Economie

Avec Buzz, Google lance son offensive sur la téléphonie

Chris Thompson, mis à jour le 12.02.2010 à 12 h 25

Google Buzz, le nouveau média social de Google, concurrence les mastodontes du réseau social, mais il vise aussi et surtout les smartphones.

Que Facebook soit sur ses gardes: Google attaque... C'est ce que tout le monde a immédiatement pensé, mardi, pendant que Google dévoilait son nouveau réseau social, qui fait de Gmail une version mâtinée de Facebook baptisée «Google Buzz». En matière de recherche sur le Web, seul Facebook dispose d'un moteur de recherche comparable à Google. Et le mastodonte de la recherche en ligne compte bien faire obstacle aux initiatives de Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, pour rester l'acteur le plus attrayant de la Toile.

Concurrencer Facebook

Ce sont ses qualités de champion de l'organisation des informations sur le Web qui ont permis à Google de lancer ce nouvel outil. Seulement Facebook a créé une véritable nouveauté: un univers d'informations auquel Google n'a pas accès. Quand un membre de Facebook publie un message, il crée une information que seul Facebook peut retrouver. Et puisque le Net est un univers où les informations anonymes sont infinies, nous préférerons évoluer dans le petit monde de nos amis de confiance; c'est pourquoi nous privilégions Facebook.

Google en est conscient. La société sait qu'elle doit à tout prix empêcher Facebook de dominer ce secteur. Ses premières tentatives dans le domaine des médias sociaux, Jaiku et Orkut, ont tout juste eu le mérite d'exister aux Etats-Unis. Même YouTube qui, dans sa panoplie de commentaires et de vidéos recommandées, contient des éléments caractéristiques du réseau social, risque dangereusement de devenir «non navigable».

C'est l'une des raisons du lancement de Google Buzz, le petit dernier de Google, mais pas la plus importante.

Les principales fonctionnalités de Google Buzz

En tant qu'utilisateur de Gmail, vous pouvez maintenant transformer votre compte e-mail en une plate-forme similaire à Facebook. Via cette plate-forme, vous resterez en contact avec vos amis et votre famille, vous partagerez des photos et des vidéos et, de manière générale, perdrez du temps au bureau. Mais Google a minutieusement étudié les défauts de Facebook et a tenté, en les résolvant, de se faire au moins une part de ce marché. Les utilisateurs de Gmail pourront passer directement de leur messagerie à Google Buzz en un clic, se sentant comme un poisson dans les eaux protectrices de Google...

Google Buzz offre des fonctionnalités sympathiques, quoique secondaires: l'accès aux vidéos et aux photos est plus direct. Une innovation plus utile a permis de solutionner un problème souvent pointé chez Facebook: les gens postent tellement d'informations - dont beaucoup sont sans intérêt - que faire le tri là-dedans prend trop de temps. Alors Google a décidé de classer les publications par ordre d'importance. Quand une de vos amies annonce avec enthousiasme qu'elle est tombée sur le chiot le plus craquant du monde, Google fera redescendre cette info tout en bas de la liste. En revanche, si quelqu'un que vous ne connaissez pas, mais qui est ami à plusieurs des vôtres, publie quelque chose qui suscite de multiples commentaires, Google vous proposera d'y jeter un œil.

Si vous ne le faites pas, le système fera des déductions pour mieux connaître vos goûts et affiner ses futures suggestions (un peu comme les moteurs de recommandation d'Amazon. En outre, Google Buzz vous permet de créer des paramètres de confidentialité de plus en plus restrictifs, matérialisés par des cercles concentriques: vous n'avez donc pas à rendre vos informations entièrement publiques ou entièrement privées. Vous pouvez créer des petits comités d'amis à qui vous donnez accès à certaines informations. Notons que Facebook a récemment mis en place cette option.

Les limites de ce nouvel outil

Nous avons tous été un peu sciés par le torrent de mises à jour (des statuts par exemple) d'une banalité affligeante que font nos amis. Et les algorithmes de Google ne réussiront sans doute pas à éliminer complètement ce problème au point de nous arracher à notre addiction à Facebook. En fait, Google Buzz pourrait faire empirer nos migraines et encombrer notre cerveau avec encore des infos venant de gens qu'on ne connaît même pas!

