Sciences

Susan Potter a donné son corps à la science pour qu'il devienne un cadavre virtuel

Temps de lecture : 2 min

Pendant seize ans, National Geographic a suivi le projet «Visible Human».

Susan Potter a contribué à l'avancée de l'imagerie médicale numérique. | Rawpixel via Unsplash CC License by
Susan Potter a contribué à l'avancée de l'imagerie médicale numérique. | Rawpixel via Unsplash CC License by

Susan Potter est morte d'une pneumonie le 16 février 2015 à l'âge de 87 ans, à Denver, aux États-Unis. Une disparition et un nouveau départ, car en 2000, son existence a basculé lorsqu'elle s'est engagée dans «Visible Human». Chapeauté par la Bibliothèque américaine de médecine, le projet a été créé en 1991 dans l'objectif de numériser des corps sous tous les angles –une alternative à l'étude de cadavres, relativement chers et difficiles à obtenir et conserver.

Peu après sa mort, le corps de Susan Potter a été enduit d'alcool polyvinylique pour assurer sa conservation, avant d'être congelé à -26°C. Deux ans plus tard, le professeur Victor Spitzer de l'Université de médecine du Colorado, en charge des opérations, a commencé par découper la dépouille en quatre blocs.

Chaque partie du corps fut ensuite placée dans une fraiseuse médicale capable de découper des tranches d'une incroyable finesse, 63 micromètres. Quelque 27.000 tranches ont ainsi été découpées durant plusieurs semaines sur fond de musique classique, comme Susan Potter en avait exprimé le souhait. À chaque passage de la lame en carbure, une photo est prise pour capturer l'image de la coupe.

Deux vies en une

Née Susan Witschel le 25 décembre 1927 à Leipzig, en Allemagne, Susan Potter émigra vers New York après la Seconde Guerre mondiale. Elle se maria en 1956 avec Harry Potter, un comptable. Ils auront deux filles.

Un jour de l'an 2000, elle téléphone au professeur Spitzer: «J'ai lu un article dans le journal, sur “Visible Human”. Je veux faire don de mon corps. Je veux être découpée.» Susan pensait alors ne plus avoir qu'un an à vivre –elle mourra en réalité quinze ans plus tard.

Sa proposition a d'abord été refusée, son corps ayant déjà beaucoup souffert: cancer du sein, double mastectomie, mélanome, chirurgie de la colonne vertébrale, diabète, prothèse de la hanche et ulcères. «Je savais qu'un jour, nous devrions commencer à considérer les corps malades», réalise à ce moment-là le médecin.

Rendez-vous avec la science

Une fois le processus enclenché, Spitzer propose au magazine National Geographic, en 2002, de documenter le reste de la vie de Susan et son implication dans le projet. Dans une interview donnée la même année, elle déclare vouloir «aider les jeunes à devenir de meilleurs médecins» et «laisser derrière [elle] quelque chose qui aurait un impact sur l'être humain».

À la fac de médecine, elle parraine la promotion baptisée «Team Susan» et participe à de nombreux échanges avec les étudiantes et étudiants. Elle va même jusqu'à demander une visite de la salle où son corps aura rendez-vous avec la science.

L'équipe du mensuel scientifique, composée de la rédactrice, d'un éditeur, d'un photographe et d'un éditeur photo, a suivi le projet du début à la fin. Seize ans plus tard, dans son numéro de janvier 2019, National Geographic peut enfin partager au monde entier l'histoire et les photos de Susan Potter.

Slate.fr

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