Comment les EdTech transforment le travail des professeurs
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Comment les EdTech transforment le travail des professeurs

Temps de lecture : 6 min
Slate.fr

Les nouvelles technologies appliquées à l’éducation vont-elles transformer les métiers de l’enseignement? Quels changements attendre demain de l’introduction des EdTech dans les salles de classe?

Aujourd’hui, les nouvelles technologies font une entrée encore timide dans l’Education nationale. Il s’agit pour le moment principalement de donner accès à du matériel informatique (ordinateur et tablettes), à une connexion internet à haut débit et parfois à des outils interactifs. Les académies et les collectivités peuvent aussi parfois mettre à disposition des matériels numériques ou robotiques supplémentaires pour certaines classes.

Pourtant, l’arrivée du numérique, résultat d’une série de «plans» mis en place par les gouvernements successifs depuis une dizaine d’années, représente déjà une petite révolution. Selon une étude menée par Opinionway pour MGEN, parue le 5 décembre 2018, 71% des Français estiment que les outils numériques à l’école permettent d’améliorer les méthodes d’apprentissage.

Mais cette intuition est-elle vérifiée dans les faits ? Qu’est-ce que ces nouvelles technologies impliquent exactement pour le métier?

L’impact du numérique encore limité

Pour le moment, les effets positifs semblent assez mesurés. D’après une étude canadienne (1) menée auprès de 439 acteurs scolaires du Québec et publiée en octobre 2018, les outils numériques n’ont pas encore un réel impact positif pour les enseignants. Il s’agit d’ordinateurs ou de tablettes, de boîtes mail spécialement dédiées à l’école et de portails numériques interactifs pour les élèves.

Dans le détail, 6,1% des enseignants trouvent que ces outils n’ont aucun impact sur leur charge de travail, 33,8 % indiquent que cela leur fait gagner du temps. A contrario, 59,1 % indiquent que cela leur demande du temps supplémentaire.

Pour Sandrine Gourdon-D'Henin, Professeur des Ecoles et Formatrice (PEMF) qui coordonne le dispositif des «Ambassadeurs du numérique», «le numérique ne représente ni un gain de temps ni une perte de temps mais plutôt une démarche effectuée en parallèle des méthodes d’apprentissage plus classiques». «Il s’agit d’une autre forme de travail pour les enseignants», conclut-elle.

Pour comprendre l’impact que ces technologies peuvent avoir sur le métier d’enseignant, peut-être faut-il aussi s’intéresser à ce que cela change pour les élèves.

L’OCDE dans une étude, parue en septembre 2015, consacrée aux liens entre nouvelles technologies et résultats scolaires faisait un constat en demi-teinte. Si l'étude laisse penser que l’absence du numérique n’est pas une bonne chose, elle montre aussi que «les niveaux d’utilisation supérieurs à la moyenne actuelle des pays de l’OCDE sont associés à des résultats significativement plus faibles.» Preuve que les investissements dans le numérique ne sont pas forcément couronnés de succès.

Parmi les freins cités par les enseignants dans l’étude canadienne: le manque de formation des enseignants. Ils sont près de quatre sur dix à le considérer comme un obstacle.

Le dispositif «Ambassadeurs du numérique», mis en place par l’académie de Paris, en partenariat avec l'Ecole supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) de Paris, la Ville de Paris et MGEN vise justement à lever ce frein en proposant aux enseignants stagiaires une formation à l’usage de ces outils, pendant trois ans.

Accroître la motivation des élèves

Toutefois, il y a aussi des avantages nettement mis en lumière dans l’étude. En tête des impacts positifs de l’usage des nouvelles technologies se trouve le gain en motivation pour les élèves (43,2 % des interrogés).

«Les outils technologiques semblent plus stimulants et concrets pour les élèves. Leur utilisation accroît leur intérêt, favorise un meilleur suivi, rend les projets plus interactifs», précise l’étude. «Selon les enseignants interrogés, lorsque l’on inclut la technologie dans le processus d’enseignement-apprentissage, les élèves sont plus attentifs, plus concentrés, assimilent plus rapidement la matière, réussissent de merveilleux projets connectés à la réalité de la vie quotidienne», peut-on également lire.

Des solutions d’EdTech s’appuient ainsi sur cette même intuition. C’est le principe du jeu vidéo sérieux baptisé Syrinx, mise en place par id6, lauréat du premier prix du jury MGEN EdTech. Cette plate-forme vise à apprendre la gestion de projet à des élèves de lycées professionnels et technologiques.

Avec un objectif complémentaire : «réconcilier des adolescents avec l’enseignement en les emmenant vers - ce qui est pour eux une zone de confort - le jeu vidéo», explique Pascal Chaumette, le directeur d’id6. «C’est alors extraordinaire de voir que la relation magistrale disparaît au profit d’une relation horizontale», ajoute-t-il.

