Culture

Les 20 séries qu'il ne fallait pas manquer cette année

Temps de lecture : 20 min

De quoi binge-watcher au chaud pendant les fêtes de fin d'année (et même en 2019, si vous en avez beaucoup à rattraper).

Affiches de dix séries de notre sélection | Montage Slate
Affiches de dix séries de notre sélection | Montage Slate

À l’ère de la Peak TV, il est facile de se sentir noyé par l’offre de séries télé, toujours plus impressionnante –en février, Netflix annonçait à elle seule près de 700 séries originales prévues pour 2018.

Dans cette overdose de choix, on a parfois du mal à savoir quoi regarder, surtout que le nombre de séries «prestigieuses» ne cesse d’augmenter. Pour vous aidez à y voir plus clair, voici, sans ordre particulier, nos vingt meilleures séries de 2018.

«The Good Place» (NBC / Netflix)

Qui aurait cru qu’une sitcom américaine pourrait un jour dédier un épisode entier à une critique percutante de l’utilitarisme? Ou faire du comique de répétition sur les limites de la pensée kantienne? C’est pourtant ce que nous offre The Good Place, série existentielle sur l’après-vie et le bien et le mal.

Si vous avez gardé des souvenirs épouvantables de vos cours de philo de terminale, n’ayez crainte: en plus d’être brillante, la série de Michael Schur (The Office, Parks and Recreation) est aussi invariablement loufoque, hilarante et émouvante.

Avec un twist à presque chaque épisode, la série parvient toujours à surprendre. On peut la revoir des dizaines de fois sans jamais se lasser, et découvrir de nouvelles blagues à chaque visionnage –un épisode au «Musée de la misère humaine» à la fin de la saison 2 est tellement riche en références cachées qu’il exige presque une rediffusion immédiate. Le tout mené par l’un des casting les plus réjouissants du moment.

«Killing Eve» (BBC America / Canal+)

Killing Eve représente un tournant pour les personnages féminins: après les héroïnes (Buffy et Sydney Bristow) et les anti-héroïnes (Elizabeth Jennings et Peggy Olson), le monde de la télé est peut-être enfin prêt pour de véritables méchantes.

Dans cette série pleine d’humour noir, écrite par Phoebe Waller-Bridge (qui nous avait offert l’incroyable Fleabag), on découvre ainsi Villanelle, une redoutable tueuse en série dénuée de culpabilité et d’empathie. Face à elle, Eve, jouée par Sandra Oh (Grey’s Anatomy), est une agent du MI5 enquêtant sur les meurtres commis par Villanelle.

Dans une société où les femmes s’excusent de tout, il y a quelque chose de délicieusement subversif dans le fait de voir une femme être dangereuse et violente, surtout lorsque celle-ci est constamment sous-estimée. Quand une femme commet un acte monstrueux, on se demande toujours comment elle a pu en arriver là. Mais la série n’offre jamais de justifications aux meurtres de Villanelle; on ne découvre pas de passé traumatisant qui pourrait expliquer et excuser sa cruauté.

L’autre aspect rafraîchissant de la série est la relation entre les deux femmes, pourtant ennemies. Eve éprouve une fascination morbide pour Villanelle et son œuvre, tandis que Villanelle, ouvertement bisexuelle, est très clairement attirée par Eve («Je pense souvent à toi. Enfin, non, je me masturbe souvent en pensant à toi»). Même si la série part un peu dans tous les sens, c’est l'une des plus drôles et jouissives que l'on ait vues cette année.

Villanelle (Jodie Comer) dans Killing Eve | Capture écran

«Succession» (HBO / OCS)

Une série sur une famille de milliardaires américains avides de pouvoir et complètement détachés de la réalité, ça rappelle forcément un peu l’actualité. Mais ce qui avait commencé en satire un peu froide de l’extrême richesse s’est transformée au fil des épisodes en une tragédie quasi shakespearienne sur les rapports de pouvoir dans une société capitaliste.

Écrite par Jesse Armstrong (Peep Show, The Thick Of It) et produite par Adam McKay (The Big Short), Succession est délicieusement cynique et parvient à nous faire éclater de rire, même dans ses moments les plus cruels.

