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Merkel quasi-convertie à la gouvernance économique

Daniel Vernet, mis à jour le 11.02.2010 à 19 h 23

Pour la première fois, un chancelier allemand a évoqué l'idée d'un «véritable gouvernement économique européen».

Est-elle convaincue ou a-t-elle prononcé le mot par égard pour son hôte? A l'Elysée, en sortant du conseil des ministres commun franco-allemand avec Nicolas Sarkozy, Angela Merkel s'est déclarée en faveur d'un «véritable gouvernement économique européen». C'était la première fois qu'un chancelier allemand reprenait à son compte une expression chère aux Français depuis le traité de Maastricht et le début de l'aventure vers la monnaie unique.

Opposition historique

Sans doute ne faut-il pas voir dans la déclaration d'Angela Merkel un ralliement pur et simple aux thèses françaises. L'Allemagne a toujours été opposée à un gouvernement économique européen car elle considère qu'une telle instance entamerait la sacro-sainte indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). Comme si la Bundesbank n'avait pas eu face à elle, pendant toutes les années du deutschemark-roi, le gouvernement fédéral allemand avec un ministre des Finances qui n'hésitait pas à se mêler des affaires monétaires! Toujours est-il qu'au début des années 1990, Pierre Bérégovoy étant ministre des Finances à Paris, les Allemands ont rejeté l'idée qu'il pourrait exister une institution européenne destinée à être l'interlocuteur politique de la BCE. Ils soupçonnaient la France, et les autres Etats du sud, de ne pas avoir renoncé à leur mauvaise habitude consistant à manipuler les taux de change pour vivre au-dessus de leurs moyens.

A l'automne 2008, Angela Merkel a encore tué dans l'œuf la proposition de Nicolas Sarkozy d'organiser des sommets réguliers -au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement- des pays de la zone euro. L'eurogroupe se réunit au niveau des ministres des Finances, sous la présidence du Jean-Claude Juncker, mais au début de la crise financière, le président de la République française a reproché au Luxembourgeois son peu d'empressement à coordonner une réaction européenne.

Divergence avec Sarkozy

Les mois ont passé, la crise a changé de forme puisque ce ne sont pas les banques qui sont attaquées mais les Etats, qui se sont endettés pour les sauver. La zone euro est mise en cause dans ses maillons les plus faibles et l'idéologue le plus convaincu du laisser-faire, laisser-passer ne peut pas ignorer qu'une monnaie unique ne saurait exister, à long terme, sans un référent politique.

Angela Merkel s'est rendue à cette évidence. Elle n'a cependant pas pu cacher une divergence avec Nicolas Sarkozy. Alors que le président de la République pense à un gouvernement économique de la zone euro, la chancelière semble prête à accepter un gouvernement économique des vingt-sept pays membres de l'Union européenne. La nuance est d'importance. Dans le second cas, la responsabilité est diluée, l'eurogroupe ne peut être soupçonné de vouloir créer un «noyau dur» au sein de l'UE et ce gouvernement économique n'est pas directement lié à la monnaie unique.

Mais c'est un premier pas dans la bonne direction. Il existe des précédents à une telle conversion. Pendant des décennies, l'Allemagne s'était refusée à voir dans l'Europe l'émergence d'une puissance mondiale. Jusqu'au jour de 1999, où, devant l'Assemblée nationale française, le chancelier Gerhard Schröder employait pour la première fois le terme cher aux Français d'«Europe-puissance». Une décennie plus tard, le gouvernement économique européen a creusé son sillon.

Daniel Vernet

Image de une: le 4 février 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

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