Les rapports entre élèves et enseignants s’en retrouvent modifiés. Tout comme le rôle du pédagogue. «Il devient l’observateur du parcours des apprenants mais aussi le garant de la collaboration et de la cohésion globale du groupe», estime Pascal Chaumette.

Capter l’attention des adolescents

C’est aussi un des leviers activés par Poppy Station, lauréat du second prix du jury MGEN EdTech. Ce projet, qui promeut une offre de robotiques en open source, propose des parcours pédagogiques «clé en main» fondés sur ces ressources.

Là aussi, l’usage des robots, comme l’humanoïde baptisé Poppy (du nom du projet), permet de capter l’attention des élèves. Si les jeunes connaissent généralement moins bien les robots que les jeux vidéo, ils représentent souvent une source de fascination et de curiosité pour eux. «Du point de vue des enseignants, la robotique est typiquement un objet interdisciplinaire, et n'est pas réservée aux profs de technos et de maths», indique Antonin Cois, président de la ligue de l’enseignement.

Ce type de solution est aussi une manière «d’éduquer» les élèves au numérique. «Pour former le futur citoyen d’une société numérique, rien de tel qu’un robot qui permet de vérifier concrètement une hypothèse informatique ; mais qui permet aussi de comprendre concrètement comment nos machines, y compris nos téléphones et nos ordinateurs, fonctionnent», détaille Antonin Cois. «Quand on comprend ce qu’est un algorithme et comment il fonctionne, on comprend davantage les réseaux sociaux et leur impact démocratique!», résume-t-il.

Sandrine Gourdon-D'Henin partage cet avis: «Les technologies du numérique et les EdTech permettent de développer les compétences du 21e siècle qui regroupent notamment les problématiques de partage d'informations et de protection des données.»

Un principe d’autant plus important que, d’après l’étude Opinionway pour MGEN, seuls 32 % des Français estiment que l’école prépare bien les élèves à être des citoyens de demain.

Atteindre les jeunes en difficulté

Un autre effet positif des dispositifs innovants tournés vers l’apprentissage est qu’ils permettent de faciliter l’accès à la connaissance pour des publics en difficulté en leur donnant accès à l’objet d’apprentissage. «Certaines innovations promettent en effet d’aller vers une école inclusive», se réjouit Sandrine Gourdon-D’Henin.

«En tant qu’enseignants, nous rencontrons parfois des problématiques de différenciation, c’est-à-dire des difficultés pour gérer les parcours différents des élèves», précise-t-elle. Avant d’ajouter: «or les EdTech permettent de s’adapter aux besoins particuliers des élèves.»

C’est précisément le projet de Mobidys, lauréat du prix coup de cœur des Trophées MGEN EdTech avec Sondo, une plate-forme en ligne qui propose des supports pédagogiques adaptés aux ouvrages étudiés au collège. Il s’agit d’«une solution de compensation des troubles du langage écrit comme la dyslexie», explique Sophie Hamon, responsable des relations avec les collèges chez Mobidys. L’outil offre des fonctionnalités de lecture et de compréhension (barre d’aide à la lecture, codes couleurs pour les voyelles, les consonnes et les lettre muettes ainsi qu’une option de lecture audio) sur les livres de littérature.

«Sondo représente un outil formidable d’accès aux contenus pédagogiques pour les élèves rencontrant des difficultés avec la langue écrite», ajoute Sophie Hamon. Une solution d’autant plus souhaitable qu’il est compliqué d’adapter un enseignement élève par élève dans une classe de trente. Elle sera déployée dans les collèges volontaires dès la rentrée 2019.

Vers la personnalisation de l’apprentissage

C’est d’ailleurs pour Sophie Hamon la direction que prendront les EdTech: la personnalisation de l’apprentissage.

L’intelligence artificielle laisse présager ce type d’applications. «En matière d’enseignement, son développement porte en germe une plus grande capacité à individualiser les apprentissages en appui du travail des enseignants», assure Antonin Cois.

Quoi qu’il en soit, l’enseignant aura toujours une place indispensable dans l’apprentissage et la transmission de savoir. Plus que cela, «nous [les enseignants, ndlr] avons même un grand rôle à jouer dans ce virage», estime Sandrine Gourdon-D’Henin, tout en concédant que les professeurs devront peut-être s’interroger sur «leur posture et le fonctionnement de leur classe».

«Il est crucial que les enseignants deviennent des acteurs engagés de ce changement, en participant non seulement à la mise en œuvre des innovations technologiques, mais aussi à leur conception», concluait d’ailleurs Andreas Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences à l'OCDE, dans l’étude consacrée aux nouvelles technologies et à l’école.

(1)Source : Karsenti, T. (2018). Le numérique dans nos écoles : usages, impacts et charge de travail. Montréal : CRIFPE

Crédit photo: Hervé Thouroude

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