Sa plus belle réussite, ce sont ses personnages aussi détestables que fascinants. Mention spéciale pour Kendall, le fils qui rêve à la fois de tuer le père et de gagner enfin son respect, et Tom, un Rastignac obséquieux, fasciné par la richesse et qui oscille constamment entre sociopathie et naïveté.

Si la série parvient à accomplir un numéro d’équilibriste impressionnant, nous faisant souvent compatir avec les enfants de la famille tout en soulignant leur indécence et leur privilège, c’est parce que cette critique mordante du capitalisme montre à la fois les effets dévastateurs que peut avoir un patriarche cruel sur sa descendance, et ceux encore plus terribles qu’une famille toute puissante peut avoir sur la vie de celles et ceux qui n’ont pas son pouvoir.

«Sharp Objects» (HBO / OCS)

Avant même d’avoir réalisé Big Little Lies, l'une de nos séries préférées de 2017, Jean-Marc Vallée (Wild, Dallas Buyers Club) travaillait sur cette adaptation d’un roman de Gillian Flynn. Et alors qu’on y retrouve tous les ingrédients typiques de l’œuvre du réalisateur (bande-son léchée et montage subliminal), cette série représente peut-être son travail le plus abouti.

Sharp Objects suit Camille, journaliste alcoolique et hantée par un passé mystérieux, qui retourne dans sa ville natale du sud des États-Unis pour enquêter sur le meurtre d’une ado. On avait très peur que cela soit une énième histoire de violences sexuelles contre les femmes. Mais plus la série progresse, plus on réalise que l’on a affaire à quelque chose de beaucoup moins évident.

L’histoire, très bien construite, renverse habilement les clichés et évite le male gaze (ou regard masculin) que l’on a l’habitude de trouver dans certaines séries qui se délectent de la violence misogyne.

Tout le casting, à commencer par Amy Adams, est excellent, mais Eliza Scanlen, dans le rôle de la petite sœur Amma, livre une des performances les plus fascinantes et dérangeantes de l’année. À la fois virginale et hyper sexualisée, innocente et dangereuse, elle semble illustrer à elle seule les contradictions impossibles auxquelles on soumet les jeunes filles.

Mais c’est aussi et surtout le travail de Jean-Marc Vallée sur le montage et sur le son qui font de Sharp Objects un objet visuel unique: à l’aide de flashbacks brefs et bien sentis, le réalisateur nous permet de voyager dans la mémoire et l’inconscient des personnages, comme aucune série jusqu’alors.

«Schitt’s Creek» (CBC Television)

Les mots «sitcom canadienne» ne vous vendent pas du rêve? Vous n’êtes pas seuls. Pourtant, cette série comique sur une famille de riches citadins qui se retrouvent dépouillés de tous leurs biens et forcés à vivre dans un trou paumé vaut vraiment le détour.

Le casting secondaire peine parfois un peu, mais les personnages principaux sont toujours excentriques et hilarants. Catherine O’Hara, en mère complètement perchée et accro aux perruques, et Daniel Levy (co-créateur de la série), en fils pansexuel –il mériterait un Oscar juste pour ses sourcils–, sont particulièrement brillants.

Au fil des saisons, on s’attache de plus en plus aux personnages, que l’on voit mûrir et évoluer à l’écran. Mais c’est dans la saison 4 de Schitt’s Creek, diffusée cette année, que la série prend une ampleur émotionnelle inattendue, en explorant la vie sentimentale de ses personnages. Elle nous offre par exemple des moments de tendresse et de romantisme entre deux hommes amoureux comme on en voit encore rarement à la télé. Bref, une série hilarante et réconfortante que l’on recommande chaudement.

«Atlanta: Robbin’ Season» (FX / OCS Go)

Il y a beaucoup de David Lynch dans Atlanta, surtout dans la façon dont la série sublime les moments du quotidien et les exacerbe pour les rendre absurdes, exaspérants et contemplatifs. Mais en ajoutant à cet onirisme un commentaire social bien acéré, Donald Glover a créé une série unique en son genre, un ovni télévisuel.

Encore plus surréaliste et ambitieuse que la première (qui nous avait pourtant donné une voiture invisible), cette deuxième saison nous balade dans une Amérique divisée par ses tensions raciales, à travers une succession de vignettes aussi drôles qu’angoissantes.

