus. C’est la principale raison avec les risques de contamination. Les différents pollens qui circulent au printemps dans les villes japonaises sont terribles. On estime à 40% environ le nombre de personnes victimes de réactions aux pollens. Pour elles, le port du masque est une absolue nécessité, sans masque, c’est insupportable», poursuit la journaliste.

Karyn Nishimura-Poupée l’assure, le masque n’est pas un accessoire de mode au Japon, ou seulement pour une infime partie de la population. «Les Japonais n’ont aucune crainte de se sentir ridicules en portant un masque. Au contraire, ils se sentiront davantage honteux s’ils toussent dans les transports sans en porter», affirme l’autrice de l’essai sociologique Les Japonais.

Pourquoi le port du masque est-il si démocratisé au Japon et totalement absent du paysage français? Selon elle, «les Japonais sont davantage soucieux des risques pour eux et ceux qui les entourent. Porter un masque, c’est respecter autrui et se protéger. C’est une question de “bien vivre ensemble”, de politesse. C’est aussi une question d’hygiène de base, comme se laver les mains ou faire des gargarismes. On apprend cela à la maternelle».

Tandis que ces Japonais et Japonaises masquées nous interpellent, elles-mêmes questionnent les habitudes françaises. «De façon générale, il n’est pas rare que les Japonais s’interrogent sur l’hygiène des Français qui prennent moins de bains que les Nippons, se parfument en revanche beaucoup plus, se désinfectent moins les mains avec des liquides spéciaux, se mouchent dans des mouchoirs en tissu qui finissent par être des tissus à microbes, etc. Ils se demandent pourquoi les Français ne se protègent pas davantage contre les microbes et les virus, surtout dans les espaces de grande promiscuité comme le métro. À vrai dire, je finis par penser comme eux.»

Dorothée Duchemin Journaliste

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