Politique

Présidentielle 2022: Mélenchon cédera-t-il la place à Mathilde Panot?

Temps de lecture : 6 min

En cédant la place à Mathilde Panot pour la présidentielle 2022, Mélenchon pourrait désamorcer les tensions internes à son parti.

Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Alexis Corbière sur les bancs de l'Assemblée nationale le 1er août 2018 | Gérard Julien AFP
Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Alexis Corbière sur les bancs de l'Assemblée nationale le 1er août 2018 | Gérard Julien AFP

Une élection présidentielle se prépare longtemps à l'avance. Jean-Luc Mélenchon y travaille déjà. Mais peut-être pas pour lui-même... Fin avril 2022, date du premier tour de la prochaine présidentielle, le chef de file de La France insoumise (LFI) aura 70 ans: il est né le 19 août 1951. Il aura alors plus de cinquante années d'une activité politique entamée à la fin des années 1960, sous le pseudonyme de «Santerre», dans la branche lambertiste du trotskisme, à l'Organisation communiste internationaliste (OCI). Député depuis juin 2017 à l'Assemblée nationale où il préside le groupe des dix-sept élus et élues LFI, Mélenchon a déjà deux campagnes présidentielles à son actif.

Obnubilé par le pouvoir

Candidat du Front de gauche en 2012, il se classe quatrième au premier tour (3.984.822 voix et 11,10% des suffrages exprimés), derrière Marine Le Pen et devant François Bayrou. En 2017, sous l'étiquette de La France insoumise, il augmente considérablement son score (7.059.951 voix et 19,58% des suffrages exprimés). Ce qui n'empêche pas le candidat d'exprimer sa déception sur Twitter, arguant qu'il a manqué sa qualification «à 600.000 voix près» (alors qu'il arrive bon quatrième, derrière François Fillon). Cet élément de langage sera repris en boucle pendant plusieurs mois.

La question d'une troisième candidature peut donc légitimement se poser. Parmi ceux qui l'ont côtoyé au Parti socialiste certains ne doutent pas que Mélenchon s'y collera une nouvelle fois en 2022. Un avis partagé par d'autres compagnons de campagne, qui ont depuis rompu avec l'impétrant de 2018. «Il n'a qu'un objectif, la prochaine présidentielle. Toute son action politique est tournée vers ce but», confie l'un d'entre eux. «Vous auriez tort de penser qu'il n'a pas envie d'atteindre le pouvoir: il ne vit que pour ça», glisse un autre.

Il n'empêche que le leader des insoumis doit bien s'interroger sur la légitimité d'une troisième et ultime tentative. Les éléments historiques qui plaident en faveur d'un nouvel essai, s'ils se comptent sur les doigts d'une main, existent bel et bien. Ainsi, François Mitterrand et Jacques Chirac ont gagné leur ticket pour l'Élysée à leur troisième tentative. Après deux échecs en 1965 et 1974 face au général de Gaulle et à Valéry Giscard d'Estaing, le candidat de la gauche Mitterrand finit par l'emporter en 1981.

Une tendance au rajeunissement

Chirac, candidat de la droite, a décroché le gros lot au troisième essai. Sa première candidature anti-Giscard de 1981 le place en troisième position au premier tour et lui permet d'affermir son ascendant sur la droite (il est maire de Paris depuis 1977). La seconde, en 1988, le conduit face à Mitterrand au second tour où il est battu. La troisième, en 1995, le porte à la présidence de la République. Et après une cohabitation de cinq ans à partir de 1997, résultat de la dissolution incongrue et ratée de l'Assemblée nationale, il sera réélu en 2002 face à Le Pen père.

En dehors de l'âge et de la multiplication des candidatures, une nouvelle donnée est à prendre en compte: la percée spectaculaire des femmes sur la scène politique.

L'âge ensuite. Excepté Mitterrand, réélu en 1988 à plus de 70 ans (il était né le 26 octobre 1916) et de Gaulle, réélu en 1965 à 75 ans passés (il était né le 22 novembre 1890), aucun candidat septuagénaire n'a été élu chef de l'État sous la Ve République. Depuis la fondation de la Ve République, l'âge des présidents au moment de leur élection n'a cessé de tendre vers un rajeunissement. Dès 1974, la victoire de Giscard alors âgé de 48 ans marque la tendance. Les locataires de l'Élysée sont successivement passés de la tranche des sexagénaires à celle des quinquagénaires avec Nicolas Sarkozy et François Hollande, pour atteindre celle des quadras avec Emmanuel Macron, élu à moins de 40 ans (il est né le 21 décembre 1977). Sauf à se prendre pour le père de la France libre, le facteur âge ne plaide pas en faveur de Jean-Luc Mélenchon en 2022.

En dehors de l'âge et de la multiplication des candidatures, une nouvelle donnée est à prendre en compte dans cette analyse: la percée spectaculaire des femmes sur la scène politique. Elle a été illustrée par l'arrivée massive de 229 députées après les législatives de 2017, ce qui représente 39,7% des 577 personnes qui siègent sur les bancs de l'Assemblée nationale. Pour mémoire, elles étaient 155 sous la législature précédente (2012-2017), soit 26,9%.