Par ailleurs, comme le souligne McGee, salarié de Search Engine Land, il s'agit peut-être d'une stratégie défensive. En ajoutant des fonctionnalités propres aux médias sociaux, Google compte sans doute dissuader les utilisateurs de Gmail qui ne sont pas encore passés à Facebook de s'y inscrire. Google Buzz permet de se connecter à Twitter, mais Facebook est clairement exclu! On peut donc raisonnablement en conclure que Google et Twitter ont décidé de lier leur avenir de réseau social.

La clé de la réussite: les smartphones

Mais l'utilisation «sédentaire» des médias sociaux est secondaire dans cette affaire. Toute la stratégie de Google repose sur les smartphones. Les fonctionnalités de loin les plus performantes de Google Buzz concernent l'utilisation des réseaux sociaux depuis un appareil mobile connecté à Internet. Les ingénieurs de Google misent là-dessus, se disant que c'est cette utilisation que vous serez de plus en plus amenés à avoir. Et c'est là qu'ils se sont montrés le plus créatifs.

Voici l'argument de Google pour répondre à la question des internautes de savoir comment trier les tonnes de messages dont ils sont quotidiennement assaillis. D'abord, Google Buzz utilise des algorithmes pour éliminer les messages incompréhensibles qui vous font perdre votre temps. Il peut vous proposer l'aperçu d'un message intéressant d'un ami d'ami. Mais l'élément clé est votre situation géographique.

C'est là qu'entre en jeu votre smartphone. Si vous vous connectez à Google Buzz, vous serez localisé via votre GPS. Vos coordonnées géographiques seront traduites en langage courant: par exemple, «je suis à la périphérie de Lyon», et ces informations seront traitées de façon à vous proposer toutes sortes de services. Dès lors, vos amis sauront où vous êtes et pourront vous contacter pour un rendez-vous à l'improviste (c'est l'un des avantages que proposent notamment Foursquare). Si vous cherchez un bon restaurant dans les environs, Google Buzz affichera tous les messages ou commentaires publics à propos des établissements de cette zone. Vous pouvez aussi utiliser la «navigation visuelle», en vous plaçant sur Google Maps pour consulter une série de commentaires postés dans le quartier.

Non seulement c'est utile, mais c'est une tentative de faire évoluer le média social. Avec Google Buzz pour les appareils mobiles, Google essaie de faire de votre situation géographique et de votre destination les principaux critères régissant l'affichage de mises à jour de statuts et de messages. Certes, un quart des utilisateurs de Facebook se connectent déjà via leur mobile. Mais Google imagine une grande réorientation du média social axée sur les appareils mobiles pouvant se connecter eu Web, qui créerait une toute nouvelle approche d'utilisation - pratique, pensée pour la vie de tous les jours.

Google s'est armé pour «l'avenir mobile»

On comprend mieux pourquoi Google a tenu à acquérir Yelp et AdMob l'an dernier: c'était pour propulser Google Buzz dans le mobile. Le géant du Net a fait le constat que les appareils mobiles Internet constituent le mode de connexion de plus en plus privilégié par les utilisateurs et que le marché de la pub sur les smartphones devrait exploser. Pour pouvoir rester leader mondial, il doit s'approprier ce marché. En achetant Yelp, Google a vraisemblablement eu accès à une longue et diverse liste de critiques de restaurants et d'entreprises que les possesseurs de smartphones pourront consulter en déambulant dans la rue. Et en refaçonnant Google Buzz de sorte que cet outil soit d'une utilité optimale sur les smartphones, Google se positionne pour être le premier site de média social auquel vous vous connecterez quand vous serez en déplacement.

La semaine dernière, la GSM Association a annoncé les résultats du premier bilan définitif des pages visitées par les utilisateurs de smartphones (l'étude portait sur des utilisateurs du Royaume-Uni). Sur près de 16 milliards de visiteurs uniques en décembre, Facebook s'est hissé de justesse à la première place, devançant Google avec près de 5 milliards de visiteurs.

La semaine prochaine, Barcelone accueillera pour la cinquième année le Mobile World Congress, où seront conclus les contrats de l'industrie du mobile. Le principal intervenant n'est autre que le PDG de Google, Eric Schmidt. Si cette grande guerre entre Google et Facebook finit effectivement par éclater, leur champ de bataille sera l'industrie mondiale du smartphone.

Chris Thompson

Image de une: A New York. REUTERS/Natalie Behring

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