Atlanta fricote avec le genre de l’horreur plus d’une fois au cours de cette saison: que ce soit dans l’épisode très remarqué «Teddy Perkins», où Donald Glover apparaît en «whiteface», mais aussi dans l’excellent «Woods», où Alfred se perd dans les bois. La saison transcende de nombreux registres au cours de ses onze épisodes, dont chacun peut être vu comme une œuvre d’art à part entière.

Au casting, Donald Glover, Zazie Beetz et Lakeith Stanfield sont toujours aussi bons dans leurs rôles. Mais la saison 2 appartient à Brian Tyree Henry, une révélation dans le rôle d’Alfred, rappeur frustré par les limites de son succès, épuisé par l’incompétence de son manager et poussé à bout tout du long.

Le talent de Donald Glover n’était déjà plus à prouver (ce qui est assez déprimant vu qu’il n’a que 35 ans), mais la saison 2 d’Atlanta ne laisse plus aucun doute. Un chef-d’œuvre, tout simplement.

«Pose» (FX / Canal+)

Ryan Murphy est un homme prolifique. En 2018, en plus d’excellentes saisons d’American Horror Story et American Crime Story, il a réussi à nous offrir Pose, l'une des séries les plus queer de l’année.

Centrée sur le voguing et la culture ball dans les années 1980 à New York, Pose met enfin sur le devant de la scène des personnes trans* et racisées, membres trop souvent oubliés de la communauté LGBTQ. Avec de nombreuses femmes trans* de couleur au casting, et Janet Mock et Our Lady J –également trans*– à l’écriture, la série est historique en termes de représentation.

Ce n’est pas juste pour ça qu’on la retiendra parmi les meilleures de l’année: c’est aussi et surtout une série feel good, qui nous a diverties de bout en bout. Sans jamais occulter les aspects les plus tragiques de l’époque –drogue, VIH, homophobie, pauvreté–, les créateurs nous offrent de sublimes moments d’entraide, d’espoir et de fierté entre les personnages.

Billy Porter, MJ Rodriguez et Indya Moore portent les moments les plus émouvants de la série avec grâce et talent, Dominique Jackson dévore chaque réplique qu’on lui donne. Quant au style grandiloquent de Ryan Murphy, il ne pouvait pas trouver meilleur sujet que les scènes de bal, où la caméra tourbillonne au milieu des costumes, paillettes et performances déjantées. Une série ultra divertissante et pleine de flamboyance.

«Sorry For Your Loss» (Facebook Watch)

Si on nous avait dit un jour que l'une des plus belles séries de l’année serait diffusée par Facebook, on aurait eu bien du mal à le croire. Et pourtant. Sorry For Your Loss suit Leigh (Elizabeth Olsen, impressionnante) quelques mois après la mort de son mari Matt, dans des circonstances que l'on ignore. Entourée de sa mère et de sa sœur (Janet McTeer et Kelly Marie Tran, incroyables), Leigh tente de faire face à ce deuil impossible.

La série alterne entre des flashbacks semés d’indices sur la relation du couple et la mort de Matt, et des scènes dans le présent, où Leigh a du mal à contenir sa rage et sa douleur. En plus d’un portrait cru et bouleversant de la vie après la mort d’un proche, la série aborde aussi en filigrane la question de la santé mentale, le tout avec beaucoup de délicatesse.

«The Deuce» (HBO / OCS)

Créée par David Simon (The Wire, Treme, Show Me A Hero), The Deuce narre la naissance de l’industrie du porno dans les années 1970. La première saison nous plongeait surtout dans le quotidien souvent sordide de prostituées, macs et patrons de bars de New York. Et c’est avec cette deuxième saison, plus fun et excentrique, que l’on arrive vraiment dans le vif du sujet: l’essor de la pornographie, moment charnière pour tous les protagonistes.

Lori (Emily Meade), voit sa carrière d’actrice porno décoller, mais elle continue de se prostituer et d’être maltraitée par son mac. Larry Brown (Gbenga Akinnagbe), souteneur un peu caricatural dans la saison 1, gagne en profondeur et en sensibilité en devenant lui-même acteur porno et en se confrontant pour la première fois au racisme et à l’objectification de son industrie.