Parmi elles, c'est La République en marche qui se taille la part de la lionne, avec 47% d'élues dans ses rangs, devant le Modem (46%) et La France insoumise (41%). Le groupe du parti Les Républicains compte 23% de femmes. Sensible aux combats que mènent les féministes, cet élément-clé de l'évolution du paysage politique n'a pas pu échapper à la sagacité du président du groupe LFI au palais Bourbon.

Mathilde Panot, atout féminin et bouclier politique

Le rajeunissement et la féminisation caractérisent déjà la liste présentée par La France insoumise à l'occasion des élections européennes du 26 mai 2019, dans cinq mois. Après le renoncement de Charlotte Girard qui avait été désignée pour conduire cette liste devant Manuel Bompard, c'est Manon Aubry, 28 ans (elle est née le 22 décembre 1989) qui a été choisie pour la remplacer. Plutôt bonne nageuse à l'adolescence, adepte du water-polo, diplômée en affaires internationales, connaisseuse du secteur humanitaire, ancienne porte-parole de l'ONG Oxfam France et novice en politique, elle présente l'avantage, par la nouveauté, d'apporter une solution aux rivalités internes dans le mouvement insoumis.

C'est justement la question des tensions internes qui peut conduire Mélenchon à se désister à la faveur d'une femme à l'occasion de la présidentielle de 2022. Protégé par Alexis Corbière et Éric Coquerel, ses deux principaux lieutenants à l'Assemblée, et par Manuel Bompard, directeur de campagne de la présidentielle et des législatives en 2017, aux commandes du parti, il n'ignore pas qu'il évolue sous l'œil attentif et critique du député François Ruffin et de la député Clémentine Autain.

Pour se prémunir contre ces rivalités potentielles, le «patron» est dans l'obligation de trouver une troisième voie qui puisse lui éviter les ravages internes que constituerait une guerre des egos. Or, depuis quelque temps, Mélenchon fait monter au créneau une députée plutôt inconnue du grand public mais qui pourrait synthétiser les avantages qu’il tente de rassembler pour 2022.

C'est une femme, elle est jeune, elle aura 30 ans le 15 janvier 2019, elle est titulaire d'un master en relations internationales de Sciences Po Paris, elle a été bénévole à ATD Quart Monde, puis elle a travaillé dans le secteur associatif. Benjamine des députés du Val-de-Marne, elle s'appelle Mathilde Panot. À l'instar de Manon Aubry, elle est novice en politique.

Sortir du bois

Le 12 septembre 2018, c'est elle que le groupe LFI a choisie pour être candidate à la présidence de l'Assemblée nationale pour succéder à François de Rugy nommé ministre de la Transition écologique et solidaire, en remplacement de Nicolas Hulot, démissionnaire du gouvernement. Elle n'avait évidemment aucune chance d'accéder au perchoir qui fut pris par Richard Ferrand (LREM)... avec un fort vote de mécontentement des centristes du Modem à l'égard du parti présidentiel. Mais Mélenchon voulait certainement marquer ce scrutin d'une pierre blanche –les dix-sept voix de Panot—, en faisant sortir sa candidate de l'anonymat pour lui donner de la visibilité.

Trois mois plus tard, le 11 décembre, c'est encore elle qui monte au créneau lors des questions orales au gouvernement, au lendemain d'une allocution télévisée d'Emmanuel Macron en pleine crise des «gilets jaunes» au cours de laquelle le chef de l'État avait fait des annonces sur le plan social, notamment sur le Smic. «Hier, le président a parlé, il a menti», lance Panot dès le début de son intervention en forme de réquisitoire contre Macron et le gouvernement en même temps qu'une énumération des revendications défendues par La France insoumise depuis le début du mouvement d'occupation des ronds-points.

La charge est assez violente pour pousser le Premier ministre à répondre en personne. Édouard Philippe rétorque, notamment, que «le débat public, y compris le débat parlementaire, gagne beaucoup à ne pas s'insulter». D'abord goguenard, Mélenchon s'agace alors sur son banc.

Parer une guerre fratricide

Le fait de mettre la jeune députée en lumière et en opposition au président de la République, de façon si abrupte, est-il un triple signal envoyé par Mélenchon pour couper l'herbe sous le pied de ses éventuels adversaires? Que ce soit en interne (femmes et hommes confondus), au sein du mouvement des insoumis ou dans les rangs des observateurs de la vie politique? L'élection présidentielle s'anticipe. C'est un travail de longue haleine. Surtout quand on veut faire émerger une nouvelle figure, en évitant de décevoir ses troupes. Le temps est peut-être venu de mettre en rodage une candidate insoumise pour 2022. Pour éviter une guerre fratricide et faire taire les ambitions.

Olivier Biffaud Journaliste

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