Société / Monde

L'histoire du New-Yorkais autiste qui ne pouvait s'empêcher de voler des métros

Temps de lecture : 5 min

Darius McCollum a passé plus de vingt ans en prison pour avoir conduit des bus et des métros sans autorisation. Il est actuellement détenu dans un hôpital psychiatrique.

Le métro new-yorkais, le 22 mars 2018 | Drew Angerer / AFP
Le métro new-yorkais, le 22 mars 2018 | Drew Angerer / AFP

En octobre 2018, Darius McCollum, un New-Yorkais célèbre pour avoir conduit des milliers de métros, bus et trains sans autorisation, a été condamné à être enfermé dans un hôpital psychiatrique pour criminels violents. Le verdict de la juge condamne McCollum à y rester enfermé en attendant que des psychiatres réévaluent son cas. Son avocate va faire appel.

À 53 ans, McCollum a déjà passé plus de vingt ans en prison pour avoir emprunté des trains et s’être fait passer pour un employé de la MTA, le réseau des transports en commun de New York. Il a également été condamné pour possession de matériel volé et usage de faux –il avait écrit de fausses lettres officielles l'autorisant à superviser la sécurité des rails.

Trente arrestations

Diagnostiqué comme étant atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme souvent caractérisée par une forte intelligence et un intérêt intense pour un sujet particulier, McCollum est fasciné par le métro depuis son plus jeune âge.

«Dans les années 1970, le métro de New York était un endroit sale et dangereux, mais pour moi, c'était le paradis. J'en suis tombé amoureux», déclarait Darius dans Off the Rails, un documentaire sur sa vie sorti en 2016.

Dès l'âge de 13 ans, il a commencé à apprendre à conduire des trains après être devenu ami avec des employés du métro. Au fil des années, il a acquis plusieurs uniformes et insignes de la MTA, et assisté à des centaines de réunions syndicales. Malgré sa connaissance encyclopédique du métro –le jargon, les horaires, les procédures de sécurité–, il n’a jamais pu y travailler légalement.

McCollum a été arrêté pour la première fois à 15 ans, en 1981, après avoir accepté de remplacer un conducteur qui voulait s’absenter. Il avait effectué tous les arrêts de la ligne E normalement, et personne ne s’était aperçu de rien. Mais un passager sur le quai a remarqué que le conducteur avait l’air très jeune et en a informé un employé.

Depuis cet épisode, McCollum a été interpellé trente fois en près de quarante ans. Pendant longtemps, un poster avec son visage était affiché dans toutes les stations de métro, pour prévenir le personnel qu'il s'agissait d'un imposteur.

«Darius estime qu'il a conduit des milliers de fois sans être arrêté. Pendant tout ce temps, personne n'a jamais été blessé, et il a opéré ses trajets de façon ponctuelle, conformément aux horaires de la MTA», explique Michael John Carley, un auteur et activiste qui a lui-même été diagnostiqué Asperger.

Utile ou dangereux?

Malgré cela, la juge Ruth Shillingford a considéré que McCollum appartenait à la catégorie des «malades mentaux dangereux», ce qui le condamne à être enfermé avec des détenus extrêmement violents.

De son côté, son avocate, Sally Butler, espérait qu'il puisse être placé dans un foyer avec un suivi psychiatrique qui l'aiderait à dépasser son obsession des trains. «Tous les gens qui sont déclarés “malades mentaux dangereux” ont commis des actes violents, note-t-elle. Mais dans ce cas, la juge l'a mis dans cette catégorie simplement parce qu'à un moment dans le futur, il pourrait conduire un bus et accidentellement renverser des passants... C'est une utilisation inédite de la loi.»

Butler souligne que la juge avait la possibilité de placer McCollum dans un institut psychiatrique fermé pour personnes non dangereuses, mais qu'elle a refusé cette option, en arguant qu'elle craignait qu'il ne s'échappe grâce à ses talents d'imposteur.