Candy / Eileen, ancienne prostituée devenue réalisatrice de porno, elle, continue d’être l'un des personnages féminins les plus épatants du petit écran: on la suit alors qu’elle écrit et réalise une version porno féministe du Petit Chaperon Rouge et tente de se faire un nom dans l’industrie. Maggie Gyllenhaal est fascinante dans le rôle, à la fois cool et pleine d’assurance, mais aussi enragée par le sexisme auquel elle est confrontée.

David Simon nous rappelle une fois de plus que derrière chaque période de l’histoire se trouvent beaucoup de petites histoires humaines passionnantes à raconter.

Larry Brown (Gbenga Akinnagbe) dans The Deuce | Capture écran

«Le Bureau des légendes» (Canal+)

Après quatre saisons, Le Bureau des Légendes reste la meilleure série française et la preuve que l’Hexagone peut produire des programmes aussi addictifs et bien ficelés que les États-Unis.

Collant une nouvelle fois à l’actualité, la saison 4 se déroule partiellement en Russie, au pays du FSB et des hackers. Encore plus tendue et paranoïaque que les précédentes, cette nouvelle saison mène habilement une intrigue complexe répartie entre plusieurs pays et situations géopolitiques, sans jamais perdre de vue les enjeux émotionnels de ses héros.

La série sait toujours aussi bien construire des personnages fascinants: le petit nouveau, César, hacker de la DGSE qui doit s’infiltrer en Russie, ou Jonas, notre analyste préféré, envoyé en mission en Syrie.

Le Bureau des Légendes continue de faire la part belle à d’excellents personnages féminins, notamment Marie-Jeanne Duthilleul (bon, pour les noms fictifs, y'a encore du boulot), ou Marina Loiseau, la plus captivante des agents de l’équipe. Cerise sur le gâteau: la fin ambiguë, qui nous fait attendre avec impatience la prochaine saison.

«Better Call Saul» (AMC / Netflix)

Année après année, Better Call Saul continue de nous impressionner et de mériter sa place parmi les meilleures séries de la décennie. Focalisée sur la vie de Jimmy McGill avant qu’il ne devienne Saul Goodman, l’avocat ripoux, cette série ne cesse de prouver qu’elle est plus qu’un simple spin-off de Breaking Bad. On y retrouve une même originalité visuelle et un même sens de la tragédie, mais avec une étude de personnages encore plus fine et subtile que sa grande sœur, magnifiée par l’incroyable performance de Bob Odenkirk –et du reste du casting.

Dans cette quatrième saison, la transformation de Jimmy en Saul est imminente, et la tension devient de plus en plus forte pour tous les personnages. Howard est dépressif, Kim a un bras dans le plâtre, et Jimmy, interdit d’exercice, se consacre à fond aux petites arnaques dans lesquelles il excelle.

Les événements de Breaking Bad se rapprochent de plus en plus: on suit ainsi Mike tandis qu’il supervise la construction de l’immense laboratoire qui sera un jour occupé par Walter White, Jesse Pinkman et une mouche... Et même Gale fait une apparition. Mais le cœur de la série reste la relation entre Jimmy et Kim, que l’on regarde avec effroi se déliter, sachant très bien qu’elle est vouée à l’échec. Rhea Seehorn, dans le rôle de Kim, est exceptionnelle; sa performance mériterait toutes les récompenses.

Malgré une intrigue de plus en plus sombre, la série reste très drôle. Un naufrage tragique et extrêmement divertissant que l’on ne peut s’empêcher de regarder.

Kim (Rhea Seehorn) et Jimmy (Bob Odenkirk) dans Better Call Saul | Capture écran

«Big Mouth» (Netflix)

Une série animée sur les angoisses de la puberté, ça peut paraître un peu lourd, mais entre les mains des meilleurs talents comiques américains contemporains, on obtient un petit bijou d’humour crade et décapant.

Mené par Nick Kroll, le casting rassemble entre autres John Mulaney, Jenny Slate, Maya Rudolph et Jordan Peele. Tout ce petit monde s’attèle à nous faire revivre les moments les plus gênants de notre adolescence et à explorer la confusion liée aux changements hormonaux de cette période ingrate.

