Politique

Que se passerait-il si la prochaine élection présidentielle avait lieu demain?

Temps de lecture : 4 min

La dernière mesure d’intentions de vote confirme la tendance à la progression constante du vote populiste à l’élection présidentielle depuis 1981.

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, lors du meeting de lancement de la campagne de son parti aux élections européennes, le 13 janvier 2019 à Paris. | Jacques Demarthon / AFP
La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, lors du meeting de lancement de la campagne de son parti aux élections européennes, le 13 janvier 2019 à Paris. | Jacques Demarthon / AFP

Proclamer crânement que l’on est «aux portes du pouvoir» est sans doute ici l’expression d’un candidat à l’élection présidentielle en difficulté. Mais cette affirmation de Jean-Luc Mélenchon peut aussi traduire la réalité d’une situation. Pour ma part, je le crois, en France, les populistes sont aux portes du pouvoir.

Lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, au terme d’un quinquennat conduit par la droite, Marine Le Pen (17,9%) et Jean-Luc Mélenchon (11,1%) totalisaient 29% des suffrages exprimés, ou 30,7% en ajoutant le score de Nicolas Dupont-Aignan (1,79%). Lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, au terme d’un quinquennat conduit par la gauche, ce même total monte à 40,8% et à 45,5% en additionnant les suffrages en faveur de Dupont-Aignan (4,7%), soit une progression de quinze points.

Et aujourd’hui?

Le Pen et Macron au coude-à-coude

Je prendrai comme point de départ un résultat hypothétique mais plausible. Il émane de la dernière mesure, à ce jour, des intentions de vote de premier tour à l’élection présidentielle si elle devait avoir lieu maintenant. Elle a été réalisée du 11 au 13 décembre 2018 par l’Ifop pour le Journal du Dimanche. L’échantillon est solide. L’Ifop a choisi de reprendre autant que possible la liste des candidates et candidats de 2017, en actualisant logiquement la candidature LR de François Fillon avec celle de Laurent Wauquiez.

Pour le PS, l’Ifop conserve celle de Benoît Hamon, dont on sait qu’il n’est plus membre de ce parti. Je comprends ce choix par la difficulté d’en faire un autre sans soulever de plus vives critiques: inscrire le nom d’Olivier Faure aurait nourri le soupçon de défavoriser les intentions de vote en faveur du PS, en raison de la notoriété encore faible du nouveau patron des socialistes. De mon point de vue, cette enquête satisfait tous les critères de sérieux attendus. Voici les résultats tels qu’ils ont été publiés dans le Journal du Dimanche, avec le rappel des résultats réels du 23 avril 2017:

Le total des voix en faveur des deux principaux candidats populistes, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, se maintient à un très haut niveau, de 40,9% en 2017 à 40,5% à la fin de l’année 2018. En y ajoutant les voix de Nicolas Dupont-Aignan, ce vote populiste grimpe encore de 45,6% à 47,5%. La forte progression du vote populiste se fait au détriment de Jean-Luc Mélenchon, en net recul. C’est le populisme de droite qui est aux portes du pouvoir. Benoît Hamon a eu raison de dire dans son interview au journal Le Point, le 12 janvier, que «quand Mélenchon parle, Le Pen récolte», même si, pour ma part, il y a longtemps que la dérive de Mélenchon en fait un danger pour la démocratie comparable à Marine Le Pen.

On le voit dans cette enquête d’intentions de vote: au premier tour, Marine Le Pen et Emmanuel Macron font jeu égal. Marine Le Pen en agrégeant les votes protestataires plus efficacement que ses concurrents de La France insoumise, de Debout la France et de la kyrielle des tenants de l’antipolitique; Emmanuel Macron en rassemblant les votes modérés plus efficacement que ses concurrents de LR et du PS. Mais que peut-il se passer ensuite, lors du second tour?

Le Pen présidente ou la France ingouvernable

Sachant que l'électorat du premier tour dont le candidat ou la candidate a été éliminée aura le choix entre voter pour l’un des deux finalistes –Emmanuel Macron ou Marine Le Pen–, s’abstenir, voter blanc ou voter nul, je propose deux séries d’hypothèses de report des voix. On peut varier ces hypothèses à l’infini, mais il faut tenter de rester dans le cadre des logiques politiques et sociales connues. Chacun et chacune pourra modifier ces hypothèses dans le sens qui lui semble pertinent, mais verra qu’il n’est pas aisé de s’écarter de celles que je présente ici.

1. Marine Le Pen peut l’emporter (50,7%) sur Emmanuel Macron (49,3%). Selon mon premier jeu d’hypothèses, Marine Le Pen est élue présidente avec 51% des suffrages exprimés. En voici le détail:

Le tableau se lit de la manière suivante: selon cette hypothèse, par exemple, 30% de l'électorat de Laurent Wauquiez au premier tour voteraient pour Marine Le Pen au second tour; 30% voteraient pour Emmanuel Macron et 40% refuseraient de choisir (abstention, blanc ou nul).

On notera que plusieurs hypothèses parfaitement recevables seraient de nature à accroître l’écart en faveur de Marine Le Pen. Par exemple, il est possible d’imaginer un report des électeurs et électrices de Nicolas Dupont-Aignan, plus défavorable encore à Emmanuel Macron.

2. Marine Le Pen (50%) et Emmanuel Macron (50%) font jeu égal. La France est ingouvernable. Selon ce deuxième jeu d’hypothèses, que je considère également plausible, les votantes et votants ne parviennent pas à départager Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Voici le détail de mes hypothèses conduisant à un tel scénario :

Le tableau se lit de la manière suivante: selon cette hypothèse, par exemple, 30% de l'électorat de Laurent Wauquiez au premier tour voteraient pour Marine Le Pen au second tour; 50% voteraient pour Emmanuel Macron et 20% refuseraient de choisir (abstention, blanc ou nul).

On voit que la différence avec le jeu d’hypothèses précédent est un meilleur report des voix du candidat LR en faveur du président sortant. Un meilleur report des voix du candidat PS en faveur d'Emmanuel Macron pourrait lui donner une courte victoire et permettre sa réélection.

En considérant, d’une part, la progression constante du vote populiste lors de l’élection présidentielle depuis 1981 –à l’exception de 2007– en 1988, 1995, 2002, 2012 et 2017; en considérant, d’autre part, la mesure d’intentions de vote établie par l’Ifop en décembre 2018, qui confirme la tendance observable électoralement, il est désormais possible que la prochaine élection présidentielle fasse tomber la présidence de la République entre les mains d’un candidat ou d'une candidate populiste, celles de Marine Le Pen plus probablement.

Dominique Reynié

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