Selon Michael John Carley, l'acharnement contre McCollum vient en partie du fait qu'il est gênant pour les autorités, car il a réussi à mettre en évidence les failles de sécurité du réseau. À cause de lui, le coût de l'assurance de la MTA a augmenté.

Pendant l'un de ses passages en prison, McCollum a même aidé le département de la Sécurité intérieure (Homeland Security) à sécuriser les transports en commun face à de potentielles menaces terroristes.

Darius McCollum en uniforme de la MTA dans le documentaire Off The Rails | Capture écran via YouTube

Son obsession pour les trains et le métro est partagée par de nombreuses personnes sur le spectre de l’autisme, et à New York, le musée du métro (Transit Museum) a mis en place des programmes spéciaux pour cette population. En 1990, McCollum y a travaillé pendant plusieurs mois, avant que des administrateurs de la MTA ne l'empêchent de continuer.

Destin tragique

Depuis les années 1980, la presse new-yorkaise suit de près l’odyssée de McCollum, parfois surnommé le «voleur de trains» ou le «taré des trains». Il y a deux ans, le New York Post le surnommait le «bandit bien-aimé des transports en public» et un projet de film –avec Julia Roberts dans le rôle de son avocate– avait été mentionné dans la presse. Mais si les articles soulignent souvent les aspects romanesques de sa vie, son histoire est devenue au fil des années de plus en plus triste.

À cause de son casier judiciaire, McCollum n’a jamais pu être employé du métro –ses candidatures ont été rejetées. Il a fait quelques petits boulots en dehors du secteur des transports en commun, mais n'est jamais resté très longtemps. Pendant des décennies, il a vécu entre le métro, l’appartement de ses parents, des centres d’accueil pour SDF et la prison.

Sa passion pour le métro a été renforcée par un traumatisme d'enfance. À douze ans, il a été agressé à l'école par un élève qui lui a enfoncé des ciseaux dans le dos. La lame a atteint ses poumons et failli le tuer. Après cet incident, il a commencé à sécher les cours pour se réfugier dans le métro. Le bruit des trains sur les rails, le va-et-vient sur les plateformes, les annonces des stations: tout cet univers le rassurait.

Petit à petit, il a commencé à disparaître pendant des nuits entières, dormant parfois dans les stations –il avait obtenu des clés qui lui donnait accès à des casiers et à des douches. À ses débuts, il proposait souvent à des conducteurs de les remplacer. Certains savaient qu'il n'était pas un employé officiel, d'autres non.

«Quand je ne suis pas en prison et que je ne suis pas dans les transports en commun, je ne sais pas quoi faire de moi-même. J’ai l’impression de ne plus avoir de raison d’être», racontait Darius dans Off the Rails.

Prise en charge inadaptée

Michael John Carley, qui a rencontré McCollum et essayé de l'aider à trouver des emplois, souligne qu'il aurait probablement pu échapper à ce cercle vicieux s'il avait reçu un suivi adéquat assez tôt. «Quand les personnes sur le spectre de l'autisme comprennent que leurs comportements sont différents, elles ont la possibilité d'essayer de faire d'autres choix. Or Darius n'a jamais eu l'opportunité de réfléchir à ses impulsions. C'est quelqu'un d'incroyablement intelligent, qui aurait pu élargir ses centres d'intérêt au-delà des trains s'il avait eu d'autres opportunités en matière d'éducation.»

Mais à l'hôpital psychiatrique où il est actuellement détenu, aux côtés de personnes schizophrènes et bipolaires, le personnel n'est pas habitué à s'occuper de personnes sur le spectre de l'autisme. Même la juge a admis ce problème dans son verdict, en reconnaissant que l'établissement devrait s'adapter pour pouvoir traiter McCollum de façon adéquate.

Son comité de soutien lui envoie des lettres et des colis à l'hôpital psychiatrique, situé dans le nord de l'État de New York. L'une des consignes est de ne pas trop envoyer d'articles, livres ou photos évoquant les trains, de peur que ces détails ne soient utilisés contre lui, pour prouver qu'il doit rester enfermer à cause de son obsession.

Claire Levenson Journaliste

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