Dans sa deuxième saison, diffusée cette année, Big Mouth aborde le sentiment de honte que tous les ados ressentent dans leur exploration sexuelle, mais aussi des questions comme la masturbation, la perte de virginité à l’âge adulte et la contraception. Drôle, intelligent et bien écrit, on a hâte de voir la suite.

«Dear White People» (Netflix)

Au départ, Dear White People est un film sorti en 2014 sur les tensions raciales américaines vues au prisme du quotidien des étudiants noirs d’une université prestigieuse. Puis Justin Simien a adapté son film en série. Et si la première saison, malgré un épisode réalisé par Barry Jenkins, nous avait laissé un peu perplexes, Dear White People s’est surpassée dans son excellente saison 2. La première partie était un peu trop froide et académique; la seconde approfondit les enjeux émotionnels des personnages, tout en gardant l’ambition d’aborder des thématiques complexes.

Nos protagonistes doivent faire face aux répercussions de la soirée «blackface» qui avait conclu la première saison, notamment Reggie, traumatisé après avoir été visé à bout portant par des policiers du campus. Mais la saison 2 explore aussi les questions d’assimilation, de privilège blanc, ou encore de colorisme.

Sans prétendre offrir des solutions toutes faites, elle laisse les personnages débattre et illustre plutôt à quel point ces questions sont aussi complexes que cruciales. Ajoutez à ça une bonne dose de drame, d’inventivité et de tension sexuelle, et vous obtenez l'une des séries les plus addictives et intellectuellement stimulantes de l’année.

«The Bisexual» (Channel 4 / Canal+)

Dans un monde de séries toujours plus sombres et sérieuses, The Bisexual est un moment de douceur et de naturel bienvenu. On y suit les aventures de Leila, Américaine d’origine perse, qui explore pour la première fois son attirance pour les hommes, après des années passées en couple avec une femme. C’est drôle et léger, mais jamais superficiel.

Très inclusive, la série explore les questions de sexualité et de genre à travers des personnages attachants et en évitant toujours les clichés. Alors que la bisexualité est souvent mal comprise et reléguée au second plan par les rares séries qui en parlent, The Bisexual, comme son nom l’indique, place cette thématique au cœur de l’intrigue. Le tout en seulement huit épisodes, que l'on consomme d’une traite.

«The Terror» (AMC / Amazon Prime Video)

Tirée d’une histoire vraie, The Terror raconte l’expédition cauchemardesque d’un groupe d’explorateurs pris au piège dans un océan de glace en Arctique. On sait dès le départ qu’ils ne sont jamais revenus; toute la question est de montrer ce qu’il leur est arrivé. Entre le froid, l’alcoolisme du capitaine, la paranoïa et la maladie qui se propagent au fil des semaines, c’est une descente aux enfers qui attend l'équipage.

Créée par David Kajganich et Soo Hugh, The Terror s’empare des éléments historiques de l’expédition et y ajoute un soupçon de surnaturel, pour créer l'une des séries les plus inoubliables de l’année. Le casting, peuplé d’excellents acteurs britanniques (Jared Harris, Tobias Menzies, Ciarán Hinds), est parfait. Et grâce à son écriture habile, la série renverse brillamment nos attentes: on finit par détester les personnages que l'on soutenait au début, et inversement. La musique et la mise en scène créent une atmosphère glaciale et angoissante si efficace que l’on se surprend à frissonner.

Alors que l'on est submergés de programmes tous plus inventifs les uns que les autres, The Terror, au croisement entre la série d’époque, d’horreur et de survie, a quand même trouvé le moyen de nous surprendre, en produisant certaines des images les plus terrifiantes et singulières de l’année. L’attaque de l’ours ou la trahison choquante de l'un des personnages principaux resteront pour longtemps dans notre subconscient.

«One Day At a Time» (Netflix)

À votre avis, combien de séries cette année (ou n’importe quelle année, d’ailleurs), contenaient un personnage non binaire, c’est-à-dire qui ne se définit ni comme un homme, ni comme une femme? La réponse est: très peu. Mais parmi elles se trouve One Day At a Time, une sitcom à base de rires enregistrés et l'une des meilleures séries des deux dernières années.

Ce remake d’une série des années 1970 évoque le quotidien d’une famille latino-américaine qui vit sous le même toit: Penelope, mère célibataire, Elena et Alex, les deux enfants, et Lydia, la grand-mère.

Cette année, One Day At a Time a encore fait mouche, avec son savant mélange d’humour bon enfant et de thématiques sérieuses, traitées par le biais de l’intrigue familiale –la non-binarité, donc, mais aussi l’homosexualité, le port d’armes, l’immigration ou encore le syndrome de stress post-traumatique.

Grâce à son format traditionnel et son écriture calibrée, il s'agit de l'une des séries les plus sincères et les plus touchantes du moment, tout en étant invariablement l’une des plus drôles: la légendaire Rita Moreno, dans le rôle de la grand-mère cubaine haute en couleurs, est un pur régal. Et entre deux éclats de rire, on se laisse surprendre par de grands moments d’émotion, comme dans le final, absolument déchirant. One Day At a Time est la preuve qu’une série grand public peut être tout aussi moderne et importante qu’une série de prestige.

Lydia (Rita Moreno) dans One Day At a Time | Capture écran

«G.L.O.W» (Netflix)

G.L.O.W, c’est l’histoire d’un groupe de femmes toutes un peu marginales qui se lancent dans la production d’une émission de catch féminin pendant les années 1980 –l’émission a vraiment existé, et la série s’en inspire très librement. Ici, le catch est surtout un prisme pour explorer la question du sexisme dans le divertissement, mais aussi pour dresser le portrait de personnages féminins encore trop rarement vues à la télé. On retrouve ainsi, dans l’équipe, des femmes de corpulence, de couleur de peau et d’orientation sexuelle diverses et variées. Toutes trouvent dans le catch un sentiment d’appartenance et une manière de se réapproprier leur corps.

Jouissive, déjantée et presque exclusivement réalisée et écrite par des femmes, cette série offre un très bel exemple de «female gaze» (ou regard féminin): preuve qu’on peut filmer des femmes en justaucorps sans les objectifier.

Avec l’ascension de Debbie au poste de productrice et les ambitions de réalisation de Ruth, la saison 2 s’intéresse aussi au sexisme quotidien du monde professionnel, en montrant le mépris de leurs collègues masculins et leur difficulté à être prises au sérieux. Mais l’aspect le plus fascinant de la série reste l’amitié très compliquée et teintée de jalousie entre Debbie et Ruth. Et ça tombe bien, parce que Betty Gilpin et Alison Brie sont absolument incroyables dans leurs rôles respectifs.

«The Haunting of Hill House» (Netflix)

Très librement adaptée du roman du même nom de Shirley Jackson, reine du gothique américain, la série de Netflix est le genre de récit qui vous happe et ne vous lâche plus. On y suit l’histoire des Crane, une famille –littéralement et métaphoriquement– hantée par le souvenir d’un été tragique passé à Hill House, un manoir ultra flippant.

On s’attendait à une bonne série d’horreur et entre jump scares, ambiance oppressante et fantômes cachés, on n’a pas été déçues. Mais plus que ça, The Haunting of Hill House est un portrait bouleversant du deuil et du traumatisme familial.

On se souviendra surtout de deux épisodes particulièrement beaux. Le premier, un conte terrifiant et tragique qui révèle l’origine du fantôme le plus effrayant de la série. Le second, composé de trois plans-séquences qui nous transportent d'une chambre funéraire à une maison hantée, époustoufle par sa maîtrise formelle.

Alors même si elle utilise parfois des stratagèmes de réalisation un peu trop faciles (au bout du quatrième monologue en gros plan, on commence à se lasser), et si la fin nous a un peu déçues, la série a offert de tels moments de terreur, de grâce et de catharsis qu’on lui pardonne tous ses défauts.

La famille Crane dans The Haunting of Hill House | Capture écran

«The Marvelous Mrs Maisel» (Amazon Prime Video)

Il y a des séries qui nous bouleversent et nous font réfléchir sur des questions profondes, d’autres qui nous entraînent dans un tourbillon de bonne humeur et nous font oublier la réalité. The Marvelous Mrs Maisel fait partie de la deuxième catégorie.

L’histoire, qui se déroule à la fin des années 1950, est plus ou moins inspirée de la vie de la comédienne américaine Joan Rivers et de la carrière du père d’Amy Sherman-Palladino, la créatrice de la série. Midge, une jeune New-Yorkaise juive et bourgeoise, se découvre un talent pour la comédie après l’implosion de son mariage et décide d’en faire sa carrière.

Après avoir dévoré la première saison, on attendait avec impatience de se replonger dans l’univers pastel, enjoué et réconfortant de la série. La deuxième nous entraîne tour à tour dans un Paris idéalisé, un village de vacances fantasque et toujours dans le New York juif des années 1950, que la série sait si bien capturer. Comme dans toutes les séries d’Amy Sherman-Palladino (Gilmore Girls, Buns), les dialogues sont vifs et percutants, les personnages décalés.

Alors que Midge gagne de plus en plus en notoriété dans le monde de la comédie, elle doit faire face à ses premières complications, entre des comédiens sexistes qui la dénigrent publiquement et sa famille, excentrique et aimante, mais qui a du mal à accepter son nouveau choix de carrière.

On rit, on oublie tous ses soucis, et on se demande comment on va attendre une année de plus avant de pouvoir se plonger dans la suite des aventures de cette héroïne merveilleuse.

«The Americans» (FX / Canal+)

«Pour vous les Américains, tout est noir ou blanc. Pour nous, tout est gris.» Cette phrase, prononcée par la Russe Nina dans la première saison de The Americans, pourrait servir de manifeste à cette série sur des agents du KGB infiltrés aux États-Unis dans les années 1980. Tout y est question de nuances. Qu’il s’agisse de moralité, de famille, de patriotisme ou de relations de couple, rien n’y est jamais noir ou blanc: c’est ce qui en fait l’une des séries les mieux écrites de l’histoire de la télé. Le casting est quant à lui impressionnant de justesse, à commencer par Keri Russell et Matthew Rhys, qui ont livré deux des meilleures performances d’acteurs de la décennie.

Cette année a marqué la fin de The Americans, après six saisons. Le final d’une série culte est toujours un moment sous haute tension: une conclusion médiocre pourrait ternir toute une œuvre, tandis qu’une fin à la hauteur des espérances aura le pouvoir de la magnifier. The Americans fait heureusement partie de la deuxième catégorie et nous a offert une conclusion à l’image de la série: magistrale, émouvante et toujours nuancée. Son départ laisse un énorme vide que l'on aura du mal à combler –même si on pourra toujours la revoir pour se consoler.

Les séries que l'on a beaucoup aimé et qui, n’importe quelle autre année, auraient pu se retrouver dans le classement: The Assassination of Gianni Versace, Elite, Homecoming, Dirty John, Patrick Melrose, Insecure, She-Ra, BoJack Horseman, Crazy Ex-Girlfriend, American Horror Story: Apocalypse.

Anaïs Bordages et Marie Telling sont les créatrices de la newsletter «Peak TV», qui vous propose de retrouver toutes les deux semaines le meilleur des séries dans votre boîte mail. Pour vous abonner, c'est ici.

Anaïs Bordages Journaliste

Marie Telling Journaliste

Newsletters

Pourquoi l'art arabe n'est-il pas plus reconnu?

Pourquoi l'art arabe n'est-il pas plus reconnu?

Si le Machrek et le Maghreb occupent depuis longtemps une place de choix sous l'œil médiatique, il en va autrement pour leur scène artistique, pourtant intimement liée à leurs trajectoires politiques.

Depuis quand la vulve est-elle obscène?

Depuis quand la vulve est-elle obscène?

Si les représentations du sexe féminin choquent alors que tout le monde est habitué à voir des pénis partout, c'est à cause des Grecs et des Romains.

«Let's party like it's 1999» (en attendant le bug de l'an 2000)

«Let's party like it's 1999» (en attendant le bug de l'an 2000)

Cette année-là, nombre de chansons véhiculaient la peur du bug qui nous aurait fait passer sans transition de 1999 à 1900.

Newsletters